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UA : La panne du panafricanisme

Lundi 11 Juillet 2016

A sa création en l'an 2000, l’Union africaine (UA) était censée servir de rampe de lancement à la renaissance africaine; elle n’est plus que l’expression de sa panne. C’est dire que son Sommet de Chefs d’Etat et de gouvernement, cette semaine à Kigali, ne peut exciper d’aucun prétexte sérieux pour ne pas être un moment de vérité.

Ses Etats membres sont paralysés par une crise suffocante avec des économies en chute libre ou dominées par des acteurs étrangers privant les peuples de revenus. La classe moyenne a rejoint les rangs de ces damnés de la terre prise qu'elle est entre le marteau de ce lumpen-prolétariat et l'enclume d’une classe de leaders-dealers, spoliateurs des biens publics et complices d’une recolonisation consentie.

Les ressources publiques, naturelles en particulier, sont légalement capturées par des forces extérieures avec l’aide d’une néo-bourgeoisie compradore. Les défis du terrorisme, du fanatisme religieux, des pandémies transfrontalières, des élections volées et des constitutions violées, de la démocratie chahutée, de l’absence des services de base viennent effacer des mémoires le souvenir flamboyant que l’Afrique projetait, il y a à peine dix ans.

Ses dettes reviennent au galop, les investisseurs fuient, comme les touristes, tandis que de nouvelles menaces sécuritaires détruisent l’attractivité continentale. Et dépassées par les incidences de l’individualisme induit par l’avènement des technologies modernes de communication, les sociétés locales ne retrouvent plus les équilibres qui faisaient naguère de l’Afrique une terre de relative harmonie, malgré la pauvreté matérielle de ses peuples.

Dans ce climat d’urgences généralisées, les sommets de l’Ua, comme les rencontres des autres institutions africaines, tranchent par leur vacuité. Ce ne sont plus que des coquilles vides, des espaces de blablas quand l’histoire somme le continent de se montrer à la hauteur de ce tournant critique de son évolution. Pis, en ces heures où elle vit ses plus graves contradictions postindépendance, l’Afrique est entre les mains des dirigeants les plus irresponsables, incompétents, incapables qu’elle ait connus.

On leur doit du reste l'exploit d'avoir transformé en obstacle ce vent qui portait la barque africaine, au début de ce siècle, quand le continent était visité par un super-cycle doré. Ses matières premières étaient achetées à des prix exorbitants. Ses sols, sous-sols, zones maritimes révélaient des richesses insoupçonnées. Les investisseurs affluaient. La dette était largement effacée en même temps qu’une gestion macro-économique plus rigoureuse devenait la norme.

Une démocratisation politique semblait être enclenchée. De nouveaux leaders professant oralement une éthique de gouvernance prenaient les rênes des pays. L’Afrique n’était même plus au menu mais à la table des plus puissants. On l’invitait à prendre part au Sommet des pays les plus industrialisés comme pour lui aménager une place de choix dans une reconfiguration de l’ordre international. Elle produisait même ses plans continentaux de développement - comme le tristement célèbre Nepad ! 
 Dans ces conditions, après la fin de l’apartheid et celle de la colonisation officielle, l’Organisation de l’Unité africaine (Oua) pouvait céder la place à une Union africaine, entrée en vigueur en 2002 pour hâter la mystique communautaire. 

Malgré son bon positionnement géographique et géopolitique en plus de ses ressources naturelles et humaines, l’Afrique qui se réunit à Kigali, sur une terre labourée par le pire des génocides, survenu en 1994, ne peut convaincre que les naïfs tant sa rechute fulgurante  peut doucher tout sentimentalisme à son égard. Qui ose encore en faire le continent qui monte ?

Tout se déglingue. Et l’Union africaine (l’union affreuse ?) est l’expression la plus achevée de ce retournement de situation. Entre les mains de l’ex-épouse de l’actuel Chef d’Etat d’Afrique du Sud, elle n’est plus qu’un Titanic institutionnel en puissance.
Avançant au milieu de dangereux récifs, face à une puissante houle, son sort ne semble même pas préoccuper les dirigeants du continent : sur le ponton du Titanic, ils sablent le champagne pendant que les Africains-américains se font massacrer, que les immigrants africains vivent le calvaire, que les peuples et pays africains retombent sous le joug de puissances interlopes.
Elle n’est plus qu’un instrument de marketing d’autocrates comme l’hôte de son Sommet, Paul Kagamé. Il ne faut dès lors pas être surpris que sous l'œil d'autres prédateurs-en-chef du panafricanisme, le Titanic UA, soit plus proche de faire le pas vers le naufrage qui l'attend...sauf miracle !
 
Adama GAYE
Journaliste, consultant
 

 
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1.Posté par fara le 12/07/2016 08:37
Beaucoup de points de cette analyse sont exacts. La question est de savoir : que faire?

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