Le président américain Donald Trump a conditionné jeudi l’accord sur un programme nucléaire civil avec Riyad à la normalisation des relations entre l’Arabie saoudite et Israël.
L’accord a été annoncé dans la nuit de mercredi à jeudi, en pleine reprise du conflit entre les États-Unis et l’Iran, déclenché fin février par des attaques israélo-américaines sur Téhéran au nom de la nécessité d’empêcher la République islamique de se doter de l’arme atomique.
S’il était finalement scellé, l’accord pourrait générer des milliards de dollars pour les entreprises américaines et constituerait une victoire pour Riyad face à son rival iranien de longue date.
Mais il a levé une volée de critiques sur le risque de lancer la région dans une course aux armements atomiques.
Les États-Unis avaient cherché ces dernières années à lier tout accord avec Riyad concernant le nucléaire et un pacte de défense à la normalisation des relations du royaume avec Israël, une condition réaffirmée par le président américain jeudi.
L’accord « sera approuvé, mais il est entièrement conditionné à l’adhésion de l’Arabie saoudite aux […] accords d’Abraham », a-t-il écrit sur son réseau Truth Social.
Israël, qui jusque-là n’avait pas réagi à l’annonce de l’accord, a jugé qu’une reconnaissance par Riyad constituerait un « bond historique » pour la paix régionale. L’Arabie saoudite n’a pas réagi officiellement dans l’immédiat.
Conclus en 2020 sous l’égide de Donald Trump, les accords d’Abraham ont conduit à la normalisation des relations entre Israël et trois pays arabes, les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc.
Le texte de l’accord annoncé dans la nuit et signé par le secrétaire américain de l’Énergie, Chris Wright, et son homologue saoudien, le prince Abdelaziz ben Salmane, doit encore être soumis au Congrès américain, à majorité républicaine.
Il ouvre la voie à la construction de centrales nucléaires en Arabie saoudite, qui dépend pour l’heure de centrales au gaz et pétrole pour son électricité.
Dès son annonce, les critiques se sont concentrées sur la perspective que Riyad puisse enrichir de l’uranium. « Il n’y aura pas d’enrichissement », a soutenu le président Trump.
Le Wall Street Journal avait auparavant affirmé qu’une clause prévoyait la construction d’un complexe d’enrichissement d’uranium dans le royaume, si une étude conjointe établissait qu’il était justifié.
Interrogé par l’AFP à ce sujet, le secrétaire américain de l’Énergie n’a pas fait de commentaire.
Mercredi, le secrétaire avait seulement déclaré que l’accord jetait « les bases juridiques d’un partenariat de plusieurs décennies » et respectait « les normes les plus élevées en matière de sûreté nucléaire et de non-prolifération ».
« Absurde »
Parmi les voix critiques qui se sont élevées, le sénateur démocrate Chris Murphy a pointé le risque de « déclencher une course nucléaire dans la région, dissuadant davantage l’Iran de limiter son propre programme » nucléaire.
Le sénateur Bernie Sanders, figure de la gauche américaine, a dénoncé une entente « absurde » : alors que Donald Trump justifie « sa guerre contre l’Iran comme un moyen d’empêcher un pays autoritaire d’enrichir du combustible nucléaire », il « laisse ses meilleurs amis en Arabie saoudite — l’une des plus brutales dictatures au monde — faire exactement cela », a-t-il écrit sur X.
« Washington a raison de renforcer ses relations avec Riyad, mais cela ne doit pas se faire au détriment de l’efficacité de ses normes en matière de non-prolifération des armes nucléaires », avait mis en avant, avant l’annonce américaine officielle, Matthew Kroenig, chercheur à l’Atlantic Council, pour qui ce serait « une erreur d’autoriser l’enrichissement en Arabie saoudite ».
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a soutenu jeudi que Riyad souhaitait se doter d’un programme nucléaire « pacifique et civil » et assuré que l’accord comportait « des garanties pour s’assurer qu’il ne puisse pas être transformé en programme d’armement ».
Comme Téhéran, qui réfute toute intention de se doter de l’arme atomique, mais invoque son « droit » au nucléaire civil, Riyad revendique depuis longtemps de développer cette technologie à des fins civiles.
« Message puissant »
Pour Allison Minor, spécialiste du Moyen-Orient au centre Atlantic Council, Washington envoie par cette annonce un « message puissant » à Téhéran, tout en récompensant un allié majeur devenu méfiant à l’égard des garanties de sécurité américaines.
Pour Jennifer T. Gordon, directrice de l’Initiative pour la politique en matière d’énergie nucléaire de l’Atlantic Council, l’accord est « une victoire pour les États-Unis face à la Russie et à la Chine ».
L’Arabie saoudite « a clairement indiqué qu’elle achèterait des technologies liées à l’énergie nucléaire […] La seule question était de savoir si le royaume choisirait […] les États-Unis et leurs alliés, ou se tournerait vers la Russie ou la Chine », a-t-elle déclaré. [AFP]







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