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Coupe du Monde 2018 : le Sénégal éliminé par une décision jamais appliquée dans le football (Par Doudou Ndiaye)

Samedi 31 Janvier 2026

Mondial 2018 : le coup de tête du Colombien Yerry Mina au-dessus de Cheikhou Kouyaté qui précipite l'élimination du Sénégal
Mondial 2018 : le coup de tête du Colombien Yerry Mina au-dessus de Cheikhou Kouyaté qui précipite l'élimination du Sénégal

Episode 4

Après la finale de la CAN 2025 et la défaite du Maroc face à l'Afrique du Sud, le continent a assisté à une vague de violences verbales et physiques de la part de nombreux supporters marocains. Le Sénégal, son peuple, et par ricochet l'ensemble des Subsahariens, ont été pris pour cible dans une tentative de diabolisation systématique. Face à cette dérive, il est nécessaire de rappeler une vérité historique simple : le Sénégal a déjà perdu dans des conditions autrement plus extrêmes, sous pression populaire, sécuritaire et psychologique, sans jamais transformer la frustration en chaos verbal ou institutionnel. Cette chronique n'est pas une plainte. Elle n'est pas une provocation. Elle est un rappel.

 

Le 28 juin 2018, à Kaliningrad, le Sénégal joue son dernier match de groupe face à la Colombie. Dans l’autre rencontre du groupe H, le Japon affronte la Pologne. La situation est complexe et serrée : Sénégal et Japon comptent quatre points chacun, la Colombie trois, la Pologne zéro. Chaque but, chaque action, chaque carton peut devenir décisif.

 

Pendant une grande partie du match, les Lions de la Teranga tiennent bon. Ils résistent aux attaques colombiennes, gardent leur discipline et observent attentivement le score de l’autre terrain. À certains moments, les résultats leur sont favorables, et le Sénégal est virtuellement qualifié pour les huitièmes de finale. L’espoir est palpable, mais fragile.

 

Puis vient la 74 minute. Sur un corner, le défenseur colombien Yerry Mina surgit au-dessus de tous et marque de la tête. C’est l’unique but du match. Le Sénégal s’incline 1-0. Dans le même temps, le Japon s’incline également 1-0 face à la Pologne. À la fin des rencontres, Sénégal et Japon se retrouvent à égalité parfaite : mêmes points, même différence de buts, même nombre de buts marqués, et leur confrontation directe a donné un match nul. Aucun critère sportif classique ne permet de les départager.

 

Alors intervient une situation inédite, jamais vue à ce niveau : le règlement de la FIFA prévoit le classement fair-play, basé sur le nombre de cartons jaunes et rouges reçus par chaque équipe. Le Japon totalise quatre cartons jaunes, le Sénégal six. Le verdict tombe : le Sénégal est éliminé, le Japon qualifié.

 

Il n’y a pas eu de penalty oublié, pas de but injustement refusé, pas de faute flagrante non sanctionnée. Tout est strictement conforme au règlement. Et pourtant, la défaite est amère, la sortie du Sénégal cruelle et totalement inédite.

 

Dans ce moment où beaucoup auraient pu s’indigner, contester, dénoncer l’injustice, ou accuser la FIFA, rien de tout cela ne se produit. Les joueurs quittent la pelouse dignement, le staff félicite l’adversaire, la Fédération ne conteste pas, et le peuple sénégalais encaisse la défaite avec retenue.

 

Cette élimination, unique dans l’histoire du football mondial, montre que le Sénégal peut perdre dans les circonstances les plus improbables sans jamais perdre sa dignité. Elle rappelle une leçon essentielle : le sport, même cruel, reste un jeu, et il ne justifie jamais la haine, la violence ou la polémique contre un autre peuple.

 

Du Stade du 26 Mars à Bamako en 2002, au Caire en 2006, jusqu’à Kaliningrad en 2018, le Sénégal a toujours connu la défaite, l’injustice, et même la cruauté réglementaire. Mais à chaque fois, il l’a fait avec élégance et maturité.

 

Dans ce football impitoyable, la hauteur de la nation se mesure moins aux victoires qu’à la manière dont elle accepte la défaite. Et le Sénégal l’a démontré, une fois de plus, en Russie, sortant de sa Coupe du monde non pas battu sur le terrain, mais éliminé par une décision, jamais appliquée dans le football mondial.

 

Appel à nos frères marocains

 

C'est pourquoi, à l'adresse de nos frères marocains, une invitation simple s'impose. Ressaisissez-vous. Perdre chez le voisin, devant un public qui ne vous soutient pas, fait partie du jeu. Le Sénégal l'a souvent vécu sans jamais en faire une tragédie diplomatique. La rivalité sportive ne justifie jamais la haine, les violences ou la diabolisation de peuples entiers. Le Sénégal a montré, hier, qu'on pouvait perdre dans la douleur sans perdre sa dignité.

 

Il est temps, aujourd'hui, que chacun retrouve cette hauteur.

 

Doudou Ndiaye (source : page Facebook, 30 janvier 2026)

 
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