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Le philosophe allemand Jürgen Habermas, figure de la pensée politique, est mort à 96 ans

Dimanche 15 Mars 2026

Jürgen Habermas
Jürgen Habermas

Il était l'intellectuel allemand le plus influent de sa génération. Le philosophe Jürgen Habermas est mort, a indiqué à l'AFP, samedi 14 mars, une porte-parole de sa maison d'édition, Suhrkamp Verlan

 

 

Il est décédé à 96 ans à Starnberg, dans le sud de l'Allemagne, a-t-elle précisé, se fondant sur des informations de la famille de cet intellectuel engagé.

 

Jürgen Habermas était impliqué dans tous les grands débats de l'après-guerre et voyait en l'Europe le seul remède à la montée des nationalismes. Il a consacré ses dernières années à promouvoir un projet fédéral européen, pour éviter au Vieux continent de retomber, comme au XXe siècle, dans les rivalités nationalistes. Depuis Starnberg, en Bavière, où il vivait depuis des décennies, Jürgen Habermas continuait de s'exprimer régulièrement.

 

Un philosophe engagé dans le débat public

 

Tout au long de sa vie, il a lié philosophie et politique, pensée et action. "L'engagement public" était, selon lui, "la tâche la plus importante de la philosophie". Son autorité morale lui a valu de multiples distinctions à travers le monde. Après avoir été le porte-voix de la contestation étudiante allemande dans les années 60, il en devient la cible trente ans plus tard, ayant dénoncé les risques d'un "fascisme de gauche" pour l'Etat de droit.

 

Au milieu des années 80, il figure parmi les plus virulents contradicteurs de l'historien conservateur Ernst Nolte, qu'il accuse de vouloir banaliser les crimes nazis. En 1989, il critique les modalités de la réunification allemande, essentiellement guidée selon lui par les exigences du marché, et qui fait "du deutsche mark son étendard".

 

Né le 18 juin 1929 à Düsseldorf, Jürgen Habermas était affligé d'un bec-de-lièvre. Opéré à deux reprises, il avait conservé de cette malformation un handicap d'élocution qui lui avait valu d'être rejeté par ses camarades d'école. De là, naîtront l'intuition de la nature profondément sociale de la vie humaine et son intérêt pour la communication, au centre de toutes ses réflexions. Conçue à la fin des années 1970, la "théorie de l'agir communicationnel" est la pierre angulaire de son œuvre.

 

Le père de Jürgen Habermas avait adhéré au parti nazi. À Cologne, où il résidait avec ses parents, lui-même avait été incorporé aux Jeunesses hitlériennes mais il était trop jeune pour avoir participé activement à la Seconde Guerre mondiale. Adolescent, il avait été profondément marqué par l'effondrement du nazisme. 

 

"La société et le régime sous lesquels nous avions vécu avec un sentiment de semi-normalité étaient – ce qui arriva pour ainsi dire du jour au lendemain – démasqués pour ce qu'ils étaient : une société et un régime pathologiques et criminels", a-t-il raconté.

 

Au cours de sa carrière, il succède à Max Horkheimer (un des fondateurs de l'Ecole de Francfort) à la chaire de philosophie de l'université de Francfort (1964-1971), dirige l'Institut Max Planck des sciences sociales à Starnberg (1971-1983), avant d'enseigner jusqu'à sa retraite en 1994 la philosophie à Francfort. [franceinfo]

 
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