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POLITIQUES ET INSATISFACTIONS SOCIALES : « Le processus normal de transformation structurelle n’a pas été suivi. »

Mardi 24 Janvier 2017

Par Dr Khadim Bamba Diagne (Directeur Scientifique du LAREM/UCAD)
 
Un vieux africain disait « la pauvreté c’est comme la chaleur, on ne la voit pas mais on la ressent, personne ne peut vous dire comment elle est, si elle ne l’a jamais vécu. »
 
Le paradoxe de l’économie sénégalaise, c’est que nous avons une croissance économique sans emplois. On a même l’impression que la croissance est appauvrissante. C’est au moment où on parle d’émergence, du record de croissance économique en 2015 avec 6,5%, que le Président de la République décrète l’interdiction de la mendicité. Ce décret d’interdiction est significatif et en dit long du niveau de pauvreté des sénégalais.
 
En 2011, avec 1,8% de taux de croissance, le taux de pauvreté se situait à 46,7%.  En 2015 avec 6,5% de taux de croissance économique, la pauvreté est de 56,5%. Cette pauvreté est plus marquée dans le milieu rural (69%) et la plupart des ménages pauvres se déclarent très pauvres.
 
L’une des raisons de cette croissance sans emplois est que le pays n’a pas suivi le processus normal de transformation structurelle. Dans ce processus normal de transformation économique, les conditions initiales se caractérisent par une part élevée de l’agriculture dans le PIB puis, à mesure que les revenus augmentent, la part de l’agriculture diminue et celle de l’activité manufacturière augmente.
 
Aujourd’hui, plus de 60% des Sénégalais sont dans le monde rural et produisent moins de 20% de la richesse. Le secteur tertiaire, qui produit plus de 60% de la richesse créée à l’intérieur du territoire, est contrôlé par des grands groupes étrangers. C’est ce qui rend cette croissance extravertie. Si on ne change pas de paradigme, on va créer une richesse à l’intérieur du Sénégal tout en constatant une augmentation du nombre de pauvres. Il est nécessaire de réfléchir sur comment « introvertir » la croissance économique au Sénégal ?Sinon Deuk-bi dineugueuneu Macky
 
« Un changement structurel s’impose »
Au Sénégal, il doit y avoir un changement structurel pour mieux redistribuer la richesse créée à l’intérieur du pays. Le système bancaire est organisé de telle sorte que les banques ne peuvent pas accompagner les entreprises nationales, alors que les grands groupes viennent avec leurs banques.Le cas le plus éloquent, c’est l’agressivité des entreprises marocaines au Sénégal soutenue par deux grandes banques à savoir Attijariwafa et BOA, les entreprises françaises aussi avec BICIS, SG… Qui va soutenir le privé national pour préfinancer afin de gagner les marchés ? En tout cas pas une banque étrangère.
 
La première chose que doit faire le gouvernement c’est de s’inspirer du modèle allemand, sur 1000 entreprises les 997 sont des PME, c’est l’économie la plus riche d’Europe et n’a pas les personnes les plus riches d’Europe. Il s’agit pour l’Etat de donner un sens à la croissance économique, c’est-à-dire un point de croissance correspond à combien d’emploi créés et son impact sur l’augmentation des salaires et la baisse de la pauvreté.
 
« En matière d’emploi, le ministre de la Jeunesse n’est pas une voix autorisée »
Sur le problème des 500000 emplois, cela engage le ministre qui est politique et n’est pas une voix autorisée sur la question. L’agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) montre que le taux chômage n’a pas vraiment chuté, je ne sais pas alors quel genre d’emploi il parle. Je vois mal un pays qui crée de l’emploi, qui crée de la croissance et qui voit le nombre de pauvres augmenter.
 
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