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RETOUR A L’UNION AFRICAINE : Pragmatique, Sa Majesté !

Mardi 19 Juillet 2016

«Cela fait longtemps que nos amis nous demandent de revenir parmi eux, pour que le Maroc retrouve sa place naturelle au sein de sa famille institutionnelle. Ce moment est donc arrivé

(Momar Dieng

C’est à travers un long message adressé aux chefs d’Etat et de gouvernement réunis à Kigali pour le 27e Sommet de l’Union africaine que le Roi Mohamed VI a officialisé le retour du Maroc au sein de l’organisation continentale, après un boycott de 32 ans. En 1984, suite à l’adhésion de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) à l’OUA, le royaume chérifien dirigé alors par Hassan II, décidait de quitter l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en signe de protestation. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous le pont de l’institution africaine.

La décision de Mohamed VI de remettre pied dans le cénacle de l’Union africaine était attendue depuis plusieurs mois, et la diplomatie marocaine y a travaillé d’arrache pied aux quatre coins du continent. Elle était même devenue une exigence politique de premier ordre soutenue non seulement par les hommes d’affaires les plus puissants du royaume, mais également par les patrons du capitalisme d’Etat marocain de plus en plus contraints d’aller chercher des parts de croissance supplémentaires sur le continent.

Depuis plusieurs années, les investissements marocains en Afrique, mais aussi les efforts de développement au plan national ont complètement transformé le royaume en une puissance économique émergente incontestable. L’Afrique subsaharienne est ainsi devenue une composante essentielle de l’économie chérifienne grâce à plusieurs dizaines d’entreprises compétitives et dominatrices dans tous les secteurs : banques, assurances, immobilier, agriculture, génie civil, BTP, hydraulique, télécoms, etc. Le succès semble indéniable au plan des investissements et de la rentabilité

De plus en plus, les entreprises marocaines parviennent à sortir du carcan subsaharien pour rivaliser avec d’autres mastodontes, notamment nigérians et sud-africains. Ces succès, Mohamed VI ne se prive pas de le mentionner dans son message à l’Union africaine, en toute modestie. «Je ne suis pas là pour me faire le chantre de la présence du Maroc en Afrique. Les résultats parlent d’eux-mêmes et se passent de tout commentaire.»
 
En quête d’influence politique
Désormais étiqueté «géant économique» sur le continent, le Maroc n’en reste pas moins relativement faible au plan politique. Sans être un nain, il a pourtant les atouts que lui procure la puissance de sa pénétration économique pour devenir un interlocuteur politique et diplomatique de taille sur le continent. Or, cette ambition n’est pas compatible avec son éloignement des cercles où se déterminent les orientations politiques essentielles du continent alors même que, sur la question antiterroriste par exemple, le royaume sert de modèle à de nombreux pays africains au niveau de la formation des imams et autres prêcheurs.

C’est cette aptitude politique utile à l’escorte d’une puissance économique devenue réalité que le Maroc veut élever désormais au niveau de priorité en retrouvant son siège de membre à part entière de l’Union africaine. Le timing semble bon car son éternelle ennemie et voisine s’apprête à lancer, elle aussi, un «Sommet Algérie-Afrique», un peu sur le modèle d’un existant qui tend à sa banaliser.

Pragmatique et réaliste, Mohamed VI est ainsi obligé de sacrifier cette vieille doctrine diplomatique chérifienne qui voulait jusqu’ici que le Maroc ne siège pas dans une instance où la RASD tient une place qu’elle n’échangera contre rien au monde.
 
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