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« Des indicateurs macro-économiques incapables de renseigner sur le vécu réel des populations… »

Mardi 24 Janvier 2017

Par Elimane KANE Dialagui (Sociologue, spécialiste en gouvernance économique)
Malgré la communication institutionnelle sur les réalisations du gouvernement, les Sénégalais continuent de vivre la précarité qui s’accentue de plus en plus et se manifeste de manière dramatique par moment. Le stress social explique les mouvements sociaux principalement les revendications syndicales, des jeunes diplômés sans perspectives d’avenir professionnel, les opérateurs économiques locaux, mais aussi le développement du banditisme et de la violence comme autres pires formes de résistance sociales….
 
Il faut remarquer que le gouvernement avance souvent des indicateurs macro-économiques qui sont incapables de renseigner sur le vécu réel des populations. Il s’agit de la croissance économique, des performances d’instruments standards d’évaluation dont les objectifs sont extravertis et n’intéressent que les investisseurs étrangers (Doing business et autres  types de notations et indices).
 
Et ses résultats sont obtenus dans le cadre d’un paradigme d’économie ouverte uniquement pilotée selon les exigences du marché international.
 
Cela explique le double langage contradictoire que nous avons au Sénégal. Celui du régime au pouvoir qui dans la précipitation, essaie de fournir des arguments pour se maintenir au pouvoir dans l’intervalle de temps court d’un mandat à renouveler. Ce qui force par moment le maquillage par les soins de certains adeptes de grivèlerie. L’autre du peuple réel qui vit au quotidien la précarité qui se  manifeste par une pauvreté multidimensionnelle, et surtout l’absence de visibilité sur les perspectives.
 
Projets sociaux pas très efficaces…
Les politiques publiques sont déroulées au tatillon sans aucune articulation sur une vision et des projections sereines. La priorisation des projets structurants est déraisonnables car on met l’accent sur des projets  surfacturés, mal conçuset pas urgents comme la TER, le tourisme sanitaire haut de gamme,… alors que les projets sociaux ne sont pas très efficaces du fait de l’asymétrie des moyens mobilisés par rapport aux projets mégalos mais surtout de leur manque d’opérationnalité.
 
Par exemple, la couverture maladie universelle n’est pas réelle en pratique. Les consultations médicales génèrent d’autres frais que les populations sont incapables de prendre en charge et du coup se résolvent à leur impuissance. Ce qui dans l’opinion cause une perception encore plus dangereuse pour le pouvoir car  les citoyens se sentent arnaqués par leur propre Etat.
 
Les projets ruraux (PUDC, PUMA, DAC …) semblent être de bons concepts à l’écran mais il est encore prématuré de les évaluer même si il y a une overdose de communication institutionnelle. Les bourses familiales font l’affaire de quelques familles mais ne sont pas incisives. Elles ne peuvent être efficaces que quand elles viennent en compléments de politiques plus structurées dont l’objectif est de mobiliser le maximum de ressources possibles, de maximiser les revenus concernant leur exploitation et de faire des allocations budgétaires dans des investissements efficaces autour de l’agriculture, de l’éducation, de la santé et de la protection sociale.
 
Projets ruraux bons concepts à l’écran en attendant leur évaluation
Pour être efficace, les politiques publiques devraient être davantage intégrées autour de la mobilisation responsable des ressources naturelles, mais pas au profit du secteur privé étranger comme semblent le faire les perspectives actuelles du Partenariat Public Privé (PPP) ; d’une politique fiscale équitable qui ne pressurise pas les pauvres citoyens car la réalité est qu’au Sénégal ce sont les ménages qui supportent la pression fiscale en progression ; et d’une politique budgétaire équitable et équilibrée qui prévoit des dépenses sociales de qualité et des investissements prioritaires moins coûteux et incluant le secteur privé national. Sans cela on continuera à faire de l’économie pour les capitaux étrangers privilégiés par une législation internationale favorable à des stratégies d’optimisation fiscales et de transferts de capitaux, au risque de brader nos ressources pourtant non renouvelables.
 
En réalité la croissance dont on se vante est tirée par une poignée d’entreprises étrangères, donc n’a aucun impact sur le pouvoir d’achat des populations qui ne pourront ressentir les retombées de la richesse créée. Les défis stratégiques sont au niveau de l’accès à des opportunités économiques  des jeunes qui augmentent chaque année par centaines de milliers sur le marché de l’emploi du fait d’un système éducatif et de formation professionnelle qui a du mal à intégrer cette donne démographique dans ses défauts de planification et d’exigence de qualité.
 
Si l’Etat ne trouve pas de solutions durables à cette frange de la population qui représente près du tiers de la population, etn’apportepas des réponses efficaces aux revendications sociales de la population active qui fait face à la précarité de l’emploi et à l’insécurité sociale, comment voulez-vous que l’opinion lui soit favorable ?
 
 
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