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Pénombre sur le Sénégal

Lundi 24 Octobre 2016

Pénombre sur le Sénégal
Par Adama gaye
 
La sanglante répression de la manifestation pacifique reconnue par notre Loi fondamentale, la Constitution, que des citoyens sénégalais ont organisée, vendredi 14 octobre, a sonné comme un tocsin sur la démocratie dont notre pays se vantait d’être un modèle africain. Ne nous y trompons-pas : ce sont d’abord ceux qui ont donné l’ordre aux forces du (dés) ordre et de (l’in) sécurité de tirer des bombes lacrymogènes et des balles –réelles- sur la foule, c’est-à-dire ceux que l’on désigne sous le vocable autorité, qui sont responsables de cette brutale dégringolade du Sénégal de son piédestal démocratique.
 
J’ai vu comment ont été fracassé, sous mes yeux, des acquis obtenus après des décennies de combat, notamment en cette place, non loin de la radiotélévision nationale, là où, avant que n’y soit édifié le siège de la BCEAO, se tenaient  naguère les chaudes réunions des combattants pour l’instauration, le renforcement, de la démocratie dans notre pays.
 
J’étais en première ligne parmi les manifestants. De tous âges, sexes, confessions, conditions, ils étaient venus massivement répondre à l’appel du devoir. C’est que naïvement ils pensaient que même les forces de l’ordre et de défense comprendraient, les premiers, que les objectifs de la marche correspondaient à leurs propres missions régaliennes. Celles et ceux qui leur faisaient face en cet après-midi écrasé par un soleil vif n’étaient-là que parce qu’unis par trois objectifs on ne peut plus consensuels, impératifs : la défense des libertés démocratiques, l’arrêt des dérives autocratiques et la reprise en mains de nos ressources en hydrocarbures.
 
Le bradage en cours, presque acté, de ces dernières à des aventuriers n’est-il pas une insulte à notre souveraineté qui devrait sans tarder mobiliser les muscles et moyens de nos forces de sécurité et de défense nationale si tant est qu’elles ont encore à cœur de remplir leur serment de défendre la nation ?
 
Au nom de quoi, froidement, sans états d’âme, ont-elles préféré tirer sur des manifestants qui se réunissaient pour sauver le Sénégal de ces menaces mortelles qui pèsent sur son sort, aussi bien au plan économique, politique et social? A quel titre, sous l’inspiration de quelle conscience, peuvent-elles justifier leur application aveugle des instructions données par un pouvoir politique, notamment par le Ministre de l’Intérieur et le Président de la République, au risque de se mettre en faux avec les droits démocratiques inscrits dans notre tradition et dans nos normes sociopolitiques ?
 
Clairement, sur le pavé de la marche, si la démocratie sénégalaise a été une grande victime, les forces de défense et de sécurité ne l’ont pas moins été.

Il y a alors à l’évidence urgence à restaurer les fondamentaux de notre pacte national pour éviter que cette pénombre inquiétante qui plane sur le pays ne finisse par le jeter sur les pistes du malheur et de la malédiction.
 
Tout doit commencer par une clarification, en vue d’un apaisement, des rapports entre civils et forces armées. Ces dernières doivent s’élever pour comprendre que leur mission n’est pas d’être au service d’intérêts privés fussent-ils ceux du Président de la République. Défendre la nation, participer, par le génie des corps qui composent les forces défense et de sécurité, au développement économique du pays, aider à son désenclavement, le pacifier et préserver les institutions du pays tant qu’elles sont en concordance avec les valeurs qui les légitiment, voilà un espace palpitant à occuper nettement plus valorisant que d’être les cerbères de prédateurs des ressources nationales.
 
Il nous faut aussi revisiter les relations entre pouvoir et forces non seulement de l’opposition politique mais celles, civiles, qui se posent en contre-pouvoirs au nom de la vivacité de la démocratie. Ne pas admettre que la critique et le combat sont consubstantiels à la démocratie, c’est vouloir donner à notre pays un présent et un avenir médiocres. C’est, par son comportement, sa frilosité et ses errements, ce que fait le régime de Macky Sall. Est-il capable de prendre de la hauteur ? Parce que né dans le mensonge d’une promesse de gouvernance sobre et vertueuse, mouillé jusqu’aux chevilles dans les magouilles de Aliou Sall, frère de Macky, avec le sulfureux Frank Timis, et pourchassé comme son ombre par des actes délictuels, frauduleux en tous genres, ce pouvoir –moribond ?- ne peut pas avoir la conscience tranquille.
 
Il reste l’éternelle question d’un peuple apathique, qui applaudit les voleurs de ses deniers et se détourne des combattants des causes justes, compte sur l’au-delà et fuit ses devoirs. Ne mérite-t-il pas ce qui lui arrive, parce que complice par son désintérêt alors qu’on le dépouille ?
 
En conclusion, la démocratie est un projet exaltant qui n’a jamais été une affaire de médiocres. Sommes-nous un pays prêt à en payer le prix ? Alors que des ombres menaçantes surgissent au-dessus de nos têtes, dans un contexte marqué par un manque de crédibilité de l’offre d’une opposition politique hantée par son passé aux affaires mais refusant le renouvellement de son leadership, le Sénégal est dangereusement exposé aux forces du mal. Cela intervient hélas quand Dieu lui fait découvrir les merveilles de son sol et de ses eaux gorgés de pétrole et gaz. Or les Wolofs disent : lorsque le Seigneur applaudit, si tu ne danses pas, tu ne danseras plus jamais de la vie !
 
 
 
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