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Dette sous-déclarée : 4 700 milliards FCFA établis, près de 7 000 milliards FCFA estimés, et toujours pas de tableau exhaustif ! (Par Boubacar Tall)

Mercredi 2 Septembre 2026

Le Président senegalais Bassirou Diomaye Faye (d.) et son prédécesseur Macky Sall au Palais de la République
Le Président senegalais Bassirou Diomaye Faye (d.) et son prédécesseur Macky Sall au Palais de la République

Commençons par les chiffres. Ils parlent directement au Citoyen collectif.

 

À fin 2023, l’ancien régime déclarait une dette représentant 74,41 % du PIB, soit environ 13 855 milliards de FCFA. Après vérification, la Cour des comptes a établi une dette de 18 558,91 milliards de FCFA, soit 99,67 % du PIB. La différence atteint environ 4 704 milliards de FCFA.

 

Ce montant ne représente pas toute la dette publique. Il représente la partie qui manquait dans les chiffres officiellement déclarés à fin 2023.

 

À l’intérieur de ce phénomène, la Cour a notamment identifié 2 517,14 milliards de FCFA de dette bancaire hors cadrage au 31 mars 2024. Les audits et rapprochements ultérieurs auraient porté le passif mal déclaré à plus de 11 milliards de dollars, avec certaines estimations proches de 13 milliards de dollars.

Converti en francs CFA, cela représente une fourchette approximative allant de 6 000 à 7 500 milliards de FCFA.

 

Retenons donc trois chiffres :

 

- 18 558,91 milliards de FCFA : la dette totale reconstituée à fin 2023

- 4 704 milliards de FCFA : le minimum documenté qui manquait dans la déclaration officielle

- environ 7 000 milliards de FCFA : une estimation élargie du passif mal déclaré, dont la ventilation exhaustive reste à publier

 

Voilà précisément pourquoi nous ne devons pas transformer une estimation en vérité comptable définitive. Le montant de 4 704 milliards résulte directement des chiffres publiés par la Cour des comptes. Le montant proche de 7 000 milliards repose sur un périmètre plus large, établi après d’autres audits et rapprochements. Il intégrerait des engagements supplémentaires, des opérations d’entités publiques, des arriérés ou d’autres passifs insuffisamment recensés lors du premier audit.

 

Mais où est le tableau complet ? Où sont les contrats ? Où sont les créanciers ? Où sont les dates de décaissement ? Où sont les comptes bancaires ? Où sont les projets financés ? Où sont les garanties accordées ? Où sont les bénéficiaires des paiements ? Où est la distinction entre les 4 704 milliards déjà établis et les montants ajoutés par les audits ultérieurs ?

 

Sans cette réconciliation, personne ne devrait présenter les 7 000 milliards comme un chiffre définitivement arrêté.

 

Nommons maintenant le phénomène

 

Le phénomène tient en une phrase : L’État sénégalais a contracté et supporté une dette supérieure à celle officiellement déclarée au Parlement, aux citoyens et aux partenaires financiers.

 

Des contrats existaient. Des fonds avaient été décaissés. Des remboursements engageaient la République. Pourtant, une partie de ces obligations ne figurait pas dans l’encours consolidé officiellement présenté.

 

Le terme économique approprié est donc : « Sous-déclaration de la dette publique par exclusion d’engagements du périmètre officiel de consolidation et de reddition. »

 

Dans le langage courant, il s’agit d’une dette cachée.

 

Une dette n’a pas besoin de disparaître de tous les dossiers pour être cachée. Elle devient cachée lorsqu’elle est soustraite aux documents dans lesquels elle devait obligatoirement apparaître. Dire que « tout était dans les livres comptables » ne répond donc pas au problème.

 

Une famille ayant contracté dix prêts ne présente pas une situation sincère lorsqu’elle n’en déclare que six, même si les quatre autres contrats restent conservés chez les prêteurs.

 

La vraie question est simple : la totalité des engagements de l’État figurait-elle dans les documents officiels remis au Parlement, aux citoyens et au FMI ? La Cour des comptes et le FMI répondent non.

 

Dette extrabudgétaire et dette cachée ne sont pas synonymes 

 

Une dette extrabudgétaire n’est pas automatiquement cachée. Elle le devient lorsqu’elle échappe à l’autorisation budgétaire, au circuit comptable régulier, à la consolidation ou à l’information des institutions compétentes.

 

Dans le cas sénégalais, plusieurs mécanismes semblent s’être combinés :

 

- emprunts bancaires hors cadrage

- décaissements de prêts-projets insuffisamment remontés

- ressources d’emprunt affectées à des comptes de dépôt

- comptes administrés hors du circuit normal du Trésor

- dépenses non autorisées par les lois de finances

- engagements exclus des documents de reddition

- déficit budgétaire minoré en conséquence

 

Le déficit de 2023 fut officiellement présenté à 4,9 % du PIB. La Cour des comptes l’a recalculé à 12,3 %. La dette apparaissait moins élevée parce qu’une partie des engagements n’était pas intégrée. Le déficit apparaissait moins élevé parce qu’une partie des dépenses n’était pas comptabilisée dans le périmètre déclaré.

Les deux indicateurs furent donc affectés simultanément.

 

Comment le FMI a—t-il pu ne pas voir ?

 

Le FMI travaille d’abord sur les données produites et certifiées par l’État. Si des emprunts sont signés avec des banques, versés sur des comptes distincts, exécutés hors du Trésor et exclus des tableaux de la Direction de la dette, le FMI reçoit une photographie incomplète. Cela explique le mécanisme. Cela n’épuise pas la responsabilité du FMI.

 

Le Fonds disposait de moyens de contrôle :

 

- rapprocher la dette des besoins réels de financement

- vérifier les paiements d’intérêts

- comparer les données du Trésor, de la BCEAO et des banques

- examiner les mouvements des comptes publics

- demander les relevés bancaires

- interroger directement les créanciers

- suspendre les décaissements devant une information incomplète

 

Selon Edward Gemayel, le FMI n’aurait jamais reçu certains relevés bancaires demandés pour vérifier l’utilisation du surfinancement de 2023.

 

Pourquoi les relations financières se sont-elles poursuivies malgré l’absence de pièces aussi importantes ? Le FMI doit expliquer ce qu’il savait, ce qu’il avait demandé, les réponses obtenues et les contrôles qu’il n’a pas menés.

 

Qui doit rendre compte ?

 

La reddition des comptes ne doit pas rester enfermée dans la formule vague de « l’ancien régime ».

 

Il faut identifier :

 

qui a autorisé chaque emprunt, qui a signé chaque convention, qui a ouvert les comptes, qui a ordonné les paiements, qui a reçu les fonds, qui a préparé les tableaux de dette, qui a exclu certains engagements, qui a validé les chiffres transmis, qui connaissait les anomalies, qui a gardé le silence, quels contrôleurs ont failli, quelles banques ont financé ces opérations ?

 

La chaîne des responsabilités comprend potentiellement :

 

la présidence de la République, le gouvernement, le ministère des Finances, le Trésor, la Direction de la dette publique, les ordonnateurs et comptables, les responsables des projets, les banques et intermédiaires, les organes nationaux de contrôle, les institutions régionales, selon leurs compétences, le FMI, au titre de sa surveillance.

 

Le Parlement doit enquêter et informer le peuple. La Cour des comptes doit poursuivre son travail de contrôle. Les indices d’infraction doivent être transmis au parquet financier, à l’OFNAC, à la CENTIF et aux juridictions compétentes.

 

Restructurer ne signifie pas absoudre

 

Une restructuration traite les échéances, les taux, les maturités et la capacité de remboursement.

 

Elle ne dit pas où est allé l’argent. Elle ne désigne pas les responsables. Elle ne récupère pas les sommes détournées. Elle ne sanctionne pas les fausses déclarations éventuelles. Elle ne transforme pas rétroactivement une opération irrégulière en opération régulière.

 

Une loi de finances rectificative peut reconnaître une charge et restaurer la sincérité du budget. Elle n’efface ni la faute de gestion, ni la surfacturation, ni le détournement, ni l’enrichissement illicite.

 

Le peuple sénégalais supportera les dettes valides de l’État parce que la République demeure continue. Mais avant de lui demander des sacrifices douloureux, il faut lui présenter la facture détaillée.

 

Pas une estimation globale. Pas une formule politique. Pas un chiffre lancé dans le débat. Un tableau complet, contrat par contrat et créancier par créancier.

 

Le Citoyen collectif doit exiger :

 

- le montant définitivement réconcilié de la dette sous-déclarée

- l’utilisation de chaque financement

- l’identité des décideurs et des bénéficiaires

- la saisine des autorités judiciaires

- le recouvrement des sommes détournées ou indûment perçues

- l’explication des défaillances du FMI et des organes de contrôle

 

Nous connaissons déjà un minimum documenté : environ 4 700 milliards de FCFA absents des chiffres déclarés à fin 2023. Nous disposons désormais d’une estimation élargie proche de 7 000 milliards.

 

Ce qui manque encore, c’est la vérité complète sur la composition de cette dette et sur la destination de l’argent. Avant l’effort national, il faut la vérité nationale.

 

La restructuration ne doit pas devenir le tombeau de la reddition des comptes. Et puisque le dernier mot appartient au Citoyen collectif, qu’il exige désormais trois choses :

 

La vérité sur chaque milliard.

La responsabilité pour chaque faute.

Le recouvrement de chaque franc détourné.

 

Boubacar Tall (Page Facebook)

 

Sources principales : Rapport d’audit de la Cour des comptes sur la situation des finances publiques, gestions 2019 au 31 mars 2024. Communiqué du FMI du 26 mars 2025. Informations publiées sur les audits et rapprochements ultérieurs de la dette sénégalaise.

 
La photo d'illustration a été choisie par impact.sn 

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