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Des soldats nigérians incriminent leur équipement après des attaques meurtrières de Boko Haram

Samedi 24 Novembre 2018

Kano (Nigeria) - Des soldats nigérians engagés contre les jihadistes de Boko Haram ont publié une vidéo confirmant que des dizaines de militaires avaient été tués lors d'une attaque récente des insurgés et déplorant la médiocrité de leur équipement. 

Dans la vidéo de cinq minutes vue par l'AFP samedi, un soldat commentant les images montre plusieurs chars et véhicules brûlés dans la base de Metele, attaquée le 18 novembre par des combattants de la branche de l'Etat islamique en Afrique de l'Ouest (ISWAP), la fraction de Boko Haram affiliée au groupe Etat islamique.

Selon des sources militaires et civiles, au moins 43 soldats y ont été tués, bien que l'armée conteste le nombre de morts.

La publication de la vidéo souligne le désespoir croissant des troupes qui, en juin, avaient protesté contre leur redéploiement sur le front dans la région reculée du lac Tchad après avoir déjà combattu Boko Haram pendant des années. 

"Pas moins de 100 soldats sont morts ici. Beaucoup sont portés disparus au combat, ils sont introuvables", a déclaré le soldat dans la vidéo obtenue d'une source militaire digne de confiance.

"Voyez les armes qu'ils fournissent ici. Elles ne fonctionnent pas", dit-il, alors que les images révèlent les restes carbonisés de chars et d'autres équipements militaires.

"Ce sont des véhicules obsolètes, ils ne fonctionnent pas", dit le soldat. "Ils nous tuent tous les jours," dit-il, "la situation empire". 

La vidéo montre aussi le campement militaire s'étendant au milieu du désert, à 260 kilomètres de la capitale de l'Etat de Borno, Maiduguri.

Les images, le premier aperçu public de la base depuis qu'elle a été attaquée, présentent des piles de tôles de zinc noircies des logements qui abritaient la troupe. Des effets personnels et des casseroles sont éparpillés sur le sol alors que les soldats se déplacent parmi les débris.

Lundi, l'ISWAP a déclaré avoir tué "plus de 40 soldats nigérians" à Metele et emporté "quatre chars" ainsi que d'autres véhicules et munitions.

Vendredi, le groupe jihadiste a ajouté que ses combattants avaient tué 118 soldats nigérians au total lors de cinq attaques contre des bases militaires du nord-est du pays la semaine dernière.

L'armée nigériane a rompu son silence vendredi soir pour confirmer que la base de Metele avait été attaquée. Elle a toutefois ajouté dans un communiqué que "plusieurs médias sociaux, publications écrites et en ligne ont fait état de faux chiffres de victimes".

Les attaques de bases militaires se sont multipliées ces derniers mois dans le nord du Nigeria où l'AFP en a enregistré au moins 17 depuis juillet. 

Ces attaques, dont plusieurs ont été revendiquées par la faction Boko Haram de l'ISWAP, ont été perçues comme le signe d'une emprise de ses membres les plus extrémistes. 

Elles mettent l'armée sous pression à un moment où les soldats se plaignent d'épuisement. Des analystes s'attendent à d'autres attaques avant les élections présidentielle et législatives du 16 février prochain.

Le président nigérian Mohamed Buhari a fait samedi part du "choc profond" qu'il avait ressenti après l'attaque de Metele.

"Nous sommes prêts à apporter aux soldats tout le soutien nécessaire en équipements et en effectifs pour mettre fin à cette menace qui s'est renouvelée", a-t-il assuré dans un communiqué.

"Dans les prochains jours à venir, je vais participer avec les chefs de l'armée et des services de renseignement à des discussions approfondies sur les prochaines décisions que nous devons prendre", a ajouté le président nigérian.

M. Buhari, ancien général de 75 ans, qui avait déjà dirigé le pays entre 1984 et 1985 pendant les dictatures militaires, est très critiqué pour son incapacité à enrayer les violences dans le pays le plus peuplé d'Afrique, avec 180 millions d'habitants.

Il était arrivé au pouvoir en 2015 notamment sur la promesse de mettre un terme à l'insurrection des jihadistes Boko Haram, qu'il a qualifiés de "techniquement battus" à de multiples reprises, en dépit des attaques qui se poursuivaient.
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