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Macky Sall, la zone grise de la démocratie sénégalaise

Dimanche 28 Novembre 2021

2021 n’est pas encore partie mais on a déjà la photo de l’année. Ceux qui n’en savent pas l’histoire ne pourront pas comprendre les raisons de sa consécration. Un briefing s’impose donc à leur intention.
 
A la veille du dépôt des listes de candidatures aux élections municipales du 23 janvier 2022, un nommé Djibril Ngom, coordonnateur et mandataire de la coalition d’opposition Yewwi askan wi (Yaw) dans la circonscription électorale de Matam (dans le nord du Sénégal), disparaît dans la nature en emportant avec lui les listes de candidats.
 
La conséquence politique de cette «disparition» est immédiate : ladite coalition ne peut prendre part aux scrutins de janvier sans le dépôt de ses listes. Sans discernement, le préfet déclare la coalition Yaw forclose. Les services compétents de l’Etat, en particulier la police et la gendarmerie, ne donnent l’impression de prendre en charge cette affaire grotesque. Mais les responsables politiques de Yaw, perspicaces, déposent un recours devant la Cour d’appel de Saint-Louis qui, face à l’évidence du sabotage politicien dont l’ex-mandataire s’est rendu coupable et complice, accepte raisonnablement d’intégrer les listes de Yaw dans le jeu électoral.
 
Trois semaines plus tard, le sieur Djibril Ngom réapparait en public, mais pas n’importe où. Une photo devenue très virale sur les réseaux sociaux le montre en compagnie du Président de la République au Palais de la République.
 
Ce tête-à-tête grossier Macky Sall-Djibril Ngom est d’une violence despotique. Elle met en symbiose une double complicité entre un petit politicien corrompu par une chefferie locale du nord du pays et un Président de la République dont la frivolité et le cynisme n’ont jamais eu de frontières. Elle résume à elle seule l’infini potentiel de violences qui git en l’actuel chef de l’Etat, explosif au gré des circonstances.
 
Cet homme, Macky Sall, vivait déjà dans une faillite morale et institutionnelle à nul autre pareil dans le cercle restreint des dirigeants ayant présidé aux destinées de notre pays depuis  1960. La violence que dégage cette entrevue autant que les éléments symboliques et opérationnels d’une trahison de devoirs et responsabilités d’Etat qu’elle porte renvoient au vrai visage du chef de l’Etat. Une immense zone grise pour la démocratie sénégalaise
 
Comment un Président de la République un brin sensible aux valeurs démocratiques et à une seine compétition politique peut-il recevoir en audience au Palais de la République une personne qui assume avoir délibérément volé des documents électoraux afin d’exclure des prochains scrutins de janvier son parti et sa coalition politique ?
 
Sur les flancs d’une réponse à trouver dans la question, la démarche est elle-même un appel à la transhumance politique à l’intention de responsables d’opposition. Audience dans le saint des saints de la présidence, photos virales, enveloppes, pistons, trafic d’influence… La liste des «avantages» pour ceux qui franchiront le Rubicon est si longue… Avis aux amateurs intéressés !
 
Néanmoins, cette séquence du saccage des principes moraux élémentaires de la politique et de la démocratie par la plus haute autorité du Sénégal a quelque chose d’utile au moment où circule un projet de charte contre la violence politique. Pour ses promoteurs dont on ne doute pas de la bonne foi, voilà peut-être un indicateur grandeur nature d’un vrai chantier dont l’accomplissement serait utile pour le Sénégal  et sa démocratie.
 
 
 
 
 
 
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1.Posté par FRANCOIS JURAIN le 19/12/2021 10:19
Zone grise...zone zone grise...Il serait plus juste de parler de zone noire, carrément noire pire que la couleur du charbon!
Parce qu'enfin, ce à quoi l'on a assite depuis 2012, en matière de recul de démocratie, dépasse l'entendement, et il est difficile de faire pire. Concentration en une seule main non seulement de tous les pouvoirs, mais également de tous les contre-pouvoirs. Internement de tous les opposants, pour des motifs certainement légitimes, puisque la justice s'est prononcée, mais par application d'une justice à géométrie Sallienne, puisque tous les proches, membres de la famille compris, bénéficient d'une immunité sans limite. Utilisation des fonds publics à des fins clientélistes, opacité totale sur certaines activités, ou fondations dirigées par "l'épouse de", enterrement des dossiers compromettants visant des faits commis par des proches, amis, députés ou autres. La liste est vraiment trop longue, et s'y ajoute le cynisme d'un président qui s'est octroyé droit de vie ou mort sur un peuple stupéfait de tant d'arrogance, de mépris et de désinvolture. Le gris, évoqué par Momar DIENG, laisserait supposer que l'on peut encore faire pire pour arriver au noir! Par pitié, arrêtons-nous là, considérons que le pire n'est pas à venir mais appartient au présent, sinon, il faudra envisager d'émigrer non pas vers l'Europe, mais la Corée du Nord ! Nous savons, hélas, qu'après le troisième mandat, il y aura le quatrième, mais gardons espoir: vivons le pire, en attendant des jours meilleurs!
Me François JURAIN

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