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«Je ne connais pas un forum où on demande une telle somme au pays organisateur» (Mignane Diouf, président du FSS, à propos de la licence 2,6 milliards payée par le Sénégal pour abriter le Forum mondial de l’eau).

Mercredi 9 Octobre 2019

Selon le président du Forum social sénégalais, le Forum mondial de l’eau est un instrument commercial aux mains des multinationales comme SUEZ et Veolia soucieuses de marchandiser l’eau et les services d’assainissement, au détriment des populations non éduquées à la culture de l’eau comme bien commun.


L’opportunité ou non pour le Sénégal d’abriter ce Sommet ? Les coûts financiers avancés sont-ils supportables par l’Etat ?
 
Le Forum mondial de l’eau est un événement multi-acteurs où des Etats et des ONG et des multinationales se retrouvaient pour traiter des problèmes de l’eau et de l’assainissement ; mais au fil du temps, c’est devenu un espace commercial où des multinationales viennent vendre des services et nous avons critiqué la marchandisation de l’événement.
 
Dans ces conditions, nous ne voyons pas un intérêt pour le Sénégal de l’organiser surtout que le Comité lui demande 4 millions d’euros, juste pour la licence d’organisation. Bien évidemment, de tels coûts financiers, sans compter d’autres dépenses logistiques, ne sont pas supportables par un pays pauvre très endetté. Je ne connais pas un forum où on demande au pays organisateur de donner une telle somme.
 
Nous avons tenu à Dakar un Forum social mondial avec cent mille personnes et 5 chefs d’Etat, une centaine de Maires, et une cinquantaine de Ministres et Chefs de partis politiques  qui y  ont pris part. Et nous n’avons demandé aucun rond  au Gouvernement du Sénégal. Les hôtels étaient pleins jusqu’à Saly, les auberges et maisons d’hôte, et les  «taximen» nous en demandaient après car il y avait longtemps qu’ils n’avaient plus fait autant de recettes. Les restaurateurs et les villages et centres artisanaux de même. Le Forum mondial n’avait rien demandé au Sénégal.     
 
Quels arguments avez-vous contre l’organisation de la rencontre de Dakar ?
 
Les arguments contre la tenue du FME, à Dakar sont deux ordres essentiellement. D’abord la somme demandée au Sénégal qui est très élevée et qui n’est pas pour prendre en charge toutes les dépenses du forum, mais pour une autorisation d’organiser. Même les réunions de l’ANOCI n’avaient pas demandé autant d’argent au Sénégal. 
 
Le second argument, c’est que le  forum devient de plus en plus un moment de commerce pour les multinationales, et non un espace d’éducation des populations à la culture de l’eau, comme bien commun ; un espace de réflexions alternatives et citoyennes pour un droit à l’eau et à l’assainissement. Il y a juste un groupe de personnes qui a créé une association de droit français et qui constitue un bureau sans intérêt pour les populations. 
 
Le Conseil Mondial de l’Eau (CME) est-il, selon vous, un organe crédible pour la prise en charge de ce sommet ?
 
Le Conseil mondial de l’eau de droit français est une association privée, et donc ne dispose d’aucune crédibilité mondiale pour un événement qui se veut mondial. A la place de ce Conseil mondial de droit français, nous avons proposé entre autres, une Autorité mondiale de l’eau sous l’égide des Nations Unies par exemple
 
Quel rôle jouent certaines multinationales du secteur de l’Eau dans l’organisation de ce Forum ?
 
Les multinationales comme SUEZ et Veolia ont fini de faire de cet événement, un espace commercial qui tend à  marchandiser l’eau et les services d’assainissement ; elles en profitent pour démarcher des Etats, à qui elles demandent de leur faire des concessions de gestion de ce bien, et aussi des services d’assainissement. Voyez ce qui s’est passé dernièrement au Sénégal, avec l’appel d’offres international pour le contrat d’affermage de l’eau sur 15 ans, et attribué à SUEZ dans es conditions nébuleuses !
 
Quelle alternative proposez-vous étant donné que le Sénégal ne peut plus revenir en arrière ?  
 
Nous ne cherchons pas à faire revenir le Sénégal en arrière ; notre démarche consiste à dénoncer cette arnaque du Conseil mondial de l’eau qui demande 4 millions d’euros à notre pays et donc de le faire savoir au peuple sénégalais, et à son gouvernement qui aura été  floué par un ministère qui n’a pas analysé ce qu’on lui a proposé. La preuve, aucun Etat n’a encore manifesté une envie d’organiser le 10e Forum après l’édition sénégalaise. 
 
Souvent après le lancement des préparatifs, comme avec ce qui s’était passé à Diamniadio, le mois dernier (ndlr : juin 2019), un pays  dépose sa candidature. Jusque là rien, car les  gouvernements commencent à comprendre le jeu d’arnaque du Conseil mondial de l’eau. Nous allons tenir un forum alternatif de la société civile pour montrer qu’il  est possible de faire un forum éducatif sans dépenser 4 millions d’euros. Nous y sommes et le moment venu, vous pourrez juger.
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