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Bureaux d'Al-Jazeera et AP bombardés : Un «crime de guerre» et une tentative de «faire taire les médias»

Samedi 15 Mai 2021

Le directeur d’Al-Jazeera a dénoncé un « crime de guerre » et une tentative de « faire taire les médias » après que l’armée israélienne a bombardé samedi à Gaza l’immeuble abritant les locaux de la chaîne de télévision qatarie et d’autres groupes de presse.
 
Israël pilonne depuis lundi l’enclave palestinienne contrôlée par le mouvement islamiste Hamas, qui lance des roquettes sur l’État hébreu en représailles à la violente répression de manifestants palestiniens à Jérusalem-Est en fin de semaine dernière et lundi.
 
À Gaza, territoire surpeuplé sous blocus israélien, les autorités palestiniennes ont fait état de 139 morts, dont 39 enfants, et quelque 1000 blessés dans les bombardements.
 
« La destruction des bureaux d’Al-Jazeera et de ceux d’autres médias dans la tour Al-Jalaa à Gaza est une violation flagrante des droits humains et est considérée internationalement comme un crime de guerre », a dénoncé Mostafa Souag, le directeur général par intérim du groupe qatari.
 
« Le but de ce crime odieux est de faire taire les médias et de cacher le carnage et la souffrance indicibles de la population de Gaza. » (Mostafa Souag, directeur général d'Al-Jazeera)
 
Le directeur de l’information d’Al-Jazeera, Assef Hamidi, a indiqué à l’AFP que la chaîne prendra « toutes les mesures pour poursuivre Israël », ajoutant que « la réponse la plus importante (était) de continuer à couvrir les évènements ».
 
Israël veut « réduire au silence les médias qui voient, documentent et disent la vérité sur ce qui se passe », a aussi fustigé le directeur du bureau d’Al-Jazeera dans les Territoires palestiniens et en Israël, Walid al-Omari.
 
Des journalistes de l’AFP ont vu la tour de 13 étages, qui accueille aussi l’agence de presse américaine Associated Press (AP), se faire pulvériser par plusieurs missiles.
 
AP s’est dit « choquée et horrifiée ». « Nous avons évité de justesse de terribles pertes humaines. Une dizaine de journalistes et de pigistes d’AP se trouvaient dans l’immeuble et heureusement, nous avons pu les évacuer à temps », a déclaré dans un communiqué le patron de l’agence, Gary Pruitt.
 
« Ils connaissent depuis longtemps l’emplacement de notre bureau et savaient que des journalistes s’y trouvaient. Nous avons été avertis que l’immeuble serait frappé », a-t-il ajouté.
 
« C’est un développement incroyablement inquiétant. Nous avons évité de justesse de terribles pertes humaines. Une dizaine de journalistes et de pigistes d’AP se trouvaient dans l’immeuble et heureusement, nous avons pu les évacuer à temps », a-t-il précisé.
 
« Nous avons demandé des informations au gouvernement israélien et sommes en contact avec le département d’État américain pour essayer d’en savoir plus », a encore dit Gary Pruitt.
 
« Le monde sera moins informé sur ce qui se passe à Gaza à cause de ce qui s’est passé aujourd’hui. » (Gary Pruitt, directeur d'Associated Press)
 
La Maison-Blanche a de son côté assuré avoir « dit directement aux Israéliens que garantir la sécurité des journalistes et des médias indépendants était une responsabilité d’une importance capitale », selon un tweet de sa porte-parole Jen Psaki.
 
Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), basé à New York, a de son côté réclamé des explications au gouvernement israélien.
 
« Cette dernière attaque contre un bâtiment dont Israël sait depuis longtemps qu’il abrite des médias internationaux pose la question de la possibilité que les forces israéliennes soient en train de viser délibérément des installations médiatiques pour perturber la couverture des souffrances humaines à Gaza », a dit le directeur exécutif du CPJ, Joel Simon.
 
« Les journalistes ont l’obligation et le devoir de couvrir les évènements en cours à Gaza et il serait illégal pour l’armée israélienne de faire usage de moyens militaires pour empêcher cela », a-t-il ajouté.
 
L’armée israélienne a indiqué que des équipements militaires du Hamas se trouvaient dans l’immeuble où les médias étaient, selon elle, utilisés comme « boucliers humains ». Elle a affirmé avoir prévenu en amont « les civils » à l’intérieur.
 
Jawad Mehdi, propriétaire de la tour Jala, a indiqué qu’un officier israélien du renseignement l’avait prévenu avant la frappe qu’il disposait d’une heure pour faire évacuer le bâtiment. Il a demandé dix minutes supplémentaires pour que les journalistes puissent emporter leur équipement, mais a essuyé un refus.
 
Depuis le début de la semaine, plus de 2300 roquettes ont été lancées sur Israël depuis Gaza par des groupes armés palestiniens, tuant dix personnes, dont un enfant, et faisant plus de 560 blessés.
 
Plus importante chaîne d’information du monde arabe, Al-Jazeera est régulièrement prise pour cible par des régimes autoritaires au Moyen-Orient où ses correspondants couvrent guerres et soulèvements populaires.
 
Le puissant groupe médiatique financé par le Qatar est accusé par ses détracteurs de sympathie envers des mouvements islamistes dont Doha est proche. (AFP)
 
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