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TRAFIC INTERNATIONAL DE DROGUE AU SENEGAL - Les femmes prêtes à prendre le pouvoir

Samedi 1 Octobre 2016

Le trafic international de drogue atteint des proportions inquiétante sen Afrique occidentale en général, et au Sénégal en particulier. Si des techniques et procédés variés sont utilisés pour le transport et la distribution de la «marchandise», il ressort du rapport produit par l’Institut d’Etudes de Sécurité (ISS) que les femmes actives dans ce milieu ont évolué en termes de «grade» et de «responsabilité». Elles deviennent en effet de plus en plus «baronnes», délaissant le statut de simples passeuses ou «mules».
 
Le trafic de drogue prend des ampleurs considérables au Sénégal à travers un système de distribution apparemment bien huilé que l’expert Serge assimile à une sorte de vanne ouverte. Ledit système profite, selon divers experts, de la position géographique extrêmement privilégiée du pays situé sur l’itinéraire marine de la drogue pouvant provenir d’Amérique du Sud ou d’Amérique centrale, passant dès fois par les pays de la sous-région.

Dans une étude réalisée en 2014, l’institut d’études de sécurité (ISS) met en relief également par la cartographie de la position géographique stratégique du Sénégal par rapport aux différentes capitales économiques et commerciales du monde, lieux privilégiés de la consommation de drogue. Boubacar Diarisso et Charles Goredema, auteurs de ce rapport N°260 de l’ISS, mettent en exergue le fait que Dakar soit à 6132 km de New York, 4371 km de Londres, 4202 km de Paris, 6619 du Cap et 5036 km de Rio de Janeiro.
 
De passeuses à baronnes
Dans ces longues distances, les femmes prennent de plus en plus de pouvoir dans l’exécution des commandes de «marchandises», s’impliquant davantage dans le transport et la distribution. Pour elles, les choses ont commencé dans les années 1980, avec l’émergence des grands réseaux trafiquants alors que, quelques années avant, elles ne jouaient que des rôles de passeuses. Selon des statistiques de l’Ocrtis, de 2000 à 2010, pas moins de 1943 femmes ont été arrêtées pour usage et trafic de drogue au Sénégal. Le rapport de l’ISS renseigne que de nombreuses détenues dans les prisons dakaroises de Liberté VI et Rebeuss ont été incarcérées pour des activités liées à la drogue.

Toujours selon le rapport, des Sénégalaises purgent des peines dans d’autres régions du monde comme Sao Paulo (Brésil) où l’une d’elles a été cueillie avec 18 kg de de cocaïne et une autre 5,6 kg. D’autres transportant de la cocaïne ont été arrêtées à l’aéroport de Casablanca alors qu’elles étaient en transit vers l’Europe. Une autre, mariée à un Roumain, était recherchée par l’Ocrtis pour une affaire portant sur 5 tonnes de cocaïne. Au même moment, une autre se faisait alpaguée avec 8 tonnes de haschisch…

Au Sénégal, toutes sortes de drogue sont consommées. Mais c’est le cannabis qui rafle la palme de la consommation du fait de sa facilité d’accès et de son caractère bon marché. C’est en premier lieu avec le cannabis qu’on peut noter la porosité des frontières sénégalaises en termes de trafic de drogue en général. Au lieu de se limiter au cannabis cultivé au Sénégal, d’après les données fournies par la brigade anti-drogue de la police, on remarque également que le Mali aussi fournit du cannabis dénommé Gagnila, la Gambie fournit du Green Makut, le Lopito ou Lops arrive du Ghana, tandis que le Salsa vient de la Colombie.
 
Montée en puissance de la cocaïne et de l’héroïne
Communément appelée drogues dures, la cocaïne et l’héroïne  ont connu une montée fulgurante au Sénégal depuis 2008 lorsque les affaires jugées en cours d’Assises sur cette question ont connu une hausse vertigineuse. «L’affaire opposant le Parquet Général à Franck Koma, un ressortissant Nigérian, concernant 10 paquets contenant un total de 5 kg de cocaïne mélangée à 10 kg de poudre blanche. L’accusé a aussi été trouvé avec un passeport Guinéen.»

Dans une autre affaire, « M. Douglas Quashie, un ressortissant ghanéen, a été arrêté avec une certaine Aïssatou P. Diallo sur un quai du port de Dakar alors qu’il était en train de débarquer du bateau Aline Sitoë Diatta venant de Ziguinchor. Ils ont été trouvés en possession de 4,5 kg de cocaïne et ont inculpés de complot criminel et de trafic international de cocaïne » ont listé Boubacar Diarriso et Charles Goredema.

En plus de l’itinéraire marin, la distribution de drogue passe également par la voie ferroviaire et même celle aérienne. Il est ressorti que l’aéroport Léopold Sédar Senghor se présente comme un point de transit majeur de la drogue.

Selon des rapports, la cocaïne provenant des régions andines d’Amérique du Sud serait produite par un consortium de trafiquants d’Amérique du Sud et d’Afrique occidentale dominé par les ressortissants nigérians. Une fois en Afrique occidentale, la cocaïne est ensuite transportée par bateau parce que cela permet de faire passer un plus gros volume et éviter les interceptions par les polices anti-drogue. Si les villes de Sao Paulo et Salvador au Brésil sont des points de départ importants, le Venezuela et les Iles des Caraïbes de la Martinique et des Antilles représentent des points d’escale importants.

En Afrique occidentale, la drogue est débarquée directement des bateaux ou en utilisant de petites embarcations ou des navires de pêche. Au Sénégal, la côte entre Dakar et Saly est ainsi jonchée de points de débarquement. La quantité de cocaïne qui est débarquée annuellement à Dakar avoisine les 50 tonnes.
 
Les procédés de distribution internationale
A propos des astuces mises en place pour le trafic international, les deux chercheurs ont cartographié l’itinéraire que la drogue emprunte pour rallier l’Europe et autres. « Quand la cocaïne est destinée à l’Europe, elle est transportée à travers le Sahara vers les rivages du Maroc. Il semblerait que les individus ayant une double nationalité ou des nationalités multiples, jouent un rôle essentiel dans la gestion des itinéraires du trafic reliant l’Amérique du Sud et l’Afrique occidentale. Ils ont pris de plus en plus  d’importance depuis le début de ce siècle et l’une des nationalités doit inévitablement être sud-américain ou des Caraïbes », expliquent les deux chercheurs. «Le schéma type consiste à créer et à enregistrer une entreprise dans un pays d’Afrique occidentale et l’industrie de la pêche représente la couverture idéale car elle permet d’importer des drogues et des produits permettant d’expliquer les fonds qui reviennent à l’opérateur », ajoutent-ils.
 
Etat vulnérable
Dans les analyses des experts en criminalité organisée tels que Serge Rinkel, la proximité du Sénégal avec des Etats où le trafic est très présent en fait un Etat vulnérable. La preuve, une étude des Nations Unies a renseigné que près de 2200 livres de cocaïne y arrivaient par avion  chaque soir, et davantage par la mer ; que près de 50 barons de la drogue provenant de Colombie sont basés en Guinée Bissau, contrôlant le commerce de la cocaïne et soudoyant les militaires et les politiciens pour les protéger. L’on se rappelle de la mise en cause d’un haut gradé de la police sénégalaise par un autre haut gradé dans le vol et la revente de drogues saisies par la police au cours d’une période bien déterminée (son mandat à la tête d’une structure de la police). Par la suite, un agent de police de l’Ocrtis a été arrêté alors qu’il était sur le point de recycler et de revendre des boulettes de cocaïne à un trafiquant nigérian bien connu à Dakar.
Entre autres méthodes, la dissimulation dans des marchandises importées telles que des équipements électroniques est très prisée. Ainsi, la drogue est transformée en boulettes qui sont ensuite avalées ou bien l’utilisation des valises à double fond.
(Cheikh Anta SECK)
 

 
 
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