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3E MANDAT : Ce que cachent les purges de Macky Sall

Mercredi 30 Octobre 2019

C’est par la terreur du limogeage systématique que le président de la République tient en laisse son camp et ses alliés de Benno Bokk Yaakaar sur la question d’un 3e mandat en sa faveur. Mais un jour ou l’autre, d’une manière ou d’une autre, Macky Sall devra regarder les Sénégalais les yeux dans les yeux pour leur dire ce qu’il entend faire en 2024…


Les purges qui se succèdent dans la galaxie présidentielle en rapport avec l’évocation d’un 3e mandat qui serait impossible pour le futur chef de l’Etat sortant risquent de polluer le…mandat en cours de Macky Sall. Après Sory Kaba, le directeur général des Sénégalais de l’Extérieur, c’est au tour du ministre-conseiller Moustapha Diakhaté de passer à la trappe, les deux ayant allègrement et courageusement franchi les lignes interdites par le palais.
 
En attendant que les juristes continuent de s’écharper autour de l’article 27 de la Constitution, une situation inédite se pose. Dans la Constitution de 2016, le président de la République a souhaité régler définitivement cette question en posant l’acte suivant : «La durée du mandat du président de la République est de cinq ans. Nul ne peut exercer plus de deux mandats successifs.»
 
En principe, il ne devait plus y avoir de débat, d’autant que le chef de l’Etat lui-même est ensuite intervenu pour confirmer sa volonté : «Nul ne peut plus faire plus de deux mandats successifs.» Mais il se trouve que deux éminents juristes, les Pr Babacar Guèye et Jacques Mariel Nzouankeu, ont tenté de démontrer que la porte d’un 3e mandat successif reste quand même ouverte pour le président en exercice.
 
La faute, selon eux, à la suppression des dispositions transitoires contenues dans l’ancienne charte fondamentale et qui organisaient la dévolution et l’enchaînement des mandats. Encore qu’il faille noter que ces dispositions là n’avaient pas empêché Abdoulaye Wade de briguer un 3e mandat contre l’avis d’une majorité écrasante de juristes…
 
Protéger le mandat en cours ?
 
Il y a bien longtemps que le président Macky Sall ne s’est plus prononcé sur une question naturellement revenue au devant de l’actualité au lendemain de la présidentielle de février 2019. Il est donc utile et nécessaire pour la démocratie sénégalaise et pour la visibilité et la transparence des joutes politiques que la volonté originelle du chef de l’Etat de ne pas se représenter en 2024 fût réaffirmée avec force. Cela n’a pas été fait. Pour quelles raisons ? On l’ignore. Et c’est à ce niveau que réside une part du mystère qui entoure la démarche brutale de Macky Sall contre ceux de son camp qui lui suggèrent de penser déjà à sa reconversion dans moins de cinq ans.
 
Certes, il est dans son droit de vouloir protéger coûte que coûte un ultime mandat, celui de la réalisation du Plan d’action prioritaire de la phase 2 du PSE, contre les incontournables batailles de positionnement qui vont avoir cours au plus haut sommet de l’Etat et du pouvoir. Immanquablement, le choc des ambitions va opposer des «héritiers» plus ou moins légitimes qui vont se disputer la maîtrise de l’appareil d’Etat et des autres leviers censés être des outils stratégiques sur le chemin d’accès à la fonction suprême.
 
Le «sang» va couler à flot, il y aura des larmes et de la sueur, le bilan risque d’être lourd en termes de dégâts politiques dans la mouvance présidentielle. Les principales figures du régime porteuses de projet politique et désireuses de s’émanciper de la tutelle de Sall sortiront du bois à un moment ou à un autre pour affronter un éventuel système d’usurpation, quitte à coaliser avec des franges significatives de l’opposition et de la société civile dans un combat purement citoyen. In fine, le pays tout entier pourrait être en danger.
 
Macky Sall a-t-il l’intention de faire un 3e mandat consécutif en 2024 ? Après avoir dit publiquement «non» à cette perspective, le voilà dans le doute. Il doute fondamentalement de lui-même, de sa (bonne) intention originelle, de son avenir à la tête du Sénégal. Il ne semble plus avoir de certitudes saines sur le sujet tant est grand ce doute illégitime.
 
Pourtant, un mot, une phrase, une confirmation, nets et précis peuvent mettre fin à cette ambiance délétère qui commence à taper sur les nerfs. Nenni ! En lieu et place d’une réponse d’intérêt national, il érige la purge en un système d’autodéfense auquel il ne manque que les fusillades au poteau dans des zones sombres de l’arrière-pays pour tomber dans le stalinisme.
 
Macky Sall a-t-il parlé trop vite ?
 
Derrière ce silence bavard et dramatiquement vaudevillesque qu’il impose à ses ouailles, en gros une armée de fidèles sans ambition autre que de prolonger leur séjour sous les lambris du pouvoir, le chef de l’Etat engage une longue guerre d’usure contre lui-même, contre ses amis et ses alliés, du moins ceux qui ont à cœur de prouver que la politique peut encore compter sur des hommes et femmes intègres pour qui la parole d’un chef d’Etat équivaut à une loi.
 
Malheureusement, le président Sall est si mal à l’aise sur le sujet que ses états de services en matière de promesse politique et institutionnelle ne plaident pas en sa faveur. Son reniement spectaculaire sur la durée du premier mandat (2012-2019) est encore trop frais dans les mémoires. Digne de confiance ? Pour certains, la question ne se pose même plus, c’est dire…
 
Macky Sall a-t-il parlé trop vite ? Peut-être. Dans tous les cas, il est impératif qu’il  mettre fin à son jeu favori d’être en tête-tête avec lui-même quand l’intérêt national exige transparence et clarté chez le premier magistrat du pays. S’est-il rendu compte que l’inauguration d’une bonne partie des grands projets dits structurants de son cher Plan Sénégal Emergent pourrait avoir lieu en dehors du mandat actuel ? Probablement mais il est de notoriété publique que les hommes passent et que les institutions demeurent. Voudrait-il assurer ses arrières en promouvant un homme ou une femme capable de «gérer» les actifs et passifs d’un héritage alourdi par une mal gouvernance historique ? Ce serait «légitime» mais le Sénégal reste une démocratie jusqu’à preuve du contraire. 
C’est justement parce que nous sommes une démocratie – majeure, selon le président Macky Sall – que le genre d’incertitude entourant le mandat du chef de l’Etat est inacceptable. Vivement que le président de la République siffle la fin d’une récréation qui ne ressemble plus à rien.  
 
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