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"Comme en France" ? L'Italie secouée par un début de contestation

Vendredi 16 Octobre 2026

L'automne s'annonce agité en Italie avec la multiplication de mouvements de contestation liés au coût de la vie, des carburants et du logement mais aussi à l'éducation, certains manifestants rêvant de faire "comme en France".

 

Des agriculteurs et des transporteurs ont bloqué plusieurs axes routiers cette semaine dans les Pouilles, en Calabre et en Sicile (sud) pour protester contre la hausse des prix des carburants, ralentissant ou empêchant leur transport, et risquant de compromettre la production de pâtes faute de livraisons de blé.

 

Le syndicat de transporteurs Conftrasporto menace désormais d'un "blocage national", dénonçant "le climat de tension créé par l'insoutenable situation liée à la flambée des prix de l'énergie".

 

Vendredi matin, plusieurs milliers d'étudiants et lycéens ont manifesté globalement dans le calme à Rome, Milan, Florence, Bologne ou Gênes. Ils se sont mobilisés à l'appel de différents collectifs, pour la paix et contre le gouvernement de Giorgia Meloni, qui veut notamment augmenter le budget de la Défense et a plafonné le nombre d'élèves étrangers par classe.

 

A Rome, quelques échauffourées ont eu lieu lors de la manifestation rassemblant "plusieurs milliers d'étudiants" entre le Colisée et le ministère de l'Education, a indiqué la préfecture de la capitale italienne.

 

Quelques milliers de lycéens et étudiants ont aussi manifesté à Turin (nord), accompagnés de professeurs demandant notamment des hausses de salaires et des recrutements. Certains d'entre eux se sont interposés entre des jeunes et la police, qui a répondu à des jets de pierres en faisant usage de canons à eau et de gaz lacrymogène, a constaté un photographe de l'AFP.

 

- "Insoutenable coût de la vie" -

 

Une dizaine de lycées sont déjà occupés à Turin, avec des appels à faire "comme en France", selon la presse locale. "Le monde est à nous", clamait (en français) une pancarte à Turin.

 

"L'Italie se trouve dans une crise économique et sociale dramatique", a déclaré à l'AFP le secrétaire général du grand syndicat CGIL, Christian Ferrari. "Le coût de la vie est insoutenable, notre système productif perd des morceaux chaque jour, il y a une urgence climatique..."

 

"Notre objectif est de placer au centre de la campagne électorale les conditions matérielles de vie et de travail des Italiens", a souligné le syndicaliste.

 

Une nouvelle manifestation nationale sur l'"insoutenable coût de la vie" est prévue samedi 17 octobre à Rome. Le syndicat USB (minoritaire) a appelé de son côté à une grève générale le 30 octobre.

 

Si les vagues d'inflation consécutives à la pandémie de Covid-19 puis aux tensions géopolitiques ont touché toute l'Europe, elles ont eu un impact particulièrement fort en Italie, où les salaires et la productivité stagnent depuis plusieurs décennies.

 

L'inflation a connu une nette accélération en septembre, à 4,2% sur un an, notamment à cause des prix des carburants, selon l'Institut national des statistiques (Istat).

 

- "Amortisseurs sociaux" -

 

Depuis le printemps et le début de la guerre en Iran menée par les Etats-Unis et Israël, la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni a cherché à tempérer l'envolée des prix des carburants, d'abord via de coûteuses suspensions de taxes puis grâce à un effort consenti par les distributeurs de pétrole, qui bloquent les prix du litre d'essence sous les deux euros.

 

A quelques mois des élections parlementaires, prévues pour le printemps 2027, cette question du pouvoir d'achat devient de plus en plus brûlante.

 

La Première ministre d'extrême droite vante sa longévité à son poste et un redressement des comptes publics, mais sans accélération de la croissance ou hausse des salaires.

 

Pour l'économiste Veronica De Romanis, professeure à l'université Luiss de Rome, "un ensemble de facteurs liés à une peur de l'avenir, alimentée par la situation géopolitique et des facteurs économiques" pousse certains Italiens à descendre dans la rue.

 

Selon l'économiste, "nous ne voyons pas encore ici ce qui se passe en France, car l'Italie est une +République de tribus+, avec des protections beaucoup plus fortes, liées à votre tribu familiale", notamment via l'héritage, "qui continuent de jouer le rôle d'amortisseurs sociaux", même s'ils sont de moins en moins "résistants".

 

A Rome, Milan ou Bologne, des étudiants ont aussi planté leurs tentes dans les centre-villes pour protester contre le coût de la vie et des études.

 

Après des mois de forte mobilisation propalestinienne, "il manque en Italie un nouveau grand mouvement d'automne contre la vie chère, pour le droit au logement, pour le droit aux études, contre la précarisation du travail et l'augmentation du coût de la vie", a déclaré à l'AFP Riccardo, 22 ans, du syndicat UDU, devant sa tente à Milan.

 

"En réalité, même si nous ne parvenons pas à mettre le bordel dans le pays comme en France ou à bloquer toutes les routes comme en Espagne, l'objectif est qu'avec tout cela, au moins, pour le dernier budget de ce gouvernement, on recommence à parler de ces sujets", a souligné l'étudiant. [AFP]

 
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