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Macky Sall ou la Stratégie du grand Bluff

Dimanche 11 Février 2024

La chroniqueuse Khady Gadiaga
La chroniqueuse Khady Gadiaga

Pour imposer le dialogue, Macky, l'autocrate, fait planer sur nos têtes la menace d'un  nouveau type de régime autoritaire pire que celui qu'il nous fait vivre : le régime militaire, et avec lui son mode privilégié d’instauration, le coup d’État. 

 

Sous cette nouvelle rubrique, peuvent se côtoyer différentes sortes de pouvoir militaire que l’on pourra ranger selon trois critères croisés : le premier clivage distingue les régimes fortement personnalisés et les pouvoirs collégiaux type junte ; le deuxième a trait à la relation plus ou moins forte que les militaires putschistes entretiennent avec certains groupes civils et même les bastions de la Francafrique; le troisième enfin, souvent lié au précédent, consiste dans le caractère progressiste ou réactionnaire du projet politique avancé par le pouvoir militaire.

 

Une mission de déstabilisation sur commande

 

Sérieusement. je me sentirais plus rassurée à entendre le bruit des bottes que ce silence ahurissant d'une partie de la population, aveugle ou qui ferme les yeux par crainte de l'avènement militaire, sur l'agonie de notre démocratie, sur l'anéantissement des fondements constitutionnels qui ont fait du Sénégal une Nation évoluée fortement enviée pour sa vitrine démocratique...

 

Il faut avoir à l'esprit que Macky travaille pour Karim, le candidat de la Françafrique. Il a déjà obtenu sa nomination de Macron pour le fameux machin des 4 P lui garantissant l'immunité. C'est pourquoi, il a rebattu les cartes par l'annulation des élections et la suppression du parrainage citoyen pour permettre au poulain de la France de revenir dans le jeu et de protéger en contrepartie ses arrières. Si coup d'État militaire il y a, Macron, Macky et Karim sont probablement à la manœuvre.

 

Pour Macky qui a kidnappé notre souveraineté, notre démocratie est un otage qui ne représente qu’une simple « marchandise » destinée à être échangée pour toucher un pactole d'immunité et satisfaire à des revendications plus occultes que légitimes. Dans cette angoissante guerre des nerfs, le preneur d’otage pousse le bluff jusqu’à persuader l'opposition au front qu’il n’hésitera pas à tuer l'État de droit si ses exigences ne sont pas prises en compte. 

 

En face, l’opposition engagée dans cet odieux marchandage doit pratiquer un bluff psychologique beaucoup plus subtil qui consiste à faire croire à sa volonté de résoudre la crise à laquelle elle est confrontée. 

 

Dans cette phase délicate, elle ne doit pas donner l’impression de céder trop vite en se repliant dans une posture de panique. Elle doit maîtriser les pressions de l’opinion publique (et surtout médiatiques) et agir lorsqu’une opportunité se présentera. 

 

La gestion de ce genre de situation fait souvent l’objet de manipulations pouvant aller jusqu’à la désinformation systématique.
 

Macky Sall comme l'a affirmé son ministre démissionnaire, Abdou Latif Coulibaly n'a jamais préparé les élections de février 2024 et n'en a jamais eu l'intention. Par contre, ses séquences de préparation du putsch institutionnel ont été menées comme les répétitions d’une pièce de théâtre. 

 

Tous les acteurs des opérations ont rabâché et fignolé scrupuleusement les gestes à effectuer et les modes d’action à accomplir.

 

La leçon majeure à tirer de ces deux exemples va bien au-delà de l’expertise des commandos et des services spéciaux en cas de putsch militaire qui ont imaginé et orchestré au cordeau tous les détails d’un engagement à hauts risques. Elle illustre la nécessité absolue d’une forte volonté politique pour conduire ce type de coup de bluff, même au prix d’une mise en scène démesurée.

 

De la nécessité de mettre en place une constituante révolutionnaire 

 

Voici sans doute l’exemple le plus tragique de ce qui se produit quand une classe fait tout ce qu’elle peut pour renverser l'autocratie néocoloniale en place alors qu’il n’y a pas de direction révolutionnaire, ou quand les organisations qui existent au front de résistance sécrètent des anticorps qui se neutralisent entre elles, finissant par faire le jeu du pouvoir.

 

Dans la pensée dominante, l’agir en commun, en dépit d’un désordre ou d’un mécompte originaire, suppose un moment d’unité. 
 

L’ adoption du paradigme décolonial conduit, en revanche, à une autre lecture du politique qui pose d’emblée la multiplicité, la « pluriversalité»  et la solidarité au cœur de l’action politique.

 

Reconquérir le puissant idéal de démocratie

 

Reconquérir le puissant idéal de la démocratie, si vital pour la cause des droits humains en berne sous nos vieux, et le vivre-ensemble mais tellement exposé au risque d’être faussement présenté comme un séduisant ersatz, exige de prêter une attention accrue aux habiles subterfuges de ses détracteurs. 

 

Bon nombre de démocraties établies ont succombé aux tendances qui poussent à miser sur des « démocrates » plutôt que sur des principes démocratiques, à accepter la fausse dichotomie selon laquelle la seule alternative au despote que l’on connaît est le despote que l’on craint, à affirmer que la démocratie pourrait s’épanouir même si elle était séparée des droits humains qui lui donnent son sens, ou à moduler les exigences de démocratie réelle en fonction de la valeur stratégique du prétendu démocrate.

 

 Il importe de résister à ces tendances si l’on veut que la promotion de la démocratie atteigne son potentiel en tant que force positive et idéal de vie en commun.

 

K.G., 11 février 2024

 
 
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