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La route de l’abandon de souveraineté

Mercredi 4 Janvier 2017

Par Mamadou Sy Albert
Le développement du Sénégal revient subitement devant la scène politique nationale, africaine et internationale. La raison de ce surgissement des questions économiques et la nature des relations de dépendance  du Sénégal de  la France, d’une part, et les conditions de l’avènement d’une réelle souveraineté à la fois politique et économique de notre pays, d’autre part, résulte de la visite d’État du Président de la République, Macky Sall.
 
Ici et là, des réactions de l’opinion publique sénégalaise et africaine ont cristallisé un sentiment d’étonnement et de surprise. La survivance du passé renaît  du néo-colonialisme émergent au cœur des relations économiques, sociales et culturelles entre l’ancienne colonie française et la tutelle hexagonale. Ils ont été nombreux à revivre un sentiment de subordination persistant de l’Afrique à la France éternelle. Les accords signés entre la France et le Sénégal ont renforcé ce ressenti collectif et individuel enfoui dans les inconscients des Sénégalais et des pans entiers de l’élite africaine. C’est la contrepartie économique de la survivance du modèle de domination économique que nous avons hérité de l’ancienne puissance tutélaire.
 
Probablement, il y  un malentendu politique. Il est  énorme entre le Président de la République en exercice et son peuple en général, et singulièrement, avec les partisans de la souveraineté économique et politique et du panafricanisme. Le Président-candidat a bâti son programme électoral sous le signe du  chemin du développement, de la croissance du bien-être et de la richesse du pays. Depuis 2014, la voie du « Yonou Yokkouté » et  le programme économique, social et culturel du Président élu, ont ouvert une autre perspective. C’est l’émergence économique à tue et à dia.

Alors que les électeurs sénégalais et l’élite se préparaient à des ruptures majeures, significatives  avec le système économique post-colonial qui a détruit tout le potentiel du pays, et à un ancrage des stratégies de développement au cœur du potentiel endogène et panafricain, nous assistons à un renoncement prononcé de l’idéal du candidat-Président. Ce revirement stratégique se mêle désormais à un sentiment de bradage des secteurs fondamentaux de l’économie (eau, électricité, communication, agro-business, éducation) aux privés internationaux, aux multinationales et naturellement aux intérêts stratégiques de la France au Sénégal.
 
Tous les projets du gouvernement ont fait l’objet à l’occasion de cette visite présidentielle, d’un traitement à la hauteur des enjeux de la place du Sénégal dans le redéploiement  de la France, de ses intérêts et de son image diplomatique. Les relations du partenariat futur se dessinant à l’horizon de la prochaine décennie laissent penser que le Président Macky Sall est en train de jeter les fondements multisectoriels  de la consolidation des intérêts de la France. La France joue son rôle de partenaire stratégique.
 
On ne peut reprocher à l’État français, ses privés de défendre leurs intérêts et l’image de leur pays. Par contre, ce qui irrite et dérange, c’est l’incapacité de l’État du Sénégal, de la majorité politique à doter ce pays d’une stratégie capable de bâtir la souveraineté économique et politique. Le Président de la République a une responsabilité historique dans ce tournant de reconfiguration de notre économie, de son tissu industriel, agricole, son système d’éducation et  l’enseignement supérieur.
 
Les pouvoirs publics français se succèdent depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Ceux de la droite libérale et de la gauche ont su défendre, préserver et élargir l’influence de leur pays au Sénégal et dans le reste du monde. Pendant ce temps, les  pouvoirs publics sénégalais continuent dans la trajectoire de l’inacceptable soumission aux intérêts de l’État français et des privés. Et, c’est là, la source du malentendu entre le Président Macky Sall et l’opinion publique.  En laissant croire que la monnaie CFA est encore nécessaire, voire indispensable à une Afrique à terre financièrement et économiquement, le Président de la République creuse naturellement la distance et les incompréhensions  avec son peuple, ses élites politiques et économiques.
 
La monnaie reste l’âme de toute économie. Une économie dépendante d’une monnaie garantie par la France et au service de ses intérêts publics et privés, n’a aucune chance de faire émerger un système économique endogène dans un contexte de mondialisation, de privatisation des secteurs porteurs de croissance et de domination. Il faut choisir entre les intérêts du Sénégal, de l’Afrique et les intérêts de la France en tournant la page de l’illusion du développement de l’économie extravertie et des privilèges trompeurs liés au symbole et au rang de la Présidence de la République.
 
Placer notre économie, nos ressources et nos choix de développement avant ceux de la France est la seule condition pour assurer pleinement notre indépendance à l’égard d’un partenaire stratégique français et/ou des autres partenaires occidentaux, américains, asiatiques. L’État n’a que des intérêts économiques et politiques nationaux, régionaux, continentaux et il doit intelligemment les défendre. Quand l’État renonce à sa souveraineté, il entre inéluctablement dans le cycle de sa propre dépendance et de celle de l’économie du pays dont il est responsable.
 
 
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