Quand plusieurs personnes comprennent la même chose, peut-on simplement leur répondre: «Vous avez mal compris»? La question mérite d’être posée à la lumière d’une séquence récente de l’actualité sénégalaise.
Après une intervention médiatique de Me Abdoulaye Tine, porte-parole de la Présidence de la République, plusieurs médias ont interprété ses propos comme annonçant une prochaine prise de parole du chef de l’État. Une clarification est ensuite venue préciser qu’aucune date ni aucun message à la Nation n’avaient été annoncés.
Je laisse volontairement de côté le contenu politique de cette séquence. Ce qui m’intéresse ici, c’est le cas d’école en communication.
Car communiquer ne consiste pas seulement à savoir ce que l’on voulait dire. Encore faut-il se demander ce que l’autre pouvait raisonnablement comprendre. C’est toute la différence entre l’intention de communication et la réception du message.
Lorsqu’un message produit une interprétation différente de celle souhaitée, le réflexe le plus facile consiste à incriminer le récepteur : les journalistes ont extrapolé, le public a mal compris, les réseaux sociaux ont déformé…
C’est parfois vrai. Mais le communicant professionnel doit aussi retourner la question vers l’émetteur: "Mon message était-il suffisamment précis pour éviter l’interprétation que je conteste aujourd’hui?"
C’est là qu’intervient la communication corrective.
Une mise au point peut être nécessaire et parfaitement légitime. Mais elle a un coût: elle oblige à consacrer un deuxième message à expliquer le premier. Et, parfois, la correction devient elle-même l’information.
Pour un porte-parole, l’exigence est encore plus forte. Sa parole n’est jamais tout à fait ordinaire. Un mot, une nuance, un temps verbal, une allusion ou même un silence peuvent être interprétés comme un signal institutionnel.
D’où une règle simple : plus la parole est officielle, moins elle peut se permettre l’ambiguïté.
Cette séquence dépasse donc largement la Présidence ou la politique. Elle concerne les ministères, les entreprises, les ONG, les universités, les collectivités territoriales et tous ceux qui parlent au nom d’une institution.
Avant de dire que le public a mal compris, une organisation devrait toujours se poser une dernière question : avons-nous vraiment formulé notre message de manière à limiter les interprétations erronées?
En communication, l’intention appartient à l’émetteur. Mais le sens, lui, se construit aussi chez le récepteur.
Doudou NDIAYE
Source : Page Facebook







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