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Au Liban, Le Pen rattrapée par la politique française

Mardi 21 Février 2017

BEYROUTH (Reuters) - Venue au Liban chercher une reconnaissance internationale, Marine Le Pen a achevé mardi une visite de 48 heures qui a pris pour la candidate en campagne une résonance très française, à deux mois du premier tour de l'élection présidentielle.
 
La présidente du Front national a cependant évité toute question concernant la perquisition qui a eu lieu lundi au siège de son parti, près de Paris, dans le cadre de l'enquête sur les assistants parlementaires du FN à Strasbourg.
 
Les magistrats s'interrogent sur la réalité du travail fourni par deux proches de Marine Le Pen un temps rémunérés par le Parlement européen, dont le garde du corps Thierry Légier - présent dans la délégation envoyée au Liban.
 
En plein entretien avec les dirigeants d'un parti politique libanais lorsque les médias ont appris la nouvelle de la perquisition, la candidate frontiste ne s'est pas exprimée en sortant, ni après.
 
"Je n'évoquerai pas des affaires internes à la France quand je suis au Liban", s'est-elle contentée de répondre mardi lors de l'unique conférence de presse de ce déplacement réalisé au pas de course - une dizaine de rendez-vous en deux jours.
 
Mais les questions soulevées durant ses entretiens successifs avec les plus hauts responsables politiques libanais faisaient pour la plupart écho aux débats politiques en France : le sort des réfugiés, celui des chrétiens d'Orient ou la lutte contre le "fondamentalisme islamiste".
 
Il a également été question du voile lors d'un bref incident à l'entrée de la résidence du mufti de la République libanaise, Abel Atif Deriane.
 
"COMPORTEMENT INAPPROPRIÉ"
Marine Le Pen avait rendez-vous mardi avec celui qui fait figure de plus haute autorité sunnite au Liban mais elle a refusé de se couvrir les cheveux, une condition sine qua non fixée par les services du mufti, puis a rebroussé chemin.
 
"Vous transmettrez au grand mufti ma considération mais je ne me voilerai pas", a dit la candidate à un homme qui lui tendait un foulard blanc, sous l'objectif de caméras et de photographes.
 
La présidente du parti d'extrême droite a reconnu avoir été informée dès lundi de la nécessité de porter un foulard en présence du mufti et avait alors opposé un premier refus mais, dit-elle, le rendez-vous avait été maintenu.
 
Dans son entourage, on refuse de parler de mise en scène ou d'opération de communication.
Cette séquence, qui a duré moins de cinq minutes, a offert à l'eurodéputée une illustration des thèmes au cœur de sa campagne, elle qui entend bannir le voile ainsi que d'autres signes religieux de l'espace public.
 
L'épisode du voile blanc a fait réagir aussi bien le grand mufti, lequel a parlé dans un communiqué de presse de "comportement inapproprié", que les proches de Marine Le Pen restés en France, à l'image de Florian Philippot.
 
Le vice-président du FN a qualifié sur Twitter le geste de "magnifique message de liberté et d'émancipation".
 
CRITIQUES AU LIBAN
Pour les dirigeants du FN, ce déplacement durant lequel elle a pour la première fois rencontré publiquement un chef d'Etat en exercice, Michel Aoun, avait notamment pour but de normaliser l'image de Marine Le Pen afin de la faire apparaître comme une femme d'Etat crédible aux yeux de l'électorat en France.
 
Elle n'a cependant pas échappé lundi aux critiques à mots couverts du Premier ministre libanais, Saad Hariri.
 
"Les Libanais et les Arabes, comme le reste du monde, considèrent que la France est la patrie des droits de l'homme et de l'Etat républicain qui ne fait aucune distinction ethnique religieuse ou de classe entre ses citoyens", lui a dit le chef du gouvernement, selon un communiqué de ses services.
 
Un message doublé d'une mise en garde contre "l'amalgame entre islam et musulmans d'une part et terrorisme d'autre part".
 
"Je n'ai jamais confondu la religion musulmane et le fondamentalisme islamiste", a répondu Marine Le Pen, mardi, lors de sa conférence de presse.
 
Davantage candidate en campagne que diplomate, Marine Le Pen a par ailleurs insisté à l'issue de son entretien au Grand Sérail, l'équivalent libanais de Matignon, sur ses "divergences" avec Saad Hariri, en premier lieu sur la question syrienne.
 
La présidente du FN a de nouveau exprimé durant son séjour sa préférence pour Bachar al Assad dans le conflit syrien, quitte à mécontenter une partie du monde politique au Liban un pays où la question reste brûlante.
 
A Beyrouth, un autre candidat en campagne l'avait précédée, Emmanuel Macron, venu rencontrer Michel Aoun et Saad Hariri à la fin du mois de janvier et soigner, lui aussi, son profil international à l'approche de la présidentielle.

 
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