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Le sort du président Keïta au cœur des pourparlers

Lundi 24 Août 2020

Les discussions entre une délégation ouest-africaine et la junte qui a pris le pouvoir au Mali se sont poursuivies dimanche pour la seconde journée consécutive à Bamako. Le sort du président déchu Ibrahim Boubacar Keïta figurait au centre des pourparlers.
 
«Ça se passe très bien», a assuré dimanche matin l’ancien chef de l’État nigérian, Goodluck Jonathan, le médiateur attitré de la Communauté des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), mandaté pour «assurer le retour immédiat de l’ordre constitutionnel» dans le pays sahélien.
 
«Depuis plus de trois heures, la junte et la délégation de la CEDEAO discutent sur le sort du président IBK et sur le retour à un ordre constitutionnel normal», a déclaré à l’AFP un membre de la mission ouest-africaine, qui a requis l’anonymat.
 
«Ça va»
 
Samedi, plusieurs envoyés de la CEDEAO ont pu rencontrer le chef d’État déchu, qui a annoncé mardi sa démission, alors qu’il se trouvait aux mains des putschistes. «Nous avons vu le président Keïta», a confirmé Goodluck Jonathan, qui a précisé à son propos: «Ça va.»
 
Auparavant, les envoyés de la CEDEAO avaient été reçus pendant une trentaine de minutes par les membres du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) mis en place par la junte, dont le nouvel homme fort du pays, le colonel Assimi Goïta. Selon le porte-parole des militaires, Ismaël Wagué, «les échanges avec la CEDEAO se passent très bien».
 
Les militaires acclamés
 
Le président de la Commission de la CEDEAO, Jean-Claude Kassi Brou, a souligné la «volonté de vraiment aller de l’avant» des militaires et le souci des pays ouest-africains de trouver «une solution qui satisfasse les Maliens d’abord et qui soit aussi bénéfique pour tous les pays de la sous-région». «Nous espérons pouvoir tout finaliser d’ici lundi», a-t-il ajouté.
 
Des avancées doivent être réalisées rapidement, a expliqué un membre de la délégation: «Il faut des résultats parce que le 26 août, les chefs d’États de la CEDEAO se réunissent pour dire s’ils renforcent les sanctions contre la junte ou si on desserre l’étau».
 
Les pays voisins du Mali, réunis en sommet extraordinaire, avaient réclamé jeudi le «rétablissement» du président Keïta et décidé d’envoyer cette délégation à Bamako, la quatrième de l’ex-président Goodluck Jonathan depuis le début de la crise socio-politique qui ébranle le Mali depuis les législatives contestées de mars-avril.
 
Quatre militaires tués
 
Élu en 2013 et réélu en 2018, le président Keïta était fortement contesté dans la rue à l’appel d’un mouvement d’opposition hétéroclite qui réclamait sa démission. Dénoncé par la communauté internationale, le coup d’État militaire n’a suscité aucune opposition notable à Bamako. Les Maliens ont repris leurs activités dès le lendemain du putsch et la télévision nationale, l’ORTM, poursuit ses programmes.
 
Les militaires au pouvoir ont promis de mettre rapidement en place une «transition politique». Ils ont été acclamés vendredi par des milliers de personnes dans le centre de Bamako. Alors que les discussions politiques et diplomatiques se poursuivent à Bamako, quatre soldats ont été tués et un grièvement blessé samedi par un engin explosif dans le centre du pays.
 
En mars 2012, alors que les rebelles touareg avaient lancé une offensive majeure dans le nord du Mali, des soldats s’étaient déjà mutinés contre l’inaptitude du gouvernement à faire face à la situation et avaient chassé le président Amadou Toumani Touré.
 
Mais le coup d’État avait précipité la chute du nord du Mali aux mains de groupes islamistes armés, jusqu’à ce qu’ils en soient en grande partie chassés par une intervention militaire internationale lancée par la France en janvier 2013 et toujours en cours.
 
Insécurité
 
Les attaques de groupes djihadistes se sont étendues en 2015 au centre du pays, entraînant de lourdes pertes civiles et militaires.
 
L’incapacité de l’État malien à contrôler de vastes parts de son territoire dans le nord et le centre a été dénoncée pendant des mois par les opposants au président Keïta. Les putschistes ont également justifié leur intervention notamment par l’insécurité régnant dans le pays et par le manque de moyens de l’armée. (ATS/NXP)
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