Des gangs en Haïti ont ouvert le feu sur un véhicule blindé cette fin de semaine, causant la disparition de quatre soldats salvadoriens lors de la première attaque majeure depuis que la force internationale de lutte contre les gangs a commencé ses opérations dans ce pays des Caraïbes.
L’attaque s’est produite dimanche à Croix-des-Bouquets, une communauté autrefois paisible de la capitale haïtienne, Port-au-Prince, désormais contrôlée par des gangs violents.
Les forces armées du Salvador ont rapporté lundi dans un communiqué que quatre techniciens de l’aéronautique rentraient à leur campement lorsque leur véhicule blindé a été attaqué à l’aide d’explosifs et incendié.
L’armée a précisé que les quatre hommes avaient réussi à s’échapper du véhicule en feu et qu’elle collaborait avec les forces internationales pour « établir le contact et localiser » ces militaires.
Les autorités salvadoriennes ont indiqué que des hélicoptères avaient été envoyés sur place, mais qu’ils avaient eux aussi essuyé des tirs alors qu’ils dispersaient des hommes armés dans la zone.
« De multiples tentatives d’approche par voie terrestre et aérienne ont été menées, mais elles ont été entravées par l’intensité des combats », a rapporté l’armée salvadorienne.
« Les armes et les munitions utilisées par les gangs ne sont pas fabriquées en Haïti et continueront de trouver des moyens d’entrer dans le pays », a prévenu lundi Wien-Weibert Arthus, représentant permanent adjoint d’Haïti auprès de l’ONU, en s’adressant au Conseil de sécurité des Nations unies.
« Ce dernier épisode nous rappelle, comme si nous en avions vraiment besoin, que les défis en matière de sécurité en Haïti sont complexes et compliqués, a-t-il déclaré. Nous espérons que les personnes portées disparues pourront regagner leurs familles saines et sauves. »
La violence des gangs a provoqué le déplacement de près de 1,5 million de personnes à travers Haïti ces dernières années, un chiffre record. Selon l’ONU, plus de 5700 personnes ont été tuées ou blessées entre janvier et mi-septembre, et plus de 230 autres ont été enlevées.
Avertissement des États-Unis
Mike Waltz, ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, a condamné cette attaque lors de la réunion du Conseil de sécurité consacrée à Haïti.
« Nous pensons que les quatre hommes ont survécu, mais on est toujours sans nouvelles d’eux, a-t-il indiqué. Nous vous ramènerons chez vous. »
M. Waltz a indiqué que des gangs avaient attaqué le véhicule blindé à l’aide de « des centaines de balles et d’explosifs ».
« Aux gangs et à leurs chefs qui ont perpétré cette attaque lâche : si vous pensez intimider cette coalition au point de la faire battre en retraite, vous commettez une terrible erreur », a-t-il déclaré.
La force de lutte contre les gangs a indiqué qu’elle évaluait la situation et avait conseillé aux habitants de la zone où l’attaque s’est produite de rester chez eux.
« Les gangs mettent la force de répression des gangs à l’épreuve », a affirmé lundi Jack Christofides, représentant spécial de cette force, à l’ONU. Il a souligné que les attaques s’étaient récemment multipliées.
M. Christofides a averti que les gangs avaient commis des meurtres de représailles dans certaines zones à la suite d’opérations menées par les forces haïtiennes et internationales, et qu’ils s’étaient enfoncés plus profondément dans des zones telles que la communauté de Kenscoff et la région de l’Artibonite.
« La réalité, c’est que nous ne pouvons pas être partout à la fois », a-t-il admis.
Des élections malgré la violence
La zone où le véhicule blindé a été pris pour cible est contrôlée par des gangs, notamment Chèn Méchan, Kraze Barye, dirigé par Vitelhomme Innocent, et 400 Mawozo, dirigé par Lanmo Sanjou. Les deux chefs de gang ont fait l’objet de sanctions de la part de l’ONU et des États-Unis.
Romain Le Cour, directeur de l’Observatoire d’Haïti au sein de l’Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée, a déclaré que si certains gangs subissaient une pression depuis le déploiement de la force de répression, « d’autres veulent montrer qu’ils sont capables de riposter ».
« Si ces soldats sont effectivement retenus en otages, cela donne aux groupes un avantage pour négocier et faire pression sur les forces de sécurité », a-t-il ajouté.
En septembre 2025, le Conseil de sécurité de l’ONU a autorisé la mise en place d’une force de 5550 membres destinée à remplacer une ancienne force multinationale dirigée par le Kenya, qui peinait à cause d’un manque de fonds et de ressources alors qu’elle tentait d’aider la Police nationale haïtienne à réprimer la violence des gangs.
La force de lutte contre les gangs compte plus de 2000 soldats sur le terrain en Haïti, dont des soldats originaires du Tchad, de la Jamaïque et du Guatemala.
« La force fait la différence avec les moyens dont elle dispose », a affirmé M. Christofides, ajoutant que les autorités commençaient à observer les premiers signes d’un affaiblissement de l’influence et du contrôle des gangs dans certaines zones.
Personne n’a revendiqué l’attaque contre les soldats salvadoriens. Celle-ci survient alors qu’Haïti se prépare à ses premières élections législatives depuis plus d’une décennie et met en évidence la puissance des gangs qui contrôlent environ 70 % de Port-au-Prince.
Carlos Ruiz Massieu, l’envoyé spécial de l’ONU en Haïti, a déclaré lors de la réunion de lundi que les préparatifs électoraux « avaient atteint un niveau de progression sans précédent ».
Il a précisé que plus de 35 partis et groupes politiques s’étaient enregistrés, ainsi que 3500 candidats. Parmi eux figure l’ancien président haïtien Michel Martelly, qui a fait l’objet de sanctions en novembre 2022 de la part du Canada et en août 2024 de la part des États-Unis, qui l’ont accusé de faciliter le trafic de drogue et de soutenir plusieurs gangs. [Associated Press]







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