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Un détenu de la Cour pénale internationale tente de se suicider

Mercredi 21 Septembre 2016

Plusieurs détenus de la Cour pénale internationale (CPI), basée à La Haye, se plaignent de leurs conditions de détention : l'un d'entre eux a même tenté de mettre fin à ses jours. Une mauvaise nouvelle pour l'institution, qui peine à imposer sa mission – juger les crimes contre l’humanité.
 
Coup dur pour la Cour pénale internationale (CPI) : une des six personnes qu’elle accuse de crimes contre l’humanité et qu’elle a placées en détention provisoire a fait la semaine dernière une tentative de suicide. L’Ougandais Dominic Ongwen, incarcéré depuis janvier 2015 dans la prison de Scheveningen à La Haye, a été retrouvé inanimé par des gardes pénitentiaires mercredi 14 septembre 2016, vers 18 heures, dans sa cellule, a expliqué à Mediapart, sous couvert d'anonymat, un fonctionnaire de la CPI : « Il s’est avéré qu’il avait tenté de se suicider en ingurgitant des détergents, liquides vaisselle et de douche. L’administration pénitentiaire a aussitôt instauré un black-out total, en enfermant les autres détenus dans leurs cellules jusqu’au lendemain matin, 11 heures. »
 
Samedi 17 septembre, Ongwen, 41 ans, était toujours hospitalisé. Contacté par Mediapart, un de ses avocats a renvoyé vers le greffier de la CPI, expliquant que ce dernier serait « en mesure de fournir une réponse faisant autorité ». Lundi, le porte-parole de la CPI, Fadi el-Abdallah, à qui Mediapart a demandé s'il était exact que Ongwen était à l'hôpital, a répondu : « Nous ne pouvons pas communiquer sur des questions liées à la vie privée des personnes en détention. Ceci dit, je peux vous assurer que les personnes en détention bénéficient au quartier pénitentiaire de la CPI de toutes les mesures adéquates mises en œuvre afin de préserver leurs santé et bien-être. »
 
Ongwen est accusé de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre commis lorsqu'il était membre de la Lord’s Resistance Army (LRA), un groupe armé ougandais. Alors qu’il était adolescent, il avait été enlevé par la LRA dirigée par Joseph Kony. Devenu enfant-soldat malgré lui, il avait fini par devenir un des chefs de cette rébellion particulièrement violente. Il s’était fait arrêter début 2015 et transférer à la CPI alors qu’il croyait se rendre. Son procès doit débuter en décembre 2016. D’après le fonctionnaire de la CPI cité plus haut, Ongwen ne saisit pas les raisons de sa présence à la CPI et a été choqué de la longueur de la liste des charges pesant contre lui : « Il a vécu en brousse l’essentiel de sa vie et a du mal à comprendre ce qui lui arrive. Il est sans contacts familiaux. Le système rigoureux de détention organisé par la CPI ne pouvait que conduire à pareil drame. »
 
Qu’un de ses accusés se sente mal au point de vouloir se supprimer n’est évidemment pas une bonne nouvelle pour la CPI, censée avoir et appliquer les plus hauts standards à tous les niveaux. Ce grave incident s’ajoute à la grève de la faim menée depuis le 8 septembre par le Congolais Bosco Ntaganda, poursuivi pour des crimes commis en 2002 et 2003. Cet ex-commandant en second des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC) proteste contre la restriction de ses contacts avec l’extérieur depuis plus d’un an : loin de sa famille qui n’a pas les moyens de venir le voir, il n’a droit depuis août 2015 qu’à une heure de conversation téléphonique par semaine avec sa femme et sa mère.
 
C’est le bureau du procureur qui a obtenu des juges ces mesures drastiques, soupçonnant Ntaganda d’avoir tenté d’approcher des témoins via des proches en République démocratique du Congo, en organisant le tout par téléphone depuis sa prison. La Chambre ayant reconduit le 7 septembre dernier ce régime strict, Ntaganda refuse depuis de s’alimenter et de sortir de sa cellule pour prendre part à son procès. Il a cependant pu s’expliquer le 13 septembre devant ses juges par vidéoconférence, les accusant au passage de ne pas avoir suffisamment enquêté sur cette affaire d’interférences présumées.
 
Il y a quelques mois, c’est l’Ivoirien Charles Blé Goudé qui avait un jour refusé de quitter sa cellule pour se rendre à son procès : il protestait contre l’interdiction de l’administration pénitentiaire de le laisser sortir avec de quoi noter et lire. Les avocats de Blé Goudé avaient contesté cette mesure et la chambre chargée de le juger leur avait donné raison.
 
Tous ces problèmes s’inscrivent dans un contexte général très mauvais pour la CPI, caractérisé par une absence de résultats et une instrumentalisation de sa mission à des fins politiques, de plus en plus visibles avec son affaire la plus importante, celle de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo et de son ex-ministre Blé Goudé jugés depuis janvier 2016. Après une procédure préliminaire de près de cinq ans, leur procès avance très lentement (seulement 14 témoins entendus en sept mois et demi), et laisse apparaître de nombreuses failles dans l’enquête du procureur, aucun début de preuve contre les deux accusés n’ayant été apporté jusqu'ici.
 
Cette situation d’échec pourrait d’ailleurs expliquer l’intérêt récent de la CPI pour les crimes environnementaux : puisqu'elle semble incapable de faire ce pour quoi elle a été initialement créée – juger les crimes contre l’humanité –, bien qu’elle dépense chaque année toujours plus d’argent, il faut qu'elle pense à sa reconversion pour ne pas disparaître… (Mediapart.fr)
 
 
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