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France : des services de renseignement auraient reçu des consignes pour imputer les violences à LFI, selon Mediapart

Mardi 20 Octobre 2026

Des services de renseignement français auraient reçu des consignes visant à attribuer à La France insoumise (LFI) la responsabilité du mouvement de contestation marqué par les violences du 17 octobre, selon une enquête publiée lundi soir par Mediapart, suscitant de vives réactions au sein du parti de Jean-Luc Mélenchon.

 

Dans des échanges écrits datés du 18 2026 octobre et consultés par le média d’investigation, un commissaire du renseignement territorial aurait dénoncé des demandes visant à mettre en cause LFI, malgré l’absence, selon lui, d’éléments établissant sa responsabilité.

 

« Quand on nous demande texto d’écrire que c’est LFI qui est derrière le mouvement alors que c’est objectivement faux de l’avis général des RT [Renseignements territoriaux], forcément on a des décisions politiques », aurait-il déclaré à ses collègues.
 

Interrogé par Mediapart, le ministère de l’Intérieur a démenti avoir donné de telles consignes.

 

Manuel Bompard dénonce une « affaire d’État »

 

Réagissant à ces révélations sur le réseau social américain X, le coordinateur national de La France insoumise, Manuel Bompard, a dénoncé une « véritable affaire d’État ».

 

« L’article de Mediapart de ce soir est d’une très grande importance », a-t-il écrit, accusant le gouvernement de manipuler les services de renseignement pour imputer à tort à son mouvement des actes dont il n’est pas responsable.

 

L’enquête a également été évoquée lundi soir à l’Assemblée nationale, lors d’une audition du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, consacrée au budget de son ministère.

 

La députée insoumise Gabrielle Cathala a directement interpellé le garde des Sceaux sur les accusations de manipulation des renseignements.

 

« Qu’en pensez-vous, Monsieur le ministre, que votre gouvernement manipule des notes du renseignement ? », lui a-t-elle demandé, en référence aux révélations de Mediapart.

 

Gérald Darmanin a répliqué en mettant en cause le parti de Jean-Luc Mélenchon.

 

« Vous êtes, vous et votre mouvement politique, un souci de désordre pour le pays », a-t-il déclaré, reprochant également aux élus insoumis leur attitude à l’égard des forces de l’ordre.

 

Ces échanges interviennent dans un contexte de tensions entre le gouvernement et La France insoumise, régulièrement mise en cause par l’exécutif depuis le début des mobilisations lycéennes en septembre.

 

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a notamment accusé le « mouvement de l’ultragauche » de chercher à organiser un « désordre profond » dans le pays jusqu’à l’élection présidentielle.

 

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a pour sa part affirmé que de nombreux militants de l’ultragauche avaient été identifiés lors des manifestations du 17 octobre, marquées par des pillages, des incendies et des affrontements avec les forces de l’ordre.

 

Le ministère de l’Intérieur a maintenu auprès de Mediapart que les personnes interpellées s’étaient, pour beaucoup, agrégées à des militants d’ultragauche identifiés par les services de renseignement, tout en affirmant que ces derniers avaient évité les interpellations.

 

Des accusations contestées au sein des services de police

 

Les accusations gouvernementales ont toutefois été fortement nuancées par la procureure de Paris, Laure Beccuau.

 

Interrogée lundi matin sur TF1, la magistrate a affirmé ne pouvoir « absolument pas confirmer » que les auteurs des violences commises à Paris le 17 octobre étaient des personnes politiquement proches de l’ultragauche.

 

Elle a précisé que les personnes placées en garde à vue étaient, dans leur grande majorité, peu connues des services de police et ne formulaient pas de revendications politiques.

 

Selon Mediapart, plusieurs responsables policiers et du renseignement contestent également l’idée d’une responsabilité générale de La France insoumise dans les violences.

 

Un responsable national d’une organisation syndicale de police cité par le média estime notamment que l’ultragauche représenterait environ 20 % des personnes impliquées dans les incidents, contre 80 % de pillards auxquels aucune appartenance politique particulière ne serait attribuée.

 

Le média fait également état de réserves concernant plusieurs notes de renseignement utilisées pour établir un lien entre les mobilisations lycéennes et certaines organisations politiques.

 

Une note de la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP), datée du 28 septembre et précédemment révélée par Le Monde, avait notamment été invoquée pour étayer les accusations visant l’extrême gauche.

 

Selon Mediapart, plusieurs sources policières et administratives remettent en question la portée de ces analyses, estimant que la présence de militants ou de responsables politiques dans les manifestations ne permet pas d’établir leur responsabilité dans les violences.

 

Une polémique sur fond de critiques du maintien de l’ordre

 

Ces révélations surviennent alors que le gouvernement fait face à des critiques concernant l’anticipation des violences et les effectifs de sécurité déployés lors des manifestations du 17 octobre.

 

Le président Emmanuel Macron a reconnu des défaillances dans l’anticipation des événements, tout en refusant la démission proposée par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez.

 

Les mobilisations, initialement portées par des revendications lycéennes avant de s’élargir à d’autres contestations sociales, ont été marquées par des affrontements, des incendies et des pillages dans plusieurs villes françaises.

 

À ce stade, aucune réaction spécifiquement liée aux révélations de Mediapart n’est venue des autres principales formations politiques. [AA]

 

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