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Aliou Sall, un cheminement politique ambigu !

Jeudi 17 Novembre 2016

Aliou Sall, un cheminement politique ambigu !
On le confond allègrement avec son grand-frère. Portrait craché. Tout en rondeur. Physique imposant en boubou traditionnel. Autant ou presque en costume occidental. Tel est Aliou Sall, le maire de Guédiawaye. Il a 47 ans (officiellement), l’air timide – ce qu’il n’est pas – selon certains de ses proches. Affable, selon des connaissances. Pas nerveux comme l’autre, peu volubile, drôle à l’occasion, sachant répliquer avec de la verve. Des traits de caractère à mettre en perspective avec l’explosif dossier Timis dont il est partie prenante et qui l’a mis, fatalement, au devant de l’actualité sénégalaise. Entre les Wade, les faucons de l’ex-régime et son grand-frère, son parcours politique de ces dix dernières années n’a pas été banal.
 
Militant engagé et discipliné à Aj-Pads
Il s’engage très vite dans la politique. A l’époque, il était plus facile d’atterrir au Parti socialiste (Ps) qui était au pouvoir. Aliou Sall a préféré suivre les traces du grand-frère, très tôt attiré par les pensées et orientations marxistes-léninistes. Il choisit donc de militer à And-Jëf Parti africain pour la démocratie et le socialisme (Aj-Pads), une petite formation politique de la gauche, réceptacle d’une frange de l’élite intellectuelle dont les figures de proue étaient les Savané (Landing et Marie Angélique), Mamadou Diop Decroix, Amadou Guiro, Madièye Mbodji, Awa Marie Coll Seck, etc.
«Je ne me souviens plus de la date d’entrée d’Aliou Sall dans le parti. Ce dont je suis certain,  c’est qu’il y est arrivé étant très jeune. Et à ce que je sache, il a toujours été un militant engagé et discipliné», témoigne Mamadou Diop Decroix, actuel Secrétaire général de ce parti politique, né aux premières heures de la clandestinité. «Il était dans le parti en même temps que son grand-frère. Une curiosité : même lorsque (Macky Sall) a quitté And Jëf pour rejoindre le Parti démocratique sénégalais (Pds), lui est resté. A ce que je sache, il n’a pas fréquenté un autre parti jusqu’à son entrée à l’Alliance pour la République», note encore M. Diop.
 
Né à Foundiougne le 12 août 1969 ( ?), c’est au lycée Valdiodio Ndiaye de Kaolack qu’il décroche son baccalauréat. Le jeune Aliou Sall montre très vite sa passion pour la géographie. Là encore, il veut devenir ‘’Paul’’ aux côtés du grand-frère ‘’Jean’’, inscrit pour suivre des études supérieures dans le domaine. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que Macky Sall est devenu géologue. N’ayant pu accomplir ce rêve, il se tourne vers une autre passion: le journalisme. C’est en 1994 qu’il entre au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti). Il fait ses premiers pas à Walfadjri en tant que pigiste. «Aliou Sall était chez moi comme pigiste et je lui payais 50 francs CFA la ligne», a l’habitude de rappeler Sidy Lamine Niasse, président directeur général du groupe éponyme.
 
Journaliste à Info 7 et Sopi Ak Alternance
Tour à tour, Aliou Sall fréquente le quotidien ‘’Info 7’’ où il a été chef desk politique puis Grand-reporter avant de déposer ses baluchons au journal ‘’Sopi Ak Alternance’’. C’était en 2000, dans le contexte de l’arrivée au pouvoir de Me Abdoulaye Wade. Macky Sall qui s’était déjà engagé avec le pape du Sopi dans la politique après son passage à Aj-Pads, attendait de recevoir de son mentor son premier fromage. En décembre 2001, il est nommé Directeur général de la Société des pétroles du Sénégal (Petrosen). Un premier poste au moment où le petit-frère attendait lui aussi sa part du gâteau après de bons et loyaux services rendus à travers le journal ‘’Sopi Ak Alternance’’. Mais il dut prendre son mal en patience: le grand-frère n’aura son premier poste ministériel que plus tard. Ministre des Mines, de l’Energie et de l’Hydraulique.
 
DirCom de l’Aser
«Il fallait trouver autre chose à Aliou Sall. De ce que je sais, Macky Sall voulait un moment l’amener dans un ministère que dirigeait à l’époque un responsable d’un parti de la Gauche allié de Me Wade. Mais au vu du salaire proposé, il avait jugé nécessaire d’aller voir ailleurs car sa conviction était qu’Aliou, compte tenu de ses diplômes et de son expérience, pouvait prétendre à avoir mieux», renseigne un interlocuteur de Nouvel Hebdo.

«Par la suite, il l’a casé à l’Agence pour l’électrification rurale (Aser). C’est Aliou Niang qui y était Directeur général. Macky Sall, ministre de l’Energie, pouvait bel et bien y placer son petit-frère en tant que tutelle de ladite agence. C’est ainsi qu’Aliou Sall y est nommé directeur de la communication.» Il occupa ce poste pendant deux années avant de rejoindre l’École nationale d’administration (Ena) de Paris où il s’inscrit en cycle court. Il y passe deux ans avec des condisciples tels que Thierno Bâ, Demba Diallo, devenu par la suite chargé de mission à l’Agence nationale de l’organisation de la conférence islamique (Anoci), ou encore Abdoulaye Guèye, actuel secrétaire général du ministère du travail. 
 
Rencontre avec Karim Wade et nomination en Chine
Entre temps, Idrissa Seck avait perdu son fauteuil de Premier ministre avant d’être remplacé par Macky Sall, qui occupait le département de l’Intérieur. Aliou Sall décide de revenir au pays. Objectif : trouver un job qui réponde à son statut d’énarque. Devenu puisant depuis que son père-Président en a fait patron de l’Anoci, Karim Wade rencontre Aliou Sall.
 
«Certains peuvent le démentir s’ils veulent, mais pour ce que j’en sais, Karim Wade l’a beaucoup aidé. Il lui a été d’un grand soutien en demandant à son père d’élargir les membres du Bureau de l’Ambassade du Sénégal en Chine. Ensuite, tout le monde sait ce qui s’est passé. Aliou Sall, encore une fois avec le soutien de Karim Wade, est devenu chef du Bureau économique de notre ambassade en Chine», renseigne un ancien collaborateur de Karim Wade et ex membre de la Génération du concret (Gc) qui a rejoint le camp du Président Sall.
 
Nous sommes en 2008, quand son grand-frère, devenu président de l’Assemblée nationale, a de graves divergences avec son mentor, le Président Wade. Quelques semaines ont suivi avant que la loi Sada Ndiaye soit votée par l’assemblée nationale. Macky Sall décide de rendre ses clics et ses clacs. Il devient un banni du régime des Wade et prend son destin en mains propres. Pour sa part, Aliou Sall n’est point inquiété et reste en fonctions à Beijing où, apparemment, il a commencé à prendre ses marques de businessman, lui le fonctionnaire de l’Etat du Sénégal.
 
Au Sénégal, Macky Sall lance son parti: Alliance pour la République (Apr-Yakaar) et entame une tournée nationale. Il travaille à la massification de ses rangs avant de participer aux élections locales de 2009 sous la bannière ‘’Dekkal Ngor’’. Il prend Fatick, son fief politique et sentimental, et en devient le maire. A 12 300 km de Dakar à vol d’oiseau, Aliou Sall poursuit ses missions au service de l’Etat et du gouvernement sénégalais.
 
«Les faucons du Palais voulaient sa tête»
Et c’est contre lui que les faucons libéraux s’en prennent au moment où Macky Sall devient un opposant radical menaçant directement la survie du régime. Ils réclament donc ouvertement sa tête à Me Wade. Pourquoi laisser en place à Beijing, place stratégiquement importante de la diplomatie sénégalaise dans le monde, «un homme qui pouvait informer son grand-frère sur beaucoup de sujets et dossiers ayant trait à la coopération bilatérale Sénégal-Chine ? Un homme qui pouvait trahir à tout moment et rejoindre son grand-frère aspirant à la présidence de la république ? »
 
Là encore, renseignent nos sources, c’est Karim Wade, propulsé tout puissant ministre « du ciel et de la terre », qui intervient pour trancher la question. Il a été d’un poids décisif à ce sujet. «Le fils de l’ancien président mais aussi Me Madické Niang ont convaincu Me Wade de laisser Aliou Sall en poste car, de leur point de vue, il ne servirait à rien de le limoger, pour n’importe quel prétexte », raconte notre interlocuteur.
 
Dans cette bataille d’influence relative au maintien ou à la révocation du chef du Bureau économique de l’ambassade du Sénégal à Pékin, il est rapporté des propos qu’aurait tenus un des faucons du Palais à l’endroit du Président Wade : «Si le grand-frère pour qui tu as tout fait te fait ça, alors que fera le petit-frère ?» Après moult échanges entre responsables libéraux, le même faucon est revenu pour changer d’avis : « finalement, le renvoyer serait perçu comme une vengeance. Qu’il reste là-bas et peut-être qu’il nous sera d’un apport en cas de besoin.» Autre source, autre argument. «Non ! Aliou Sall est resté à son poste parce que Wade l’a voulu. Il faisait bien son travail et n’avait rien à se reprocher. Il a toujours été professionnel et ne doit rien à personne. S’il était vraiment compétent, d’autres auraient pris sa place.»
 
« Je suis un cadre de mon pays… »
S’il est vrai que la majorité des Sénégalais n’ont connu Aliou Sall qu’après l’accession de Macky Sall à la magistrature suprême, Mamadou Kassé ; Dg de la Sn-Hlm, est d’avis que ce devait être plutôt le contraire. Il est même choqué. « Moi, ça ne me choque pas qu’Aliou soit peu connu. Je l’ai connu déjà à And Jëf, il n’est pas un jeune politicien. Nous sommes tous deux dans la lutte depuis un bon moment. Je peux vous dire que lui, Aliou, est dans le circuit politique depuis bien avant 1988 », affirmait-il dans une interview à Nouvel Hebdo. 
 
D’ailleurs, pour mettre un terme aux nombreuses supputations sur sa personne, le principal concerné a eu à clamer dans un entretien avec Diaspora news: «Je n’ai aucune fonction publique dans l’État, ni de nomination.» Il ajoutait qu’«en tant que maire de Guédiawaye, j’ai été élu. Président l’Association des maires du Sénégal, c’est (donc) une association qui a porté son choix sur moi, pas un organisme d’État… Je ne suis pas ministre, ni directeur général d’une société publique, je n’ai pas de salaire d’État en dehors de mes indemnités de maire. Je ne dispose ni de véhicule, ni de téléphone de l’État. C’est totalement ridicule.»
 
Exaspéré par un certain « acharnement » contre sa personne, Aliou Sall veut être perçu autrement, loin du prisme réducteur d’un grand-frère qui n’a jamais été loin de lui. « Je suis le frère du président de la république, mais aussi, je regrette de le rappeler, un cadre de mon pays. J’ai fréquenté les écoles qu’il fallait. J’ai l’expérience qu’il faut dans la plus haute fonction publique. Aujourd’hui, je ne travaille dans aucune instance gouvernementale. Aucun décret n’a nommé Aliou Sall.»
 
Sans doute vrais, ces propos. Mais à voir ce que lui coûtent aujourd’hui certaines relations d’affaires tissées au cours de son séjour chinois, le plus simple était peut-être, pour lui, de rester dans la haute fonction publique sénégalaise. Quitte à être nommé ! (Abdoulaye Mbow)
 
 
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