Les dernières adjudications du Sénégal sur le marché régional des titres publics de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA) révèlent une situation préoccupante : alors que le principal taux directeur de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO)est fixé à 3 %, l’État du Sénégal emprunte à des rendements proches de 8 %.
Cette situation soulève une interrogation légitime sur le comportement des banques de l’UMOA et sur la solidarité financière entre les États membres de l’Union.
Des banques qui profitent des difficultés financières du Sénégal
Les trois dernières adjudications du Sénégal, organisées les 11 septembre, 25 septembre et 9 octobre 2026, montrent que les rendements moyens restent particulièrement élevés. Sur ces trois opérations, ils atteignent 7,91 % pour les bons du Trésor à un an, 7,81 % pour les obligations à trois ans et 7,99 % pour les obligations à cinq ans.
Ces chiffres montrent que les banques et les autres investisseurs de l’UMOA continuent de financer le Sénégal, y compris sur des durées relativement longues de trois à cinq ans. C’est un élément positif qui témoigne de la capacité du marché régional à mobiliser des ressources importantes.
Cependant, le coût de ces financements demeure très élevé, particulièrement dans un contexte où le principal taux directeur de la BCEAO est de 3 %.
Certes, le taux directeur ne représente pas le coût global des ressources bancaires. Les banques doivent également prendre en compte leurs coûts de financement, leurs charges et les risques liés à la situation budgétaire du Sénégal.
Mais un écart de près de cinq points de pourcentage entre le taux directeur de la BCEAO et les rendements exigés sur les titres sénégalais mérite une attention particulière.
Les difficultés financières du Sénégal deviennent ainsi une source potentielle de revenus importants pour les investisseurs qui acceptent de financer sa dette à des taux élevés.
Où est passée la solidarité communautaire ?
L’UMOA repose sur une monnaie commune, une banque centrale commune et un marché financier régional intégré. Cette intégration monétaire et financière devrait également favoriser une certaine solidarité entre les États membres, particulièrement lorsqu’un pays traverse une crise financière exceptionnelle.
Il ne s’agit évidemment pas de demander aux banques de financer le Sénégal à perte ou d’ignorer les risques souverains. Mais la solidarité communautaire ne devrait pas se limiter à la disponibilité des financements. Elle devrait également se traduire par des conditions de financement soutenables.
Des taux proches de 8 % alourdissent considérablement les charges d’intérêts de la dette publique sénégalaise et réduisent les ressources disponibles pour financer l’éducation, la santé, les infrastructures et les investissements productifs.
Le PTDS et le FMI doivent contribuer à réduire les taux
L’annonce du Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS) et l’accord technique avec le FMI devraient progressivement contribuer à restaurer la confiance des investisseurs.
Cependant, les adjudications récentes ne montrent pas encore une baisse durable des rendements.
Le rétablissement de la soutenabilité de la dette, la réduction des déficits budgétaires et la mise en œuvre d’un programme économique crédible constituent des conditions indispensables pour obtenir une diminution significative des taux d’intérêt.
Pour une véritable solidarité financière dans l’UMOA
Le marché financier régional a joué un rôle essentiel dans le financement du Sénégal alors que son accès aux marchés internationaux était fortement compromis. C’est un acquis important de notre intégration monétaire et financière qu’il convient de reconnaître et de préserver.
Mais cette contribution ne doit pas masquer une réalité : le Sénégal continue de payer très cher les ressources qu’il mobilise sur le marché régional.
La solidarité communautaire devrait donc encourager les banques et les investisseurs à accompagner le redressement économique et financier du Sénégal, non seulement en continuant de lui prêter sur des durées suffisamment longues, mais également en contribuant progressivement à réduire le coût de son endettement.
Une union monétaire ne doit pas être uniquement un espace de recherche de rentabilité financière. Elle doit aussi être un espace de solidarité, de stabilité et de développement partagé.
Pr Amath NDIAYE
FASEG-UCAD
Source : Ma revue de presse






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