Le New York Times et le Pentagone ont débattu lundi devant un juge fédéral sur la légalité des nouvelles conditions imposées aux journalistes accrédités au département américain de la Défense.
Ce juge, Paul Friedman, saisi par le New York Times des nouvelles règles imposées en octobre par le Pentagone aux journalistes, a ordonné le 20 mars leur annulation, considérant qu’elles violaient notamment le Premier amendement de la Constitution américaine, qui garantit la liberté d’expression.
Il a ordonné au Pentagone de rendre immédiatement à sept journalistes du New York Times l’accréditation dont ils bénéficiaient auparavant.
Le département a affirmé qu’il ferait appel de cette décision. Mais il a aussitôt imposé de nouvelles restrictions, annonçant le 30 mars la fermeture d’une zone de presse appelée le « couloir des correspondants » et l’obligation pour tout journaliste voulant accéder au Pentagone de se faire escorter par des « personnels autorisés du département ».
Le New York Times, soutenu par l’association de la presse du Pentagone, accuse le gouvernement de « bafouer » la décision du juge Friedman et lui a demandé d’en ordonner le respect.
« Ils ont rendu inutiles les accréditations que nous nous sommes tellement battus pour récupérer », s’est indigné l’avocat du journal, Theodore Boutrous.
Le juge a lu à l’audience le témoignage écrit d’un des journalistes racontant comment, une fois leurs nouvelles accréditations récupérées, ses collègues et lui s’étaient vu expliquer par le service de presse du département qu’ils pourraient accéder à une nouvelle zone de presse située dans la bibliothèque du Pentagone, dans un bâtiment distinct du bâtiment principal.
Interrogé sur la manière de se rendre à la bibliothèque puisque l’accès à pied était désormais interdit aux journalistes, le service de presse leur a répondu ne pas être certain mais leur a suggéré de prendre la navette du Pentagone.
« Nous leur avons fait remarquer que les détenteurs d’accréditations n’avaient pas l’autorisation de prendre la navette », poursuit le journaliste du New York Times, soulignant avoir ensuite appris que cette autorisation leur était finalement accordée.
« C’est Catch-22 [une situation inextricable, NDLR] ou Kafka ? », a lancé le juge Friedman à l’avocate du gouvernement, Sarah Welch.
Celle-ci a assuré au magistrat que ces nouvelles règles respectaient sa décision mais que si les journalistes souhaitaient les contester, ils devraient amender leur recours en ce sens.
Le juge a clos les débats après avoir souligné qu’il devait consulter la jurisprudence pertinente pour statuer, notamment sur ce point.
Dans son document publié en octobre et presque unanimement rejeté par la presse américaine et internationale, dont l’AFP, le Pentagone demandait aux journalistes accrédités de ne plus solliciter ni publier certaines informations sans autorisation explicite de sa part, au risque de perdre leur accréditation. [AFP]






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