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“La gueule de l’emploi”: l’affiche électorale d’Ousmane Sonko

Lundi 11 Février 2019

Dans cette affiche électorale, il y a une double construction visuelle et scriptuaire: l’une est liée à la fraicheur de profil du candidat sur l’échiquier politique sénégalais et prise en charge par certains constituants iconiques; l’autre traduit par le message linguistique, donne à lire le positionnement politique du candidat de la Coalition Sonko Président, qui s’est autoproclamé contempteur d’un système.
 
Sur le plan iconique, le candidat du parti PASTEF est donné à voir dans une vue de face (plan rapproché taille) inséré dans un décor marin à l’arrière-plan qu’il surplombe telle une élévation céleste. Il est vêtu d’un costume sombre (bleu nuit) au-dessus d’une chemise blanche et une cravate unie qui contribuent à magnifier l’homme politique, à accentuer sa prestance. La tenue est ici protocolaire puisque le style est sobre sans fantaisie ni extravagance et la personnalité politique du candidat prend toute sa valeur.
 
Le candidat esquisse un sourire discret atténué par un regard retranché derrière une paire de lunettes et une gestuelle des mains croisées qui lui confèrent un air calme, sérieux. La ligne horizontale qui reflète le niveau de l’océan teint d’un bleu éclairci derrière le candidat renforce cette impression de calme. Si les lunettes contribuent à peaufiner le style du candidat, cet accessoire visuel dépasse un simple effet de style mais constitue une volonté d’édulcorer une image qui lui colle à la peau et souvent décrite par ses adversaires: celle d’un “blanc bec” au parcours politique vierge et aux ailes frêles pour supporter le poids d’une nation comme le Sénégal. Patrick François dans son ouvrage Le marketing politique. Stratégies d’élection et de réélection (L’Harmattan, 2013) écrit:

“Les lunettes contribuent incontestablement au style. Elles peuvent donner soit un air intellectuel, sérieux ou branché en fonction du positionnement du candidat ou de la candidate […] Ainsi, un jeune politicien à qui l’on reproche de manquer d’expérience pour une fonction de haut niveau aura tendance à porter des lunettes qui donneront une image sérieuse susceptible de contribuer à une certaine forme de maturité.” (162)
 
Un cadrage vertical est choisi dans cette affiche électorale qui présente le candidat dans l’axe du regard comme si, de façon épiphanique, il faisait une apparition en contre plongée au 1er plan. Ce choix de cadrage vertical, hormis le fait d’être plus chaleureux que le cadrage horizontal, donne une impression de proximité avec le candidat qui semble projeter son regard dans celui du citoyen. 

Cette symétrie des regards nous met en face d’un candidat autant regardant que regardé. Cette dialectique du regard instaure du même coup un subtil jeu de miroir qui permet une identification mutuelle entre le candidat et le citoyen. Une telle identification par le jeu des regards engendre une adhésion-fusion forte au point de faire du vote pour le candidat non pas un acte individuel banal mais plutôt un acte collectif transcrit par un dédoublement déictique «je » et verbal « voter » (« JE VOTE ET JE FAIS VOTER. Sonko Président »). La présence du spécimen du bulletin de vote du Pastef en bas et à droite de l’affiche complète le parcours visuel.
 
Sur le plan linguistique, l’affiche comporte à deux types de slogans: un slogan de positionnement situé en haut et à droite de l’affiche “Présidentielle 2019. JOTNA. LI NEP BOKK, NEPP JOT CI” (“Il est temps que le bien commun puisse profiter à tout le monde”) et donne le ton de projet politique qui fustige “la piètre qualité de l’élite politique et les faibles performances dans la gouvernance d’Etat” (Ousmane Sonko, Solutions. Pour un Sénégal nouveau. p. 13).

Il s’agit d’un positionnement par valeurs écrit en lettres capitales en guise d’impératif catégorique qui opère une rupture temporelle nette entre le passé et le présent. Du reste, cette rupture entre le passé et le présent est suggérée par l’idée d’évolution matérialisée par la présence de lignes obliques (du bas vers le haut) sur les deux dernières lettres du concept JOTNA. En s’érigeant en candidat pourfendeur d’un mal systémique, un tel positionnement par valeurs permet de reconquérir les citoyens déçus qui écumaient les partis traditionnels depuis plus de trois décennies.

Le slogan secondaire est quant à lui localisé en bas de l’affiche “L’avenir, c’est maintenant!” conforte cette idée de rupture paradigmatique dans la praxis politique avec un jeune candidat qui propose “Un SURSAUT patriotique salvateur” (Solutions. Pour un Sénégal nouveau. p.13).
 
Encore une fois, l’analyse de cette affiche n’est pas exhaustive- elle est ramassée- pour éviter qu’elle ne rebute ou lasse par sa longueur. Rendez-vous est pris pour la prochaine affiche.
 
Mouminy Camara
Enseignant au Cesti (UCAD)
(source : facebook)
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