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NAIROBI - Les rédacteurs en chef d'Afrique appellent à des réformes urgentes pour promouvoir l'intégrité de l'information et garantir l'indépendance du journalisme.

Mardi 10 Mars 2026

Photo de famille des éditeurs africains à Nairobi, les 23 et 24 février 2026
Photo de famille des éditeurs africains à Nairobi, les 23 et 24 février 2026

Les fondements de la démocratie


En ouvrant la session, M. Churchill Otieno, président de la TAEF, a déclaré que la liberté des médias était le fondement d'une société juste. « C'est le fondement qui permet aux journalistes et aux organes de presse de rendre compte sans crainte ni favoritisme, d'enquêter sur le pouvoir, d'informer les citoyens et de rendre nos sociétés plus justes et plus responsables », a-t-il souligné, ajoutant que de nombreux rédacteurs en chef sont encore confrontés à la censure, à des réglementations excessives et à des risques personnels. 

 

Mme Linda Bach, directrice générale de la Kenya Editors Guild, a souligné que le congrès intervient alors que les médias traditionnels sont confrontés à l'influence croissante des plateformes numériques, appelant à des « solutions locales ».


Le lien entre les médias et l'investissement

 

Le Dr Joshua Oigara, directeur général régional pour l'Afrique de l'Est du Standard Bank Group, a prononcé un discours dans lequel il a établi un lien direct entre l'intégrité éditoriale et la survie économique des médias. Il a fait valoir qu'un écosystème médiatique sain est fondamental pour l'avenir économique de l'Afrique, car la qualité du journalisme détermine le coût du capital et la confiance des investisseurs mondiaux. 

 

« En tant que banquier, je constate à quel point la qualité des reportages africains influe sur les flux de capitaux. Le capital suit la fiabilité. Un bon journalisme est un bon capital. Les médias africains devraient raconter les histoires africaines avec rigueur, nuance et ambition ; cela va au-delà de l'information. Cela attire les capitaux. Cela catalyse les opportunités. Cela renforce la confiance. Et la confiance est le fondement d'une transformation à grande échelle », a déclaré M. Oigara.


Le Dr Oigara a souligné que si la confiance dans les médias d'Afrique subsaharienne reste élevée, avec 68 % au Nigeria et 65 % au Kenya, ces chiffres sont fragiles à l'ère du contenu généré par l'IA. Il a insisté sur le fait que « l'information est une infrastructure » et que la Standard Bank reste un allié engagé dans le soutien au journalisme de qualité. 

 

Recul mondial de la liberté d'expression

 

Dans son discours liminaire, Mme Louise Haxthausen, directrice régionale de l'UNESCO pour l'Afrique de l'Est, a présenté les principales conclusions du rapport mondial 2022-2025 intitulé « Tendances mondiales en matière de liberté d'expression et de développement des médias : le journalisme façonne un monde en paix ». 

 

Elle a souligné un grave recul de la liberté d'expression, le score mondial ayant chuté de 10 % entre 2012 et 2024. En Afrique, ce recul a atteint 4,12 % au cours de la même période, en grande partie en raison d'une augmentation de près de 35 % de l'autocensure des médias. Mme Haxthausen a fait remarquer : 

 

« La combinaison de la pression croissante exercée par les gouvernements sur les médias, notamment le contrôle accru des discours dissidents, l'adoption de lois restrictives et la peur grandissante parmi les journalistes, a entraîné une autocensure accrue et une réduction de l'accès du public à une information indépendante et pluraliste. » (Mme Louise Haxthausen, directrice régionale de l'UNESCO pour l'Afrique de l'Est)

 

Malgré ces défis, 1,5 milliard de personnes ont eu accès aux réseaux sociaux et aux plateformes de messagerie entre 2020 et 2025, élargissant ainsi l'accès à l'information. En Afrique, l'accès à Internet a atteint 38 % en 2024, ouvrant de nouvelles perspectives pour le journalisme d'investigation collaboratif. En outre, près de 60 % des pays africains reconnaissent désormais légalement les médias communautaires, dépassant la moyenne mondiale de 49 %. 

 

Pressions géopolitiques et viabilité future

 

Le professeur Kwame Karikari, fondateur de la Media Foundation for West Africa, a fait remarquer que l'Afrique est « l'épicentre de la ruée vers les ressources du XXIe siècle » par les puissances mondiales. Il a exhorté les rédacteurs en chef à se concentrer sur les questions fondamentales qui façonnent l'avenir de l'Afrique plutôt que sur la simple survie immédiate. Le professeur George Nyabuga, de l'université Aga Khan, a renforcé ce point en déclarant que les médias doivent veiller à ce que leur journalisme reste « fiable, pertinent et adapté à son objectif » pour rester viables.

 

Renforcer la confiance dans les médias : intégrité de l'information et réglementation des médias

 

Dans le cadre de son initiative Social Media 4 Peace, l'UNESCO a organisé une session d'experts sur l'intégrité de l'information, la gouvernance des plateformes et la réglementation des médias. Les discussions ont porté sur les mécanismes d'autorégulation et de corégulation qui protègent l'intégrité de l'information sans porter atteinte à la liberté d'expression. Les sessions ont également souligné l'importance de l'éducation aux médias et à l'information (EMI) pour doter le public des compétences nécessaires pour naviguer dans des sphères numériques polarisées.

 

Le congrès s'est conclu par un atelier spécialisé soutenu par l'UNESCO sur les résolutions 630 et 631 adoptées par la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples (CADHP), animé par Moxii Africa et la SOS Support Public Broadcasting Coalition. Les participants ont appelé à : 

 

Une plus grande responsabilité des plateformes afin de remettre en question les systèmes algorithmiques qui privilégient le sensationnalisme.

 

Des investissements plus importants dans les écosystèmes numériques africains et le renforcement des normes éthiques.

 

Une voix régionale collective pour garantir une rémunération équitable aux journalistes et veiller à ce que les politiques médiatiques soient conformes aux normes internationales en matière de droits humains.

 

Social Media 4 Peace

 

Le projet Social Media 4 Peace (phase II) est une initiative de l'UNESCO financée par l'UE qui vise à renforcer la résilience des sociétés face à la diffusion en ligne de contenus potentiellement préjudiciables, en particulier les discours de haine incitant à la violence, tout en protégeant la liberté d'expression et en renforçant la promotion de la paix grâce aux technologies numériques, notamment les médias sociaux.

 
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