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« Le magistrat Hamady Diouf ne peut participer au jugement en appel de Sonko » (Daouda Mine, journaliste, chroniqueur judiciaire)

Jeudi 13 Avril 2023

Plusieurs médias ont annoncé depuis hier que le jugement en appel du procès Ousmane Sonko-Mame Mbaye Niang sera présidé par le magistrat Hamady Diouf, ex-procureur de la République devenu premier président de la Cour d’appel de Dakar. Mais selon le journaliste et chroniqueur judiciaire Daouda Mine, cela est peu plaudible au regard des dispositions du Code de procédure pénale. Eclairage tiré de la page Facebook de notre confrère.


L'ex procureur Hamady Diouf devenu premier président de la cour d'appel
L'ex procureur Hamady Diouf devenu premier président de la cour d'appel
 

 
 
Hamady Diouf pour juger Sonko en appel, je n’y crois pas !
Honnêtement, je ne pense pas que Hamady Diouf, l’actuel premier président de la Cour d’appel de Dakar, comme annoncé par la presse, puisse juger Ousmane Sonko en appel dans l’affaire l’opposant à Mame Mbaye Niang.
 
Mieux, il ne peut participer aux 2 procès de Sonko (affaire Mame Mbaye Niang et Sweet Beauté) en qualité de juge, pour la bonne et simple raison qu’il a connu de ces affaires en tant que magistrat (procureur) dans le cadre des poursuites. C’est lui qui a envoyé un soit-transmis à la Dic dans l’affaire Mame Mbaye Niang et c’est encore lui qui a enrôlé l’affaire pour le jugement devant le tribunal correctionnel avant qu’il ne soit nommé président de la Cour d’appel de Dakar.
 
Dans l’affaire sweet beauté, c’est encore lui qui a fait le réquisitoire définitif demandant que Sonko soit renvoyé devant la chambre criminelle. Ces deux actes font, qu’à mon avis, il ne peut, en aucun cas, participer aux jugements de ces 2 affaires.
 
Et en magistrat averti, il n’ignore pas les dispositions du code de procédure pénale et sait que les excellents avocats d’Ousmane Sonko vont, sur la base de l’article 650 du code de procédure pénale, pouvoir le récuser de bon droit au cas où il voudrait présider ou participer à ces audiences.
 
Voici, les dispositions de l’article 650 du Code de procédure pénale :
 
« Tout juge, conseiller ou président de chambre peut être récusé pour les causes ci-après :
 
1. Si lui ou son conjoint sont parents ou alliés d'une des parties ou de son conjoint jusqu'au degré de cousin issu de germain inclusivement : La récusation peut être exercée contre lui, même au cas de divorce ou de décès de son conjoint, s'il a été allié d'une des parties jusqu'au deuxième degré inclusivement.
 
2. Si lui ou son conjoint, si les personnes dont il est tuteur subrogé-tuteur, curateur, ou conseil judiciaire, si les sociétés ou associations à l'administration ou à la surveillance desquelles il participe ont intérêt dans la contestation.
 
3. Si lui ou son conjoint est parent ou allié, jusqu'au degré indiqué ci-dessus, du tuteur, subrogé- tuteur, curateur ou conseil judiciaire d'une des parties ou d'une administration, directeur ou gérant d'une société, partie en cause ;
 
4. Si lui ou son conjoint se trouve dans une situation de dépendance vis-à-vis d'une des parties;
 
5. S'il a connu du procès comme magistrat, arbitre ou conseil, ou s'il a déposé comme témoin sur les faits du procès ;
 
6. S'il y a eu procès entre lui, son conjoint, leurs parents ou alliés en ligne directe, et l'une des parties, son conjoint ou ses parents ou alliés dans la même ligne ;
 
7. Si lui ou son conjoint, ont un procès devant un tribunal où l'une des parties est juge
 
8. Si lui ou son conjoint, leurs parents ou alliés en ligne directe ont un différend sur pareille question que celle débattue entre les parties ;
 
9. S'il y a eu contre lui ou son conjoint et une des parties toutes manifestations assez graves pour faire suspecter son impartialité ».
 
NB : Le 5e point répond parfaitement au cas Hamady Diouf et peut être un motif de récusation.
L’article 654 du code de procédure pénale note que «toute demande de récusation visant le Premier Président de la Cour d'Appel doit faire l'objet d'une requête adressée au Premier Président de la Cour suprême
».
 
Daouda Mine,
journaliste & chroniqueur judiciaire

 
 
 
 
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1.Posté par Me François JURAIN le 14/04/2023 14:20
Il est tout à fait exact que, en vertu du code de Procédure civile, le magistrat Hamady DIOUF, ne peut, en aucun cas, présider cette audience, et devra être remplacé, sauf motif de cassation.

Mais nous ne sommes pas dans un procès ordinaire, nous sommes dans un procès éminemment politique, ayant pour but d'éliminer un concurrent, que l'on dit sérieux, pour un autre candidt, hors la loi, puisqu'il viole la constitution en voulant imposer un troisième mandat qui lui est interdit, même de faire acte de candidature! Ce qui n'est pas tout à fait la même chose et n'a rien à voir avec la justice normale de tout pays civilisé!

En fait, les ordres étaient simples, et il suffit de se reporter aux réquisitions de première instance: deux ans de prison, mandat de dépôt à la barre, etc.

Le Président - pas celui de la Cour d'Appel, celui de la République - a donné des ordres, clairs, nets et précis: élimination de SONKO, et le consensus sur deux années fermes plus mandat de dépôt à la barre, semble bien correspondre à la réalisation de cet ordre. Le petit grain de sable, c'est le changement de magistrat en dernière minute, d'où l'appel traité en mode "fast track", du jamais vu dans les annales judiciaires! 7 jours seulement pour audiencer une affaire, si l'on exclut le délai de dix jours accordé à chacune des parties pour faire appel (ou se rétracter de son appel)!

Les choses sont donc très claires, et les ordres vont être exécutés: il n'est pas du tout certain que la composition de la Cour d'Appel soit modifiée, et quelle importance, de la part d'un homme qui foule aux pieds la constitution. En faire de même avec le code de Procédure Pénale n'est pour lui qu'un jeu d'enfant! La sentence est déjà connue d'avance, et le prévenu, Ousmane SONKO, a toutes les chances de dormir lundi soir en prison.

S'en suivront bien sur des manifestations qui seront réprimées très violemment et rapidement, dans le sang, l'ordre sera rétabli et maintenu, et le Président - de la République - continuera de dérouler son plan pour obtenir par la force sa réélection en 2024 (lequel troisième mandat ne sera que le prélude pour le quatrième, mais nous aurons le temps d'en reparler!). Il n'y a donc pas de suspens dans cette affaire, tout est déjà écrit d'avance, et les ordres sont les ordres, surtout lorsque leur bonne exécution est assortie de quelques avantages non négligeables, en général! C'est ça le mode "fast track" : rapidité, efficacité, dangerosité!
Et ceci se passe au SENEGAL, en 2023...
Me François JURAIN

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