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Mahécor nous a finalement quitté, dommage !

Vendredi 17 Décembre 2021

La dernière fois que je l’ai vu, c’était le vendredi 03 décembre, au cours d’une visite que je lui avais rendue la énième fois à son lit d’hôpital à deux jours de mon voyage. L’ambiance qui avait prévalu à l’occasion de cette visite en présence de Coumba Ndoffène Bouna DIOUF, presque toujours là, aux environs de 18 heures durant son hospitalisation, n’avait pas du tout l’air d’un adieu. Lorsqu’assis à ses côtés sur le même lit où il était couché, je m’étais incliné vers son oreille pour lui transmettre les salutations et les souhaits de prompt rétablissement, de la part d’habitants de Ndone, notre village natal.
 
Une lueur d’espoir m’envahit, lorsque d’une voix à peine audible, il faut le reconnaitre, je l’entendis entonner une courte chansonnette en ces termes, « FAYE Birame Penda Wagane… ». Lorsque je sortais de la chambre, raccompagné par Ndoffe Bouna, il me dit à son tour, Mahé avait même, un peu avant ton arrivée dans sa chambre, pris quelques bouchées d’aliments et avait même soulevé le bras.
 
L’un dans l’autre, entre la chansonnette de notre patient, que je venais de rapporter à Ndoffe Bouna, et ce que lui-même avait constaté comme gestes faits par Mahé, nous avait manifestement donné l’espoir que peut-être celui-ci ne nous quitterait pas, en tout cas dans les délais qu’un certain pessimisme aurait laissé entendre, il y avait quelques jours.
 
Puisque pour une raison d’éloignement de Dakar, je ne pouvais pas être témoins de ce qui se serait passé du 06 décembre 2021, date de décès de notre cher Mahécor, ni savoir quoi que ce soit sur les détails des cérémonies mortuaires, notamment à propos de la levée de corps à la Mosquée de Fenêtre Mermoz, à la Mosquée de Diakhao où le corps du défunt a été transporté, venant de Dakar, à l’enterrement proprement dit et à la cérémonie du troisième jour chez Madame DIOUF née Gnounka TOURE, une des veuves. Tout ce que j’en sais, comprenant même certains détails dont les auteurs, à quelque titre qu’ils sous-entendraient agir, auraient dû faire l’économie. Mais malheureusement, au lieu de ce faire, ils sembleraient être plus préoccupés par des faits et gestes tendant à faire croire qu’ils avaient des missions particulières à remplir plus que d’autres, dans l’organisation de la cérémonie. Ne risqueraient-ils pas d’être perçus comme étant mus par des soucis simplement d’ici bas, plutôt que par la douleur des enfants du disparu, de ses veuves et d’autres relations de famille, d’amitiés et de voisinage.
 
Les parents dont-il s’agit au premier chef, quand on parle de la perte qu’ils ont subie à cause du rappel à Dieu de leur plus que proche parent, ne seraient pas exclusivement les personnes qui souffrent, et qui souffriront encore pour longtemps de la disparition de Mahécor Diouf.
 
Commençons par les habitants du village de Ndone, son village natal et de sa plus tendre enfance. Ils ne pourront jamais l’oublier, car leurs ressentiments vont au-delà des raisons purement sentimentales. Quelles que soient leurs croyances religieuses, à l’approche des fêtes de Tabaski, de Korité et de nouvel an, les apports de toutes natures de Mahécor ne leur ont jamais fait défaut. Bref, il s’agissait de l’assistance multiforme continue de Mahécor en direction des Ndonois.
 
En toute sincérité, ceux-ci qui n’avaient pas du tout apprécié certains comportements de certains qui, selon les informations concordantes qui m’étaient parvenues de diverses sources, en faisaient trop d’une manière qui ne convenait pas, dans la circonstance qui avait motivé le rassemblement de tant de monde, ou chacun tenait à voir les veuves dans le salon de Mme Gnounka TOURE pour leurs condoléances avant d’aller s’installer sous les tentes, ou considérer que leur mission est accomplie et retourner chez eux.
 
Même s’il est vrai que ceux qui en faisaient trop agissait ainsi pour faire dégager le salon, ils auraient dû y mettre la forme et prendre en considération l’état d’âme du moment, des personnes présentes qui n’avaient de soucis que l’après-Mahécor.
 
Revenons au village de Ndone pour parler de la toute petite Mosquée qui y est en cours de construction, où la participation significative de Mahécor aux frais, a été remarquée. Sans oublier une certaine somme qu’il avait fait parvenir à ce village, le sien, à titre de participation à l’édification d’une baraque provisoire destinée à servir de classe d’alphabétisation pour adultes, n’ayant pas eu la chance d’aller à l’école quand il était temps.
 
S’agissant du village de Diakhao, et de son démembrement Thioupane distants entre eux de moins d’un kilomètre, Diakhao ayant été du temps de l’Administration Coloniale, un chef lieu de Royaume, l’autre étant le lieu de résidence de la Linguère. L’enfant Mahé y avait vécu avec sa tante paternelle, la linguère Coumba Ndiob DIOUF, après sa tendre enfance passée à Ndone.
 
Les populations qui animaient ces deux centres de pouvoir royal traditionnel, sont sensibles à l’assistance que Mahécor, précisons qu’il s’agit de celui qui vient de nous quitter, leur prodiguait, tout comme certains de ses cousins et neveux le font.
 
Rappelons que des Mahécor, il y en a beaucoup au Sine, comme étant homonymes d’une célébrité de l’ancien temps, « Maad Mayé », roi Mahé.
 
Mahécor est quelqu’un qui aimait prendre part à tout ce qui se faisait d’utile autour de lui, s’il n’était pas co-initiateur de divers événements, dont l’anniversaire du Témoignage de Bour Sine Coumba Ndoffène en faveur de Serigne Ahmadou BAMBA, fondateur du Mouridisme, qui rassemble chaque 07 juin à Diakhao, de nombreux participants qu’ils soient Mourides ou autres, venant de partout où le nom de ce célèbre Chef religieux avait marqué des passages indélébiles, et des points dont les noms d’appellation se terminent par « Mouride ».
 
Mais bien que toujours débordant d’activités et émettant de rares fois des jugements de valeur sur ceux qu’il désignait par « politicards »,  il avait toujours pris ses distances avec tout ce qui menait vers la chose politique.
 
Il était encore et jusqu’à son décès, le premier Vice-président de l’association Sine-Saloum, depuis sa création, regroupant des ressortissants du Saloum et du Sine, dont l’objet est de s’activer dans tous les domaines touchant notamment l’agriculture. Rien à voir avec un engagement quelconque en politique.
 
Et pourtant le fait qu’il n’avait pas exactement le même point de vu sur le caractère vacillant des hommes politiques, n’a jamais justifié qu’il puisse être qualifié d’homme contradictoire avec lui-même. Encore qu’il aurait préféré être considéré comme tel plutôt que d’être taxé caméléon, ce reptile qui change de couleur de peau en fonction des contacts avec tout ce qu’il frotte : No comment !
 
Autant pour moi, si je termine ce témoignage qui me touche particulièrement, sans rappeler à ceux, devenus citadins par la force des choses que Mahécor avait depuis des années ressuscité le caractère historique du vaste champs de culture de « Maad Mahé », le roi dont-il est homonyme, qu’on appelait Sinané, où des cultivateurs venaient de presque tous les villages autour de Diakhao, avec leurs outils et certains avec des moutons, des chèvres pour des victuailles, une ou deux fois pendant l’hivernage pour labourer ce champs, puis récolter ses fruits sous le regard bienveillant de « Maad Mahé ».
 
N’est-ce pas que la disparition de Mahécor DIOUF est réellement une perte ? En tout cas, son passé mérite d’être évoqué.
 
Me Wagane FAYE
17/12/2021
 
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