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CAN 2017: Balle à terre !

Lundi 23 Janvier 2017

Par Adama GAYE
 
Ne boudons pas ce plaisir : la coupe d’Afrique de football apporte une éclaircie rafraîchissante à un continent encore plongé dans une indéchiffrable zone grise avant qu’il ne trouve la vraie voie vers le réveil et le progrès que les analystes les plus pointus lui prédisent en ce 21esiècle, le sien, selon les plus audacieux d’entre eux !
 
La fête du ballon rond doit être belle même si elle a des accents politiques tant il est vrai que le pouvoir gabonais d’Ali Bongo Ondimba, frappé au coin d’une illégitimité, en raison de la justifiée contestation par son opposition de son rapt électoral lors du scrutin présidentiel d’août dernier, tente de profiter de l’engouement populaire autour de l’évènement pour donner un coup de lifting à son image.
 
Pourquoi organiser en moins de cinq ans deux éditions de la CAN si son régime n’avait pas des arrière-pensées politiques là où les déficienceséconomiques et sociales, la pauvreté et un intenable quotidien, affectent lourdement la vie de la vaste majorité des Gabonais ? C’est qu’il en est ainsi avec les pouvoirs africains prompts à se réfugierderrière tous les prétextes pour redorer leur blason.
 
Ali a pris le drapeau du football africain comme son voisin le Congolais Denis Sassou Nguesso avait tenté vainement de se faire recevoir par le nouveau Président américain, Donald Trump, au motif qu’il est chargé de coordonner la réflexion sur la crise… libyenne. Les ruses de sioux des impopulaires dirigeants africains ne se limitent pas à ces deux Chefs d’Etat d’Afrique centrale. Partout ailleurs, les comportements politiciens sont devenus la façon de faire pour masquer les incuries qui frappent les pouvoirs sur le continent.
 
Qu’à cela ne tienne ! La fête du football ne doit pas en pâtir. Même si elle est entachée par le logo de la firme française Total, après celui de la société Orange accoléà la précédente édition de la compétition. La labélisation des manifestations sportives est devenue une occasion pour les entreprises étrangères, surtout françaises, de s’imposer aux téléspectateurs africains et dicter leur loi aux Chefs d’Etat qui, au passage, leur cèdent des avantages exorbitants en termes de contrats et d’accèsà leurs marchés nationaux.
 
Véritable marché de dupes, qui souligne combien les mises que ces ‘mécènes’ apportent pour pirater non seulement l’idéal sportif n’ont d’autre projet que de leur permettre de pousser leurs pions mercantilistes. Qui peut oublier à cet égard leur rôle au Sénégal dans la promotion d’une culture de la…lutte voie rapide d’une crétinisation de la plèbe... ?
 
Mais même cette incursion d’un capitalisme vicieux ne doit pas non plus gâcher le moment populaire que représente la Can. Ni non plus le fait qu’elle se joue dans des stades et se donne à voir sur la petite lucarne dans des contextes où de nombreuses incertitudes planent sur les pays du continent. Combien d’afficionados, ces mordus du ballon rond, auront le loisir de regarder les matchs sans avoir des crampes au ventre, sans la peur du lendemain, mais surtout en étant conscients que depuis la nuit des temps, depuis la Grèce antique, donner des jeux, avant même le pain, reste le meilleur moyen d’occulter la réalité, pour servir des pouvoirs cyniques ?
 
Bref, oublions les raisons de ne pas célébrer le foot. Quitte à donner un bol d’air à ce président englué dans les deals pétroliers et qui en arrive, devant les membres du Secrétariat exécutif national de son parti, à sortir une nouvelle énormité lui faisant prononcer devant un de ses militants la pathétique phrase suivante : «si tu pleures, je pleure, et tous les autres membres de notre Secrétariat vont pleurer !».
 
Il faut ici, au nom du sport-roi, faire unetrêve comme en 1969 lorsque le Honduras et le Salvador, deux pays latino-américains, avaient dûarrêter une guerre qui les opposait pour permettre aux fans de suivre un match de football.
 
La balle doit rouler, les talents s’exprimer, les passions se déchaînermême si les raisons d’être en alerte sont nombreuses,de la Gambie, toujours tenue en haleine par les facéties de son fou de dictateur, battu par les urnes, ou de la Cote d’Ivoire, secouée par les cliquetis des armes, ou encore du Ghana dont le nouveau Président, tout brillant qu’il soit, à la tête d’une démocratie en solide maturation, a été pris au piège d’un plagiat des discours d’ex-Présidents américains.
 
Rien ne doit empêcher que ce moment de joie et de communion sportives soit ce qu’il est…Même le passage de témoins entre Barack Obama, orateur en chef, et son successeur, Donald Trump, qui se distingue par sa tendance à ne s’entourer qu’avec des Blancs dans un pays arc-en-ciel, ne doit pas dissiper l’intérêt autour de la CAN.
 
Que le monde soit orphelin de leaders capables de répondreà ses défis n’empêche pas de constater que le football est un capital social unique pour l’Afrique. Même si certaines dames vont se morfondre de voir les hommes, mais aussi un nombre croissant de dames, en faire l’unique sujet de conversation pendant un mois.
 
Pas question de bouder notre plaisir. Et donc, coup de sifflet : que le meilleur gagne…en espérant, sans chauvinisme, une victoire finale de nos Lions, l’une des meilleures équipes africaines de l’heure !
 
Fêtons ces jeunes, sur les terrains et leurs supporters, unis à fond pour faire respirer le bonheur au continent jeune ! Balle à terre…
 

 
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