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Les nouveaux vents du Sud

Mardi 28 Mars 2017

Les nouveaux vents du Sud
Par Adama GAYE
 
L’Afrique émergente fait face à d’inattendus vents contraires. Elle est sur le tarmac, promis à un décollage économique mais aussi géopolitique dans une dynamique susceptible d’être portée ou contrariée par des forces venues, non plus de ses partenaires industrialisés du Nord, ou d’une défunte rivalité Est-Ouest, qui l’enserrait dans une compétition idéologique désuète. C’est au Sud qu’elle se doit désormais de jouer la carte la plus importante dans la partie décisive qui l’interpelle.
 
Bien que les temps changent, l’Afrique serait imprudente d’enterrer ce qui fut longtemps l’espoir de son salut, ce dialogue Nord-Sud, initié, au début des années 1970, avec les pays Occidentaux, Etats-Unis en tête, en compagnie des ex-puissances coloniales qui, à peine plus d’une décennie plus tôt, tenaient entre leurs mains ses destinées.
 
Même si elle n’a pas encore donné la promesse des fleurs ayant présidé à son instauration, cette relation aujourd’hui moribonde, avec les riches, sur le déclin, reste encore une corde dans l’arc de l’Afrique. Surtout qu’elle se trouve moins engluée dans le contexte originel de sa naissance alors marqué par de vives tensions économiques nées des chocs pétroliers émergents, sur fond de relance du conflit Israélo-arabe et de la résurgence de l’islam chiite, sous les prêches d’un certain Ayatollah Khomeiny, refugié à Neauphle-Le-Château en France d’où il déclencha la révolution islamiste qui fit tomber l’empire multiséculaire des Pahlavi...
 
Mais le continent sait qu’il n’a plus en face de lui un bloc monolithique à la lumière des égoïsmes, nationalismes voire protectionnismes, entretenus par un discours populiste, court-termisme, qui ont fini de le fracasser. Parler avec des Nords qui se cherchent ? Là est l’enjeu. Il ne sera pas surmonté à brève échéance.
 
Les questions identitaires, la perte de repères politiques et la décadence des grandes idéologies rendent presque impossible tout projet de dialogue entre l’Afrique, les Europes et une Amérique replongée dans ses pires démons raciaux sans avoir la générosité du leader, architecte de l’ordre libéral des soixante dix dernières années, celles qui lui ont permis de lancer un Plan Marshall de 13 milliards de dollars –équivalents de centaines de milliards en valeur nette présentement…et des structures multilatérales qui ont aidé à éviter le pire à une planète longtemps au bord de l’apocalypse nucléaire.
 
L’Afrique sait aussi bien que ce qui reste du rapport idéologique Est-Ouest, fondement de la guerre froide entre communisme et capitalisme, se trouve dans le dernier pays qui en rêve encore : une Russie poutinienne en quête de grandeur, pour retrouver une partie de son passé glorieux dans les affaires du monde.
 
Sauf quelques-unes de ses banques sulfureuses font illusion pour donner à croire qu’elles peuvent encore financer de grands projets sur le continent. Mais en catimini, sans se soucier des normes de bonne gouvernance ni de probité dans la démarche encore moins de transparence.
 
Il est évident que dans la redéfinition de l’Afrique en cours, ses traditionnels partenaires n’ont pas encore dit leur dernier mot mais qui oserait, dès maintenant, réfuter le rôle grandissant que les partenaires émergents du Sud ont déjà commencé à jouer dans ce re-profilage. Sans eux, les nouvelles couleurs qui rendent l’Afrique attractive auraient disparu pour ne laisser que l’image d’un continent à la merci d’acteurs étatiques Occidentaux dont le souci, vers la fin du 20ème siècle, consistait à la classer au rang des régions géographiques sans avenir, maudites !
 
Or donc, les vents du Sud semblent être venus pour requinquer l’Afrique : de la Chine, de l’Inde, de la Turquie, de la Corée du Sud, pour ne citer que ceux-là, ces nouvelles forces étatiques, avec leurs multinationales, leurs stratégies publiques ou privées, pèsent d’un poids non-négligeable sur la marche, positive, de notre continent.
 
Il faut cependant voir le revers de la médaille. Car, bien qu’étant nos alliés naturels du fait d’un tiers-mondisme longtemps partagé et d’un parcours colonial conjointement vécu, ces nouveaux acteurs sont souvent d’un cynisme qu’il convient de dénoncer avec vigueur, et si besoin par le biais d’un plaidoyer continental, afin que la relation avec eux ne reproduise pas, en pire, le pacte colonial.
 
Comment se taire quand on voit leurs entreprises arriver dans nos pays pour se lier en business avec les forces du mal, tapies dans les pouvoirs étatiques, relais de la corruption, et ne pas respecter leurs engagements contractuels ? Ou accepter qu’à l’image de la compagnie aérienne Emirates, les passagers africains qui passent par Dubaï soient soumis à des pénalités au moment d’embarquer en direction de l’Afrique pour le plus petit excédent de bagages là où, quand on effectue le voyage vers d’autres zones du monde, asiatiques ou européennes, comme je l’ai fait, dans les deux sens, la voie est libre ? Ne parlons pas des pratiques antidémocratiques des États dits développeurs, trop contents de faire des émules africains.
 
Le Sud ne sera une chance pour l’Afrique que si elle sait lui tenir tête, défendre ses intérêts, y compris ceux de ses peuples. Une Afrique capable de dire non sera le signe de sa vraie émergence. Le combat mené contre les impérialistes de naguère ne doit pas laisser la porte ouverte à de nouvelles forces maléfiques se présentant en frères et sœurs de l’Afrique. «We mean business ! », et les états d’âme n’y ont pas de place…
 
PS : Je dédie cette chronique à une de mes promotionnaires de l’Université d’Oxford qui vient d’être nommée ambassadrice de son pays, la Malaisie, au Sénégal.
 
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