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Afrique 66 ans des indépendances, Sénégal 2 ans du régime Diomaye : actualité d’un combat continu africain

Jeudi 2 Avril 2026

L'universitaire Moussa Kanté
L'universitaire Moussa Kanté

A 66 ans, âge de maturité, de vérité, de vérification et d’affirmation, comme commémoration, l’inévitable regard plus que militant mais rétrospectif et prospectif, une revue des salves panafricaines partant du Sénégal ‘’une miniature du continent africain’’ est désormais une coutume.

 

En Afrique, les pouvoirs politiques et ou sociaux ont précédé les déconvenues du continent que sont les guerres tribales, l’esclavage et la colonisation. L’âge d’or africain avec des empires prospères : l’Egypte pharaonique (vers 3150 av. J.-C), du Soudan (2500 avant JC), du Ghana (770 après JC), du Mali vers 1235, le Mali des lumières (au temps du Mansa Moussa, un des hommes les plus riches de l’histoire et sous Soundjata, l’épopée mandingue (Djibril T Niane), avec l’empire de Ségou (Maryse Condé)), la révolution Torodo au nord du Sénégal vers 1776. Aussi à travers, ‘’cette Afrique-là’’ Jean Ikellé Matiba relève cette ‘’béatitude africaine’’. Ainsi, si l’Afrique n’était pas indemne d’imperfections, à cette aube de l’humanité, elle n’était pas la dernière de la classe : ‘’en matière de civilisation, nous n’avons de leçons à recevoir de personne’’ (Senghor). Le jeune continent noir n’avait donc pas besoin des mains baladeuses de l’étranger. Cependant, ‘’un bon matin, nous fumes réveillés par des coups de canon par ceux qui ont comme procédé : l’art de vaincre sans avoir raison’’ (C Hamidou Kane), Senghor tempère en plaidant un ‘’mal nécessaire’’, quand le président (Diomaye, 2024) avec plus de hauteur dénonce un prétexte odieux.

 

 A la suite de ces malédictions, par la politique, les fils du continent ont amorcé une reprise en main de l’Afrique, avec des fortunes diverses, «le soleil des indépendances » (Kourouma). Le relèvement fut difficile, car l’Afrique fut en tenaille entre certains intervenants prédateurs et fils indignes tant un auteur a flairé « un piège sans fin ». Au Sénégal, pays porte de l’ouest africain, capitale de l’Afrique occidentale française (AOF) avec une avance institutionnelle et dans l’instruction, les élites ont œuvré de façon concertée puis partisane à l’érection d’une nation à la hauteur du legs disloqué des aïeuls. Ce fut d’abord, le monopartisme puis un bipolarisme sous Senghor, et le multipartisme intégral sous Diouf, avec par la suite des tentatives de rationalisation (parrainage) car faisant avec une pléthore de partis. Toutefois, un crieur n’est pas un muezzin. Les impostures de la posture se confirment surtout lors du bilan d’étape ou final, lors de la confrontation entre leurs promesses et prestations et avec ’’l’assimilation réciproque des élites’’ (R Banégas, 1990).

 

D’un Etat culturel (Senghor), à un Etat souverainiste (Diomaye), en passant par un Etat stable, statique ou stagnant (Diouf) et un Etat entrepreneur (des libéraux), le Sénégal n’est pas indemne de reproches à son parcours, quoique ressemblant à une exception sur le continent. Il est vrai que tout régime connait son lot de déterminismes conjoncturels, n’empêche des faits et leurs impacts combinés se posent en arbitre aussi bien chez le partisan que pour l’apolitique.

Dans ce registre, juste après nos indépendances, sous Senghor le pays agricole fut sous un ciel clément avec un marché favorable, le président poète soupçonné d’accointance excessive avec le colon, œuvra cependant à l’édification d’un Etat exigeant. Vers les années 80, ce fut Diouf, malgré les soubresauts du continent, le pays sembla pour la plupart du temps à un long fleuve tranquille, certains ont regretté qu’a l’approche de l’an 2000, Dakar était loin d’être Paris comme promis, prévu, et chanté. La sécheresse, la dévaluation, les ajustements dictés par les institutions de Breton Woods, entre autres furent plaidés. Toutefois le temps pressait et ce fut la première alternance politique sénégalaise propulsant au sommet le libéral Wade.

En 2000, ce fut l’effervescence quasi nationale avec le changement et les promesses alléchantes du ‘’plus diplômé d’entre les africains’’. Tel un visionnaire, Wade secoua la société sénégalaise et amorça un nouvel départ : valorisation des salaires, généralisation des bourses, amnisties, infrastructures pertinentes ou de prestige. Et, ‘’coup du maitre’’ une conduite vers une dévolution monarchique du pouvoir, des promotions de toutes sortes publicisées et perverses furent le lot du quotidien, ce fut la théorie : « des grands bandits qui se battent », certains ont fait face à tout cela.

En 2012, seconde alternance politique couronnant un jeune car né après nos indépendances, alors cinquantenaire, l’ingénieur Macky, produit du libéralisme de Wade montra à ses débuts des intentions de repenti ou de rupture. Innovations salutaires : des conseils de ministres régionaux décentralisés pour prendre connaissance des diverses réalités Au détour de ces promenades présidentielles, des dizaines voire centaines de milliards sont annoncés quasiment pour chaque coin du pays. Or, en même temps des appels à recrutements massifs tapageurs se terminaient par des queues kilométriques sans lendemain, l’université en particulier et l’école en général dénonçaient une cascade d’accords non respectés. Le rural ou le réalisme semble revenir dans les préoccupations des gouvernants : communalisation intégrale. Des mesures de sécurité sociale sont lancées : bourses familiales, couverture maladies universelles…Toutefois, l’arbitrage prioritaire, la transparence et l’assurance dans les acquis furent défaut d’où la troisième alternance sénégalaise portée par des jeunes décomplexés.

 

Aujourd’hui, le chantier sénégalais et les défis des Afriques sont immenses et exigent un arbitrage prioritaire, une planification stratégique, une gouvernance éclairée et rigoureuse.

 

En effet, le contexte africain ne peut être appréhendé sans une prise en compte de la pauvreté car faisant avec des carences primaires : (l’ANSD, 2022) révèle que (20, 8%) des ménages ruraux font avec des robinets publics. L’insécurité alimentaire avec 17, 4 % en 2021. Et cela, avec des soudures voire famines signalées surtout dans le monde rural. Il faut aussi noter une hausse démographique appelant à repenser et réorienter les politiques agricoles. L’enseignement instable insoutenable ?  Le taux de pauvreté monétaire est estimé à 37, 8% en 2018/2019 (ANSD)). La cherté des soins médicaux ne permettant pas son accessibilité est signalée par un taux de 9, 2% en milieu rural contre 4, 1% à Dakar (ANSD, 2013). Quand le chômage est un des principaux défis du nouveau régime : trois jeunes sénégalais sur 10 (29%) déclarent être sans emploi et à la recherche d’un travail (afro baromètre 2023).

 

Une plaie béante est une certaine jeunesse dans un traquenard, en divagation. Le défi environnemental, un cahier de charges environnementales se doit d’être érigé à tous (exemple un citoyen, un arbre). L’exigence technique, une des courses déterminantes de notre époque interpelle. 

 

L’Afrique y compris le Sénégal, pour sa renaissance, un retour radieux à notre passé prestigieux devra dépasser ses stagnations : avoir une diplomatie tournée vers la réalisation concrète de l’unité africaine. Une montée en puissance sécuritaire par la mutualisation et le perfectionnement (qu’attend encore la force africaine en attente au Cameroun pour intervenir au Mali, en RDC, au Soudan… ?)  L’Afrique loge 34 des 50 pays les moins avancés donc où la pauvreté est plus accentuée. Selon la FAO, aujourd’hui, près de 33 °/° de la population d’Afrique subsaharienne soit environ 200 millions de personnes sont sous alimentés dont 60°/° dans des pays en conflit. Toujours, la (FAO) indique qu’à l’horizon 2050, la population africaine doublera vraisemblablement, pour atteindre 2,2 milliards d’habitants, d’où une course perdue entre démographie et alimentation, si des mesures radicales ne sont pas prises. 

 

L’ouverture de la gouvernance de nos pays à de nouveaux acteurs de la société civile, notamment est salutaire mais à accompagner par une capacitation, une organisation et méthode intégrées, des domaines de compétence bien définis, avec plus d’inclusivité mais mise en avant des experts : ‘’soumettre le pouvoir au savoir’’ (Pr Sylla), cela en faisant attention au risque d’embourgeoisement et de partisanerie. Aussi, de formidables échappées à relever et révélées d’où des Afriques : le progressisme du Maroc, l’avancée démocratique en Afrique du sud et au Cap vert, la résilience rwandaise....

 

Au Sénégal, particulièrement, présentement, les panafricains sont en symphonie, symbiose, synergie pour la parade 66 ans des indépendances. C’est le prétexte de reconvier à une Concordance, Convergence, Consensus pour l'intérêt impersonnel, pour le Sénégal entier.  

 

Comme évaluation à mi-mandat du régime Diomaye, un constat est que les acteurs de la scène publique, entre autres, étudiants, policiers, politiciens...répètent les mêmes actes et s'attendent à produire un résultat différent. On ne tire ni leçon du passé, ni de l'ailleurs : non, on ne confronte pas pour conforter ou corriger, l'éternel regrettable recommencement. Le changement systémique c'est nous tous mais pas l'affaire d'un duo. Même s'il est vrai que ce sursaut sera porté par des leaders réformistes :"l'action pour être féconde doit se nourrir de pensées" et l'idée inoculée aux masses devient force. Tous ensemble, avec à la tête des meneurs pas caciques, ni égoïstes mais ‘’prêts à mourir pour la querelle de leur peuple, s'il le faut dans l'odeur de la poudre ‘’(Senghor). 

 

Dans ce registre, ma vieille critique au PM "Son K" reste l'inconséquence communicationnelle. En effet, à ses débuts politiques, quand son cousin et partisan m'avait invité à le soutenir, je lui avais répondu : j'ai espoir en Sonko, il est parti pour être le successeur du député du peuple Iba Der Thiam. Cependant, par la suite, Sonko a sombré dans une dénonciation, même si fondée, sans conséquence : avoir raison avant tout le monde c'est avoir tort, c'est un gaspillage d'énergie populaire <yakhoum énergie la>. Une autre inconséquence sur la dette cachée serait intolérable. 

 

Ressaisissons-nous, tous y compris Son-Ko, derrière Diomaye, le responsable en chef. En tant que soutien de Diomaye, je l'invite dare-dare à instaurer une police des polices contre les dérives des hommes en tenue dont l'indécente corruption ou raquette routière. Mais aussi, la dette cachée ne doit pas rester sans suite, que compte soit rendu au peuple, qui a fait quoi ? Qui n'a rien fait, blanchi ? Qui qu'il soit le Sénégal, ses institutions lui sont supérieurs.

 

Un développement concret, conciliant sénégalais sera concerté au sens d’être à cheval entre les perspectives progressistes de Yerim, Boun Abdallah Dione (paix à son âme) et compensatrices de Bouba Ndour (Jakarlo) dont la synthèse se trouve dans mon écrit : « controverses au sommet sur les voies et urgences du développement ou de la nécessité d’une voie synthétique simultanée » (Kanté, in Lejecos, 2019). Dans cet article-positionnement, il s’agissait d’inviter à un développement ‘’synthétique’’ de tous les secteurs décadents cités plus hauts, de façon ‘’simultanée’’ car tout est urgence. Oui progressons, rêvons mais ne nions pas nos carences basiques, fondamentales. Bref, le changement systémique est l'affaire de tous, évitons les compromissions intellectuelles. 

 

Pour la renaissance et le rayonnement africains, à la quelle convient les panafricains, une mutation mentale et matérielle basée sur un ancrage à nos valeurs culturelles est idoine. Une société civile et une jeunesse consciente des défis et œuvrant pour plus que l’émergence mais les Etats unis d’Afrique, des femmes émancipées sans rivalité de genre, une libération et couvaison des potentialités et innovation individuelles et collectives sont des exigences.

 

Last but not least, la dispersion-dilution du leadership africain, à travers une union africaine (UA) protocolaire et plus commentateur qu’acteur de notre quotidien constitue ‘’la mère du mal africain’’. L’unité contraire du conflit est la voie de sortie des conflits et carences. Et notre passé avec ses séquelles réunificatrices, notre actualité ‘’d’acculés’’ invite à une réponse voire riposte réunifiée de non alignés, les Etats unis d’Afrique !  

Sénégal, 31-03-2026

 

PB Moussa Kanté, 

Responsable scientifique du Mouvement des étudiants panafricains de l’Université de St Louis du Sénégal (MEPUS)

Chercheur en développement au laboratoire Lares (Université Gaston Berger de St-Louis)

 
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