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Président…Trump !

Mardi 6 Septembre 2016

Par Adama GAYE
 
Les oracles ont voté : ce sera une femme qui prêtera serment le 20 Janvier 2017, pour occuper le bureau ovale, siège des services de la Présidence des États-Unis d’Amérique (USA).

Hillary Clinton, candidate du Parti Démocrate, est partie, disent-ils, pour remporter haut la main l’élection qui l’opposera le 8 novembre à son adversaire, Donald Trump, porte drapeau du Parti Républicain, celui que personne n’attendait à ce stade de la course électorale.

Les bien-pensants, les instituts de sondages, les grands médias, la société internationale ont tous déjà délivré leur verdict en s’imaginant que le prochain Président du plus puissant pays au monde en sera UNE, pour la première fois de son histoire tri-séculaire.

Et si c’était donc Trump qui l’emportait ? me suis-je hasardé, en Juin dernier, à demander à haute-voix, lors de la Conférence de Londres organisée une fois par an par la prestigieuse institution Chatham House. Devant un groupe d’intellectuels, d’experts en politique étrangère, de diplomates, de politiciens et autres, le silence que ma question déclencha fut si assourdissant que seule la réaction de l’Indien Shashi Tharoor, probablement le plus doué sur ces questions au monde à l’heure actuelle, ancien numéro deux de l’ONU, put briser. «Tout ce que nous envisageons concernant les affaires du monde s’en trouverait bouleversé, réduit à néant, si cette hypothèse se confirmait», déclara-t-il.

Certes, on en est encore loin car si les tendances électorales actuelles se maintiennent, l’épouse de Bill Clinton a toutes les chances de l’emporter. Surtout que, vent debout, même les responsables des structures de sécurité des USA se grattent la tête, transis qu’ils sont par la peur de voir un homme aussi fantasque et ignorant des questions stratégiques se trouver à une posture où il tiendrait le bouton rouge de la bombe atomique à côté de lui, voire non loin de son oreiller. Ses déclarations insultantes contre les musulmans, les immigrés, les pays-partenaires, les complexes de sécurité, à l’image de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (Otan), et sur d’autres sujets sensibles ont de quoi semer la panique et déclencher une campagne pour l’arrêter «by-all-means», par tous les moyens.

Seulement la démocratie américaine a ses surprises, dont celle dite de Novembre, de la dernière heure, que nul ne doit ignorer dans l’évaluation d’une course à la Maison Blanche.
Quelques exemples l’attestent. En 1976, surgi de nulle part, Jimmy-Qui ?, selon le nom qu’on avait donné à un agronome venu de la Georgie, avait bousculé les pronostics pour devenir le futur Président Jimmy Carter.

En 1991, Bill Clinton, obscur gouverneur d’une région d’arrière-zone, l’Arkansas, arrivé avec des bagages dégoulinant de scandales sexuels et financiers, créa la surprise en battant George Bush-Père, qui venait non seulement d’être auréolé d’une victoire dans la première guerre du Golfe Persique post-guerre froide mais surfait sur la crête des vagues avec des sondages lui accordant des taux de 91 pour cent. «C’est l’économie, imbécile !», fut le slogan dévastateur que Clinton sut utiliser à son avantage, pour défaire une ‘dream-team’ où l’on retrouvait aussi bien Brent Scowcroft, James Baker, Dick Cheney, en plus d’avoir à sa tête le plus expérimenté président en fonction des USA.

La défaite en 2000 d’Al Gore, solide produit de l’establishment américain, avec l’aide de la justice, devant l’immature George Bush-Fils, est un autre cas qui souligne l’imprévisibilité d’une campagne électorale américaine. Le sacre d'un noir en 2009, en la personne d'Obama, n'est-elle pas aussi révolutionnaire?
Si l'histoire est un guide, on peut a priori penser donc que l’élection de cette année sera plus serrée pour Hillary Clinton. 

Les handicaps sont nombreux pour celle qui est loin d'être un enfant de chœur. On peut parier que la campagne la révèlera dans sa vraie nature. Les casseroles qu'elle traîne et ses postures intellectuelles immorales reviendront alors en surface. Qui peut à cet égard oublier qu’en l’an 2008, quand elle refusa de concéder à Barack Obama le statut de candidat des démocrates, l’une de ses…saillies fut de dire : «ce nègre doit rester à sa place !».

Son cynisme et ses tares, y compris vis-à-vis de son mari, sont assez connus pour qu’elle en échappe aisément.

On peut compter sur Trump pour la pousser dans les cordes. Surtout que les bourdes verbales de ce dernier, plus calculées qu’on ne l’imagine, ont pour but de toucher les cordes sensibles d’un électorat plus pressé de voir l’Amérique revenir à l’un des fondamentaux de sa politique étrangère, l’isolationnisme, en s’éloignant de l’unilatéralisme ou encore de ce statut de gendarme du monde que la montée du terrorisme asymétrique a rendu plus dangereux que jamais.
Bâtisseur d’empires financiers, mais aussi de faillites, dans un pays qui accepte succès et échecs comme les deux faces du rêve américain, en plus d’articuler son discours sur ce qui compte le plus, la création d’emplois à domicile, Donald Trump a, de surcroit, un narratif individuel plus puissant. Ses compatriotes peuvent rejeter celui d’une Clinton-bis dont la victoire jetterait les bases de ce qu’ils détestent le plus : la monarchisation d’un pays arc-bouté sur son Républicanisme fondateur.
 
 
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