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CHRONIQUE D’ALBERT - Partisans et anti-troisième mandat présidentiel affûtent les armes

Mercredi 30 Octobre 2019

CHRONIQUE D’ALBERT - Partisans et anti-troisième mandat présidentiel affûtent les armes
L’Alliance pour la République et son président fondateur entrent au cours du deuxième mandat du Président de la République dans une zone à hauts risques. La vague anti-troisième mandat du président sortant en 2024, pourrait se propager dans l’Apr et la coalition de la majorité présidentielle, après les mesures limogeant brutalement certains responsables politiques républicains, refusant d’obéir à l’injonction du président de la République en exercice, mettant fin par son autorité, à tout débat potentiel sur un probable ou imaginaire mandat.
 
Le Président de la République, Macky Sall, vient de limoger son ancien ministre-conseiller, Moustapha Diakhaté. L’ancien président du Groupe parlementaire fait partie des compagnons de la conquête du pouvoir étatique par le chef des républicains. Cette séparation n’est guère, ni une première, ni la dernière dans l’exercice du pouvoir étatique du maître actuel du jeu politique. D’autres responsables de l’Alliance pour la République ont été remerciés pour des raisons quasi similaires. La séparation constitue un fait politique récurrent de l’exercice du pouvoir politique au Sénégal.
 
Le pouvoir socialiste et celui du pouvoir libéral ont été marqués par des séparations politiques souvent douloureuses entre les présidents de la République et des artisans de l’accès au pouvoir ou sa préservation. Un phénomène paradoxal. Le cercle du pouvoir central se réduit au fil de l’exercice du pouvoir. Le pouvoir éjecte ses propres acteurs.
 
Ces ruptures résultent, le plus souvent, de divergences politiques à propos des orientations et/ou de la conduite personnalisée des affaires de l’État. L’Alliance pour la République ne fait guère exception à cette loi non écrite de l’exercice du pouvoir politique. Ce qui est probablement nouveau, réside dans le fait que le président de la République réélu en février 2019 perd ses capacités politiques de communication et de persuasion pour gérer, ici et maintenant, des divergences d’appréciation d’une question délicate touchant directement ou indirectement à son après-règne.
 
La succession du président de la République sortant en 2024 n’est guère simple. Elle est plutôt une question d’État fortement complexe par ses enjeux et sa gestion par un parti au pouvoir. Le traitement d’une telle question exige apparemment que le président de la République en exercice initie une nouvelle approche de gestion du futur de l’Apr et du Benno bokk yakaar. Les contextes de l’exercice du pouvoir semblent se modifier après la conquête de la réélection du candidat-président de l’Apr et du Benno au détriment de l’esprit du "gouverner ensemble" et la recherche de consensus politiques entre les alliés de la seconde alternance.
 
L’ambition pour la reconstruction du Sénégal a été le ciment de l’unité politique entre les républicains et les alliés au départ. Puis, tous les alliés ont pris   conscience du danger des répercussions de conflits internes dans la conduite du pouvoir étatique. Le deuxième mandat présidentiel est toutefois une étape radicalement différente de la première étape de l’exercice du premier mandat.
 
Le deuxième mandat ouvre le champ de l’après-règne du président de la République. Entre les lignes de ce débat du troisième mandat qui ne cesse de prendre de l’ampleur politique et sociale, se profilent en réalité des batailles de prospectives d’une fin de mandat et des conflits légitimes entre des ambitions conflictuelles de responsables politiques de l’Alliance pour la République et de la coalition Benno bokk yakaar. Les partisans potentiels du troisième mandat et anti- troisième mandat, affûtent les armes à travers le bras de fer engagé par le président de la République contre les anti-troisième mandat. Ces derniers sont des partisans du respect de l’esprit des deux mandats pris avant son élection en mars 2012.
 
Face à une question aussi cruciale engageant l’avenir de la gouvernance des républicains et des alliés, le président de la République a choisi une méthode radicale du chef suprême. Elle consiste à la fois à clôturer un débat à peine engagé et à remercier tous les responsables politiques de l’Alliance pour la République et du Benno bokk yakaar n’obéissant pas à sa décision de mettre un terme à toute réflexion partisane. La majorité des cadres républicains et les alliés du président de la République acceptent de gré ou de force, de reporter ce débat empoissonné par une suspicion à propos des intentions du président de la République en exercice et des supputations d’une succession précoce.
 
Entre le silence politique exigé par l’autorité du chef de l’État et la réalité mouvante de l’actualité, il existe un monde politique imaginaire. Ce dernier est du reste très fertile. La posture présidentielle est visiblement en contradiction avec cet univers de controverses de libres penseurs de la République et de la démocratie. Une vague anti-troisième mandat se profile à l’horizon contre l’usage de la force des arguments de l’autorité. Elle refuse que le débat d’intérêt national soit étouffé dans l’œuf.  
 
L’interdiction du débat contradictoire est très peu en adéquation d’ailleurs avec l’esprit du "gouverner ensemble", de la réflexion prospective et avec les promesses de la seconde alternance d’instaurer deux mandats. Malgré l’épée de Damoclès présidentiel, le débat sera mené, sans aucun doute, sous des formes variées à l’intérieur de l’Apr et de la coalition présidentielle suivant le ressenti, les affinités et les convictions intimes des acteurs exerçant le pouvoir étatique.
 
Le pire serait un débat clandestin, opposant à distance de l’intérieur du camp présidentiel, des clans anti-troisième mandat et les inconditionnels du président de la République.
 
Mamadou SY Albert
 
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