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Un plaidoyer pour les 23 signataires du Manifeste du Parti africain de l’indépendance (PAI)

Mardi 14 Septembre 2021

Le doyen Alla Kane
Le doyen Alla Kane
15 Septembre 1957 - 15 Septembre 2021. 64e anniversaires de la publication du Manifeste du Parti africain de l’indépendance  (PAI)
 
04 Avril 1960 - 04 Avril 2021. 61e anniversaires de la proclamation de l’indépendance du Sénégal.
 
Ces deux événements sont intimement liés ; étroitement même. Ils ont des relations de cause à effet. L’un – le Manifeste du PAI -  est largement la cause de l’autre, l’avènement de l’indépendance du Sénégal. Le Manifeste porte la signature de 23 fils et fille d’Afrique de l’Ouest qui était sous la domination française.
 
Deux jours après la publication de leur Manifeste  - le 17 Septembre - ils créèrent le Parti africain de l’indépendance (PAI). Ils comblèrent ainsi un trou béant en mettant sur pied cette organisation qui allait prendre en charge, dans cette partie du continent africain, la lutte de libération nationale devant mener à l’indépendance des territoires qui la composaient.
 
Les partis politiques en présence - le Parti socialiste et  le Bloc démocratique sénégalais (BDS) – n’avaient d’autres préoccupations que le maintien du statu quo au prix de quelques aménagements pouvant garantir la continuité du système colonial.
 
Ils étaient pris dans le piège du parlementarisme et de la représentation dans les gouvernements  de la métropole. Les partis étaient apparentés aux partis métropolitains et leurs chefs se retrouvaient dans les gouvernements coloniaux.
 
Ainsi le Mouvement socialiste africain (MSA) était apparenté à la SFIO ; le Rassemblement démocratique africain (RDA) à l’Union démocratique et socialiste de la Resistance (UDSR) et les Indépendants d’Outre mer (BDS) au Mouvement républicain populaire (MRP).
 
Ils restaient ainsi sourds aux luttes qu’avaient engagées les peuples sous domination pour arracher leur indépendance dans le contexte favorable de l’après deuxième guerre mondiale.
 
Pourtant l’Afrique bougeait dans ce sens durant la période des années 50 marquées par la Conférence de Bandoeng tenue du 18 au 24 Avril 1955 et qui appelait tous les pays encore colonisés à lutter pour leur indépendance , par la victoire du peuple vietnamien contre l’armée coloniale française à Dien Ben Phu le 7 Mai 1954, les indépendances acquises des pays comme la Libye en 1951, l’Egypte en 1954, le Soudan (ex anglo-égyptien) en 1955, le Maroc et la Tunisie en 1956, le Ghana en 1957, le Front de libération nationale (FLN) algérien avait déclenché la lutte armée depuis Novembre 1954 pour l’indépendance de l’Afrique.
 
Les responsables politiques de cette partie occidentale de l’Afrique composée essentiellement de colonies françaises restaient insensibles à ce grand mouvement historique de l’engagement de tous les peuples colonisés dans la lutte pour leur indépendance nationale.
 
Quand le Parti communiste indochinois au Viet nam en Asie, le Néo-destour, en Tunisie, le parti de l’Istiqlal au Maroc, le Front de libération national (FLN) en Algérie dans la partie nord de l’Afrique, et l’Union des populations camerounaises (UPC) au Cameroun avaient organisé leurs peuples et les avaient engagés dans la lutte pour la conquête de l’indépendance, tous les partis politiques en activité dans cette partie du continent africain sous domination française s’activaient pour le statu quo, pour la continuité du système en vigueur. L’indépendance n’entrait guère dans leur champ d’action. Comme le confirment ces propos de Léopold Sédar Senghor secrétaire général du Bloc démocratique Sénégalais, dans un article publié dans le journal. CONDITION HUMAINE du 14 Avril 1956, je le cite : 
 
« Nous le disons tout net : parler d’indépendance aujourd’hui dans la situation historique et géographique dans laquelle nous sommes, c’est mettre la charrue avant les bœufs. Nous ne ferons jamais de concessions démagogiques en ce sens. Même si nous avions les moyens de l’indépendance – des cadres et une économie solide – il resterait encore la question de savoir si cela serait intéressant pour nous autres d’être indépendants. »
 
De même dans la résolution générale du congrès de son parti – le BDS – tenu  un mois après la publication de cet article – les 19, 20 et 21 Mai 1956 à Thiès – on peut lire :
 
« Le Congrès, en saluant les reformes annoncées par la loi cadre dont l’application loyale, marquera une étape importante dans l’évolution de nos institutions, réaffirme son attachement à une orientation  confédérative des structures de l’Union française, à l’aménagement d’une République fédérale française, où seraient intégrés les territoires d’outre mer (TOM) dotés de l’autonomie interne. »
 
Une départementalisation qui ne dit pas son nom. Une évolution des TOM (Territoires d’outre mer) vers des DOM (Départements d’outre mer). Une trajectoire qui aurait fait  aujourd’hui de notre pays un département français avec un Préfet à sa tête.
 
Trajectoire que des fils de cette partie du continent, de vrais patriotes africains ont décidé de contrer en appelant, leurs compatriotes à la création d’un parti appelé Parti africain de l’Indépendance (PAI).
 
Ils étaient au nombre de 23 : 22 hommes et une femme.
 
Cet appel à fait l’objet d’un Manifeste qu’ils ont rendu public le 15 septembre 1957. Dés le premier chapitre ils proclament : 
 
« A l’heure historique de Bandoeng et de la désintégration du système colonial de l’impérialisme, à l’heure où la confusion politique submerge l’Afrique noire sous la domination française notre devoir d’Africains nous oblige à porter devant les masses de notre pays le problème de l’indépendance nationale et de la transformation socialiste de notre économie. »
 
Après avoir lancé un appel à tous les Africains, aux travailleurs, à tous les jeunes, à tous les peuples d’Afrique à la constitution du Parti africain de l’Indépendance, le Manifeste conclut par : « Que toute l’Afrique se lève et, marche vers l’Indépendance et le Socialisme »
 
Le Parti africain de l’indépendance fut constitué le 17 Septembre 1957 et plaça ainsi le pays sur une autre trajectoire qui allait mener aux accords du 04 Avril 1960, date de la proclamation de l’indépendance du Sénégal.
 
Les 23 signataires du Manifeste du PAI méritent d’être célébrés. Ils sont les vrais pionniers de notre indépendance. Si le Sénégal est devenu ce qu’il est aujourd’hui jouissant de tous les attributs de la souveraineté ; nous le leur devons. Il est temps de mettre fin à ce silence coupable qui leur est réservé et qui perdure.
 
Je profite de l’anniversaire du 15 Septembre 2021 (le 64e) de la publication de leur Manifeste pour demander l’ERECTION, à l’actuelle place de l’indépendance (ex place Protêt, lieu de la rencontre historique des Porteurs de pancartes et du général de Gaulle) d’un IMMENSE MONUMENT sur lequel seront gravés leurs 23 noms en signes lumineux. Ils le méritent largement.
 
En premier lieu cette requête s’adresse au premier magistrat du pays, au Président de la République Macky SALL qui a les prérogatives lui permettant de réparer cette injustice qui frappe ces 23 signataires du Manifeste du PAI qui est, comme le reconnait son prédécesseur, Abdoulaye WADE qui dit dans l’hommage en date du 1er Septembre 2021 à ses compagnons disparus , je le cite : « Le PAI est le premier parti politique qui en zone francophone a osé crier l’indépendance à haute voix. » Il n’est que temps que la République, fille de leur vision historique, leur rende la monnaie en leur érigeant ce monument.
 
J’en appelle aussi à tous les patriotes de faire de la réparation de cette injustice leur affaire et d’engager un vrai combat pour sortir du néant qui leur est réservé ces patriotes qui ont placé leur patrie dans la trajectoire qui l’a mené à la pleine souveraineté.
Le peuple sénégalais en entier doit lui aussi agir dans ce sens.
 
Dakar le 15 Septembre 2021
 
 Alla KANE
« Membre du Secrétariat exécutif national du CNP/50e, chargé de la communication »
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