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CONTRECHAMP : Compétition déloyale, armes machiavéliques de pouvoir et pérennisation de la nation

Lundi 22 Août 2016

Maurice Soudieck DIONE
Docteur en Science politique
Enseignant-chercheur à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis
 
Dans la pensée de Machiavel, la ruse et la force sont des moyens puissants de conquête, d’exercice et de conservation du pouvoir. Transcendées, les catégories analytiques et axiologiques du Bien et du Mal n’ont pas de valeur en soi ; toujours instrumentalisées pour asseoir les intérêts princiers de préservation du trône. La force peut conquérir le pouvoir, mais on s’y maintient par le droit. Dans la théorie marxiste, l’ordonnancement juridique est une superstructure au service de l’infrastructure économique, pour perpétuer les rapports de domination et d’exploitation au profit de la bourgeoisie. Le pouvoir du conquérant, fût-il le plus redouté et doué, doit être stabilisé par des règles ou traditionnelles ou légales-rationnelles ; c’est la routinisation du charisme chez Max Weber, quand Blaise Pascal recommande d’associer force et justice, afin que ce qui est juste soit fort, ou que ce qui est fort soit juste.
 
Dans les démocraties modernes, l’Etat de droit permet de rationaliser et pacifier le jeu politique, protéger les droits et libertés et perpétuer la cohésion sociale, qui exclut toute conception objective de la nation, puriste et raciste, si tant est qu’elle puisse exister en dehors de l’idéologie ; elle a souvent conduit à des dérives autoritaires et totalitaires, monstrueusement horribles ; accoucheuses des pires violations et négations de la liberté et de la dignité humaines, comme en témoignent la banalisation du mal dans les crimes nazis, ou les génocides arménien ou rwandais.
 
La conception subjective de la nation, chère à Léopold Sédar Senghor, prime au Sénégal ; elle est fondée sur un commun vouloir de vie commune et le métissage biologique et culturel. Est rejetée la civilisation universelle : expression des dynamiques hégémoniques d’universalisation d’une culture occidentale imbue de supériorité prétendue, iconoclaste à souhait et destructrice des valeurs de l’altérité, pour exalter et flatter une meurtrière identité ! Car il est plutôt question de bâtir une civilisation de l’Universel, rendez-vous du donner et du recevoir, où chaque groupe humain apporte une contribution authentique et singulière, afin de produire ensemble un universel riche de toutes les particularités, pour une montée en humanité !
 
Dans l’exercice du pouvoir suprême, le Président-poète a fait cohabiter harmonieusement toutes les composantes de la nation sénégalaise, en ne cherchant à mettre aucun Sénégalais au-dessus d’un autre, aucune ethnie au-dessus d’une autre, aucune religion au-dessus d’une autre, aucune confrérie au-dessus d’une autre, aucune région au-dessus d’une autre ! Il a fait de ses gouvernements un creuset d’assimilation réciproque des élites, pour préserver le ferment unificateur de la nation. Voilà le code culturel inclusif fait de tolérance, de générosité, de connaissance et de respect de soi et des autres, d’enracinement et d’ouverture qu’il nous a légué.
 
Il est regrettable et dangereux qu’aujourd’hui, l’obsession présidentielle aveugle d’un second mandat, pousse des politiciens zélés, dénués de toute intelligence politique, en mal d’inspiration et d’imagination et en perte de représentativité ; marginalisés et écartés des positions élevées de pouvoir, de prestige et de privilèges, n’aient rien d’autre à proposer qu’une loi sur la bi-nationalité, alors que l’article 28 de la Constitution a déjà réglé la question, à savoir que tout candidat à l’élection présidentielle doit être exclusivement de nationalité sénégalaise.
 
Pour le reste, il appartient au peuple de choisir librement son Président. Il faut dès lors éviter de personnaliser les lois pour combattre des adversaires. Le meilleur moyen de promouvoir un homme politique au Sénégal, c’est de lui faire subir des injustices. Il est donc contreproductif de créer des crises politiques adossées à de petits intérêts et calculs personnels et partisans. Car ce pays nous appartient à tous.

On a pu voir les ravages de l’ivoirité en Côte d’Ivoire sur dix ans d’instabilité politique : coups d’Etat, usurpation et tentatives de confiscation du pouvoir, assassinats politiques, rébellion et partition du pays, crimes contre l’humanité et crimes de guerre, dont les présumés coupables sont aujourd’hui devant la Cour pénale internationale ! Ironie du sort : le Président Bédié concepteur de cette ivoirité morbide et mortifère, est aujourd’hui le principal souteneur du Président Ouattara qu’il voulait exclure ! Tout cela pour ça !
 

 
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