Connectez-vous

Sonko: Le brin d'allumette

Mardi 9 Août 2016

Sonko: Le brin d'allumette
Par Adama Gaye (Journaliste, Consultant)
 
Quelle que soit l’issue de sa suspension décidée par son patron, le Directeur général des Impôts, sur ordre, assure-t-on, du Ministre des Finances, qui a dû suivre des injonctions venues de plus haut, c’est un fantastique coup de pouce que le régime actuel vient de donner à un inspecteur des impôts –le ci-devant Ousmane Sonko.

Que Dieu me garde de mes amis, dit-on d’habitude : Sonko peut alors se frotter les mains si le Seigneur surveille ses arrières. Puisque ses ennemis, vrais champions dans l’art de donner des verges à leurs adversaires pour se faire chicoter, ont encore sévi. Contre eux-mêmes !
Car l’argument qu’ils ont servi pour fermer la bouche d’un homme qui a décidé de jouer sa partition dans la vie publique du pays, par une activité politique que lui permet la Constitution, a en effet de quoi faire rire…jaune.

Comment un Amadou Bâ, Ministre des Finances, dont l’entrée sur la scène politique a tellement été médiatisée par ses propres soins et par ses affidés des Parcelles Assainies, ne réalise-t-il pas la contradiction qu’il y a chez lui à vouloir imposer un droit de réserve –pardon un devoir de réserve- à qui que ce soit, si lui-même décline ad nauseam les chiffres d’une émergence arlésienne au nom de son droit de faire de la politique? Quitte à les gonfler ou à sortir des secrets d’Etat pour convaincre un peuple désillusionné par les promesses d’un jour nouveau qui n’est plus qu’une chimère sans fin…

En l’évinçant de son poste, les auteurs de la sanction contre Sonko se mettent dans l’inconfortable posture de justifier demain, c’est-à-dire aujourd’hui, les positionnements politiques de nombre de hiérarques du régime qu’ils prétendent sauver des sorties qu’il déverse, avec technicité, sur un régime aux abois. Imaginons à cet égard un Abdoulaye Daouda Diallo, pour ne citer que celui-là, Ministre de l’Intérieur et militant du parti au pouvoir, prenant fait et cause pour son chef, Macky Sall, lors d’un meeting politique. Quelle incongruité cela ferait-il de constater la politique discriminatoire contre un adversaire politique lors même qu’on ferme les yeux sur les pires produits et défenseurs du pouvoir en place…

En réalité, la bourde est gravissime, qui fait désormais d’un modeste fonctionnaire des Impôts, jusqu’à une date récente, le héros involontaire d’une saga dont les conséquences pourraient revenir, tel un boomerang, fracasser ce qui reste de l’image d’un régime déboussolé. 

Il eût été plus intelligent de lui opposer des arguments de nature à détruire les siens, notamment en l'amenant à s'expliquer sur sa défense passée d'un vrai prédateur du foncier national, Tahibou Ndiaye, à clarifier les liens entre les membres du Syndicat des impôts et son parti, le Pastef, ou encore à dire ce qu'il pense des sommes inacceptables payées aux fonctionnaires des Finances dont lui, chevalier de la gestion équitable, profiterait aussi sans piper mot là-dessus.

Or, en le sanctionnant en même temps que d'autres acteurs de la lutte contre la corruption, en se montrant mal à l'aise face aux critiques argumentées que d'autres mettent sur la place publique, le régime permet à Sonko -et d'autres- d'avoir beau jeu de déballer grave à la grande joie des ennemis insoupçonnés du pouvoir actuel.

Dans ce contexte où le régime se montre rétif à la critique, pourtant consubstantiel à la démocratie pluraliste, son incapacité à garder ses nerfs traduit sa fragilité en même temps qu'il donne une légitimité à tous ceux qui sont prêts à en découdre avec lui.

Les hurlements de colère au sein de la population déclenchés par la sanction contre Sonko sont un signe que Macky Sall et ceux qui l’ont entraîné dans cette bévue gagneraient à analyser avec lucidité. Car l'histoire retiendra que leur volonté de faire taire leurs adversaires par les insultes et les punitions s’est retournée contre eux en plus de montrer la voie à ceux qui combattent démocratiquement le régime: l'union sacrée est leur planche de salut!

Les circonstances leur sont favorables. Dans le monde entier, des acteurs de changements sont souvent nés de la cécité de pouvoirs politiques ne comprenant pas que la démocratie a besoin de respirer par les refus, par les propositions constructives ou contradictoires, par le dialogue (tiens où en-est-on d’ailleurs à ce propos ?).

D’un Lech Walesa, simple ouvrier de Gdansk en Pologne, pourchassé par le dictateur Jaruzelski, au point d’en faire le libérateur de son pays et un Prix Nobel de la paix, à Nelson Mandela, enfermé en prison pendant 27 ans par un régime d’apartheid réfractaire à la critique, sans compter d’autres icônes parties de rien, les exemples ne manquent pas pour prouver que traquer ses opposants, en protégeant au passage des criminels et autres transhumants, est la meilleure recette pour transformer en héros des gens ordinaires…

Facteur aggravant pour le régime sénégalais : le sort des populations se dégrade et les vents vont devenir plus propices aux critiques. Sans emplois ni revenus, socialement désaxés, désorientés par le Plan Sénégal Embourbé (Pse), les Sénégalais ulcérés par un régime pris dans le folklore de la politique politicienne et couvrant des criminels en arrivent à croire qu’il est victime du proverbe selon lequel, pour mieux perdre quelqu’un, Dieu le rend fou. Le brin d'allumette qui mettra le feu à la case d'un régime ayant perdu la…tête peut venir de la plus petite erreur. Encore plus d'une bourde, une énième!

 
Nombre de lectures : 235 fois

Nouveau commentaire :










Inscription à la newsletter