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A Khartoum, les manifestants démantèlent les barricades à contre coeur

Vendredi 17 Mai 2019

Brique par brique, des manifestants ont démantelé vendredi des barricades à Khartoum mais ont menacé de les rétablir si les généraux ne reprenaient pas les négociations sur un transfert du pouvoir au Soudan.
 
Réunis à Washington, des représentants de la communauté internationale (ONU, Union africaine, Union européenne, France, Allemagne, Royaume-Uni...) ont appelé à une «reprise immédiate des pourparlers» pour déboucher sur une transition «vraiment dirigée par les civils», a déclaré le secrétaire d'Etat américain adjoint chargé de l'Afrique, Tibor Nagy.

L'armée a suspendu mercredi soir pour 72 heures le dialogue avec les leaders de la protestation sur la transition politique, en réclamant la levée d'une partie des barricades pour mettre fin au chaos créé dans une bonne partie de la capitale soudanaise par la fermeture du Boulevard du Nil, qui longe le fleuve nourricier du Soudan.
 
Pour justifier la suspension, le général Abdel Fattah al-Burhane, chef du Conseil militaire qui a pris le pouvoir après l'éviction du président Omar el-Béchir le 11 avril, a cité l'érection de barrages routiers hors du lieu du sit-in principal tenu par les manifestants depuis le 6 avril devant le QG de l'armée, la fermeture d'une ligne de chemin de fer et des «provocations» contre les forces de l'ordre.
 
Violences
 
Les tentatives des forces de l'ordre d'enlever ces barrages, installés également sur d'autres avenues, ont donné lieu à des violences, également condamnés par la communauté internationale à Washington. Cinq civils et un militaire ont été tués lundi dans des heurts et huit civils blessés mercredi.
 
Les leaders de l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, ont regretté cette suspension mais affirmé vouloir maintenir la mobilisation. Chantant des slogans révolutionnaires, des centaines de manifestants se sont affairés aux premières heures de vendredi autour de l'un des barrages obstruant le Boulevard du Nil, selon un correspondant de l'AFP.
 
«Nous avons levé le barrage routier comme l'armée le demandait», a expliqué l'une des nombreuses femmes qui ont participé à l'opération, en demandant de taire son identité. «Mais si nos exigences ne sont pas satisfaites, nous reviendrons.» Le trafic a ensuite repris normalement aux abords du Boulevard du Nil.
 
Impasse
 
Les barrages érigés hors du lieu du sit-in sont apparus avant le début lundi des négociations et étaient destinés à mettre la pression sur les généraux pour qu'ils cèdent le pouvoir aux civils. L'armée a qualifié ces barrages d'«inacceptables» tout en affirmant n'avoir aucune intention de démanteler le principal sit-in face à son QG.
 
Sur place, des manifestants ont participé sous un soleil de plomb à la prière du vendredi, avant de scander «Liberté, paix, justice», le slogan du mouvement. «Je me fiche de la chaleur», a dit l'un des contestataires, Mohamed Ismail, ajoutant que sa principale préoccupation était de sortir de l'impasse politique.
 
La suspension du dialogue entre les militaires et la contestation est tombée juste avant le début prévu initialement mercredi soir d'une séance ultime de négociation entre les généraux et l'ALC. Les deux parties devaient s'accorder sur la composition d'un Conseil souverain, institution-clé de la transition. Les militaires veulent qu'il comprenne une majorité des leurs tandis que l'ALC exige qu'elle soit dominée par les civils.
 
«Eléments infiltrés»
 
Les deux camps avaient réussi en début de semaine à s'entendre sur la durée de la transition, fixée à trois ans, et la composition d'une assemblée législative, dont les deux tiers des 300 membres désignés viendraient de l'ALC.
 
Concernant les violences meurtrières, le général Burhane les a attribuées à des «éléments infiltrés» qui cherchent à faire dérailler le processus politique et a défendu la Force de soutien rapide (RSF) mise en cause par l'ALC, ainsi que par les ambassades américaine et britannique.
 
Cette force controversée de paramilitaires est composée de miliciens accusés par des groupes de défense des droits humains d'abus au Darfour, une région de l'ouest du Soudan en proie à des troubles depuis 2003. Elle fait maintenant partie des forces armées et est commandée par le général Mohamad Hamdan Daglo, surnommé «Himeidti», également chef adjoint du Conseil militaire.
 
Des dizaines de morts
 
A la tête du Soudan pendant près de 30 ans, Omar el-Béchir a été destitué et arrêté par l'armée à l'issue d'un mouvement inédit déclenché le 19 décembre par la décision de tripler le prix du pain dans un pays miné par une grave crise économique. Les manifestations se sont vite transformées en contestation du pouvoir.
 
Avant les violences de cette semaine, une association de médecins proche de l'ALC a donné un bilan de 90 personnes tuées par les forces de l'ordre depuis le 19 décembre. Les autorités avaient parlé de 65 morts. (afp/nxp)
 
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