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Macky Sall, l'antidémocrate révélé ! (Par Marcel Ahossi & Abdou Aziz Cissé)

Samedi 10 Février 2024

La gendarmerie sénégalaise lors du vote, le 5 février 2024, de la loi portant report de l'élection présidentielle du 25 février 2024
La gendarmerie sénégalaise lors du vote, le 5 février 2024, de la loi portant report de l'élection présidentielle du 25 février 2024

"Ce qui se passe au Sénégal est regrettable" a dit Patrice Talon ce jeudi 08 février 2024, face à la presse. Le commentaire du chef de l'État béninois qui semble désavouer son homologue du Sénégal intervient à un moment où lui-même est au cœur d'un débat sur une possible révision constitutionnelle. Mais il n'en est pas “demandeur et ne songe à aucun mandat de plus.” 

 

Par cette déclaration, Patrice Talon veut montrer une fois encore sa bonne foi et son attachement aux valeurs démocratiques et se démarquer en même temps du président senegalais qui plonge ses concitoyens dans une totale incertitude. 

 

Personne ne pouvait l'imaginer, même pas les analystes politiques les plus avertis d’Afrique et du monde. Le président sénégalais aux termes de son second mandat a à la surprise générale décidé de reporter l’élection présidentielle prévue le 25 février 2024 pour s'offrir des mois supplémentaires au pouvoir. 

 

Les péripéties d’un coup d’Etat constitutionnel 

 

Cette récente et énième crise au Sénégal est partie d’une allocution solennelle du président de la république Macky Sall le 3 février dernier c'est-à- dire la veille du lancement de la campagne électorale du scrutin du 25 février a l'issue de laquelle devait sortir son successeur. 

 

“ J’ai signé le décret n°2024-106 du 3 février 2024 abrogeant le décret n° 2023-2283 du 29 novembre 2023 portant convocation du corps électoral.” Cette partie de son discours a suffi pour témoigner de sa conception autoritaire du pouvoir 

 

Parmi les motifs qui ont guidé à la décision de Macky Sall, figure un soi-disant conflit entre l’Assemblée nationale et le Conseil constitutionnel. Sur la liste définitive des candidats devant prendre part à l'élection présidentielle, ne figure pas Karim Wade fils de Me Abdoulaye Wade et candidat du Parti démocratique sénégalais (PDS). 

 

Pour contester cette décision du Conseil Constitutionnel, les députés du PDS à l'Assemblée Nationale du Sénégal demandent la mise en place d’une commission d'enquête parlementaire pour éclairer sur le processus de vérification des candidatures. Par ricochet, ils accusent de corruption deux magistrats du conseil constitutionnel. 

 

La mise en place de cette commission a été approuvée par 120 voix pour et 24 contre au parlement. Ce qui démontre de la vitalité et du fonctionnement normal des institutions de la république contrairement à ce que le président de la république et ses affidés veulent bien faire croire. 

 

Le vote à l'hémicycle le 5 février après l'évacuation manu militari des députés de l'opposition de la proposition de loi visant à repousser la présidentielle du 25 février au 15 décembre 2024 a entériné le coup d'Etat constitutionnel de Macky Sall dans un pays ou depuis 1963, le scrutin présidentiel s’est toujours tenu à date échue. 

 

Cette situation inédite constitue une première dans l’histoire politique du Sénégal, alors que le 3 juillet 2023, le même Macky Sall promettait de remettre le pouvoir le 2 avril après avoir organisé des élections libres, inclusives et transparentes Au contraire, l’ennemi révélé de la démocratie a la face su monde enfonce le Sénégal dans une crise sans précédent. Hélas ! 

 

Il s’est inspiré de ce qu’a fait un voisin proche. Le même scénario s’est à peu près déroulé en Côte d'Ivoire en 2020, pays qui partage la même organisation régionale avec le Bénin et une dizaine d'autres pays. Le président Alassane Ouattara déroule actuellement un troisième mandat issue d'une tripatouillage de la Constitution et d'une répression sanglante d'opposants politiques. 

 

Attaque de libertés fondamentales 

 

La presse pilier de la démocratie au Sénégal est aussi en danger à l'heure actuelle. La chaîne de télévision Walfadjri a vu sa licence s’être retirée en pleine couverture des événements nationaux consécutifs à l’annonce de l’annulation de l’élection présidentielle. Pour rappel, l’organe de presse a été plusieurs fois victime de coupures de signal au cours de ces dernières années. Des journalistes ont aussi été molestés durant ces protestations. Ces attaques répétées constituent des violations aux lois nationales et conventions internationales ratifiées par le Sénégal. 

 

L’internet mobile a également été coupé pendant plusieurs jours avant d'être rétabli face à la vindicte internationale que subissait le Sénégal. C’est une énième attaque à la liberté d’expression après les restrictions du réseau de juin et juillet 2023. Ce qui a poussé l’organisation de défense des libertés numériques, AfricTivistes à demander le retrait du Sénégal du Partenariat pour un gouvernement Ouvert (OGP) pour manquement à ses engagements. Ces censures du cyberespace constituent des attaques aux libertés d'expression et d'accès à l'information consacrés par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH), la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP)... 

 

Qui pour faire reculer Sall ? 

 

Macky Sall a volontairement décidé de ternir la réputation du pays autrefois reconnu comme un bastion de la démocratie en Afrique ou même un ilot de stabilité dans un océan d'instabilité. Mais toutes les forces vives de la nation sénégalaise sont mobilisés de partout pour faire barrage à ses velléités de s'éterniser au pouvoir. 

 

Les intellectuels du pays de Léopold Sédar Senghor, de Cheikh Anta Diop, de Alioune Diop.... ne sont pas en reste se sont levés pour dire non à cette forfaiture inique en témoigne un texte collectif signé par plus de 107 universitaires sénégalais et du monde comme Babacar Gueye, professeur de droit constitutionnel à l'université Cheikh-Anta Diop, « cette loi est inconstitutionnelle puisque la Constitution stipule que la durée du mandat présidentiel est sanctuarisée et ne peut pas faire l'objet de révision. » En plus, beaucoup d’entre eux font des apparitions répétées dans des médias internationaux pour donner un écho international à la lutte du peuple sénégalais. 

 

Les organisations de la société civile sous régionale en particulier et africaines en général, par solidarité, ne sont pas restées en marge de ce combat pour sauvegarder le dernier bastion de la démocratie en Afrique de l’Ouest. Fait rare, même la Communauté des Etats de l’Afrique de l'Ouest (Cedeao) a un tantinet durci son ton à la lecture de son dernier communiqué sur la situation politique qui sévit dans le pays. 

 

La pression de la communauté internationale ne s’est pas cette fois ci seulement arrêtée aux simples déclarations et communiqués d'usage. Le département d'État américain en plus d'exhorter le gouvernement du Sénégal à “organiser l'élection présidentielle conformément à la Constitution et aux lois électorales”, a condamné fermement l'expulsion musclée des parlementaires lors du vote de la loi prolongeant l'élection, le rétablissement immédiat de l'accès à Internet et des garanties pour le respect de la liberté de la presse. 

 

Comme Nathaniel Olympio, Président de Kekeli, Cercle d’études stratégiques sur l’Afrique de l’Ouest, nous croyons fermement en démocrates convaincus que la Cedeao joue sa crédibilité dans ce qui se passe au Sénégal. Elle est observée de par le monde et “son salut viendra de son respect de la volonté du peuple.” 

Sauver la Démocratie sénégalaise “'#FreeSenegal''. 


Marcel Ahossi (journaliste béninois) et Abdou Aziz Cissé (chargé de Plaidoyer à AfricTivistes)

 
 
 
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