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La face cachée de l’État rentier

Mercredi 22 Février 2017

La face cachée de l’État rentier
Par Mamadou SY Albert
 
Les consommateurs sénégalais ont été fortement surpris et ébranlés par le retour brusque  de la flambée des prix de nombreuses denrées de première nécessité. Ils ont pensé à tort que le cauchemar de l’augmentation des prix du riz, de l’huile, du sucre était derrière le Sénégal sous la seconde alternance. Le gouvernement a endormi probablement les Sénégalais par une campagne médiatique systématique trompeuse à bien des égards, en matière de fixation et de montée des prix alimentaires et des produits importés.
 
Il est présentement rattrapé par la logique infernale du marché concurrentiel dans son essence et par  la loi infernale de l’offre et de la demande. La posture perplexe du gouvernement tentant de contenir la colère des couches sociales les plus sensibles à l’augmentation de certaines denrées ou de distiller des explications peu convaincantes ne trompent que ceux qui veulent croire à des arguments politiciens remontant à l’époque du parti-État.
 
La majorité présidentielle ne cesse de faire croire que le régime actuel a inscrit son action politique dans la perspective d’une tendance à la baisse du coût de la vie. C’est un choix de gouvernance irréversible.
 
Le temps des promesses électorales est bien derrière le Sénégal de la seconde alternance. Les Sénégalais attendent encore une politique économique cohérente et des actes majeurs en matière de maîtrise des prix des produits locaux et des produits importés de consommation courante, l’amélioration du niveau de vie, susceptibles de  soulager de manière significative les populations et les travailleurs.
 
Les gouvernants de la deuxième alternance libérale se découvrent progressivement au fil de l’exercice du pouvoir économique. Les réalités sociales douloureusement vécues par des pans entiers des citoyens tirant le diable par la main tendue pour avoir au moins un repas du jour sont difficilement modifiables par la magie du verbe et  la promesse.
 
Quand les produits de consommation de masse deviennent rares sur le marché, il est logique et naturel que les prix augmentent en fonction de l’importance exprimée par la demande sociale. La tendance à la hausse ne découle nullement d’une quelconque volonté diabolique des commerçants locaux véreux abonnés à l’augmentation de leur marge bénéficiaire ou de créer le chaos social et économique.
 
Le gouvernement et ses experts du commerce extérieur et intérieur tentent d’expliquer épisodiquement les dysfonctionnements relevant de la logique du marché international des produits importés de l’Asie, de l’Europe ou de l’Amérique.
 
Ces dysfonctionnements de l’approvisionnement du marché national seraient à l’origine de la hausse. Ces explications cousues du fil de la rente classique masquée valent ce qu’ils valent. Le gouvernement ne voit rien venir à son horizon. Les prix vont augmenter en fonction de la loi du marché et des contextes historiques de production ou de commercialisation.
 
En dépit du tapage fait autour du riz homologué, il est en augmentation constante à chaque fois que la demande grimpe. Bien des produits importés sont libéralisés. La flambée des prix est la règle et explique le renchérissement du coût de la vie.
 
La demande sociale qui se cache derrière la dénonciation massive de l’augmentation des prix des denrées de première nécessité, de la location, du transport, du coût de l’éducation et de la formation est quasi structurelle à toute économie de marché. L’accroissement de son ampleur  devrait plutôt inquiéter tout pouvoir. Cette demande a eu raison des pouvoirs socialistes et des pouvoirs libéraux.
 
Le pouvoir public sénégalais persiste à penser que les mesures médiatiques de baisse de telle ou telle denrée de première nécessité signifient une maîtrise globale des prix, une amélioration du sort des populations et des travailleurs. Tel n’est point le cas au cours de ces dernières décennies. Le Sénégal maîtrise peu ou prou les mécanismes de fixation des prix des denrées industrielles, alimentaires et agricoles importées. L’État sénégalais a peu de possibilité de contrôle du marché.
 
L’État vit plutôt de rente. C’est la face cachée de la rente gouvernante sur le dos des pauvres citoyens. Les mécanismes de cette rente sont très huilés. La puissance publique puise ses ressources financières dans les taxes, les impôts, les droits de douane et les services offerts à la clientèle internationale la plus généreuse en matière d’aide au développement et de financement des projets prestigieux de l’État des fonctionnaires et des politiciens.
 
La maîtrise des prix des denrées alimentaires, des produits industriels et agricoles provenant du marché international et de la circulation des biens matériels et immatériels n’est point à l’ordre du jour de l’agenda de la gouvernance économique sénégalaise. En dépit du bon sens des intérêts nationaux et africains, le Sénégal a fini par accepter le partenariat imposé par l’Union Européenne et l’Organisation Mondiale du Commerce.
 
Cinquante sept ans après notre accession à la souveraineté internationale, les prix de nos propres produits et ceux  de la consommation de masse de nos populations sont fixés par ceux qui détiennent les cordons de la bourse financière. Que dire des autres produits des autres pays ? Nous n’exerçons  aucune influence directe sur la fixation des prix des produits des pays partenaires du développement.
 
Notre économie a été ainsi fragilisée et réduite à des prébendes. Le jeu récurrent de la domination des produits importés nous met évidemment dans le  cycle infernal de dépendance des denrées importés et des prix que nous ne maîtrisons guère. Tant que nous n’aurons pas une politique économique intelligente portée par notre production et la consommation de ce que nous produisons, nous vivrons dans l’illusion d’une maîtrise des prix des produits importés et d’une politique économique sans âme nationale.
 
 
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