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Noël, un vrai faux anniversaire du vrai Messie

Dimanche 18 Décembre 2016

Juifs, musulmans et chrétiens face à Jésus-Christ (Paix sur lui)
(PARTIE 1)

« Nous aimons Noël. Il y aura des lumières, il y aura des fêtes, des arbres brillants et même des scènes de la Nativité, toutes déconnectées du réel; Le monde continue d’être en guerre. » (Pape François, 2015)

 
Introduction
Dans quelques jours, le 24 décembre, sera célébrée Noël de l’an 2016 du calendrier grégorien. Nombre d’historiens considèrent qu’il s’agit d’une « christianisation » d’une fête romaine païenne liée au solstice d’hiver. Diverses pratiques qui ne trouvent pas de fondement dans la Bible lui sont associées selon les lieux et les cultures. Il faut aussi noter que le monde chrétien ne la célèbre pas à la même date. Et comme pour le Mawlidun nabi (célébration de l’anniversaire de la naissance du prophète Muhammad (PSLF) chez les musulmans, la date exacte de la naissance de Jésus (Paix sur lui) n’est pas connue. Seuls deux sur les quatre évangiles canonisés, ceux de Luc et Matthieu en parlent avec des divergences et d’autre part en des termes qui ne permettent pas d’avoir une date précise de cet évènement ni pour l’année ni pour le mois et encore moins pour le jour. Ces clarifications faites, cette célébration servira de prétexte aux lignes qui vont suivre pour faire l’économie des postures juive, chrétienne et musulmane face à ce personnage mystérieux, Jésus-Christ, dont le statut de Messie et les missions y afférentes apparaitront dans toute leur splendeur et leur plénitude à la fin des temps.

Le judaïsme face à Jésus : une théologie du rejet  
Pour bien comprendre l’attitude de rejet dont fait montre le judaïsme à l’égard de Jésus, il est nécessaire de se rappeler le contexte théologique et politique dans lequel ce dernier vient au monde et fait sa prédication. Le temple de Jérusalem a déjà connu sa première destruction sous les assauts de Nabuchodonosor, empereur babylonien durant le siège de 586 av. J-C (la seconde surviendra en 70 après J-C sous les coups de Titus, commandant des forces romaines). Il en résultera la déportation ou l’exil de la plus grande partie de la population juive en terre babylonienne. A partir de 538 av. J-C, après avoir conquis Babylone, le roi Perse Cyrus autorise les juifs à rejoindre leur pays. Une première vague prend le chemin du retour sous la direction de Zorobabel, descendant du prophète David (Paix sur lui), et qui a été pris pour le Messie attendu par certains juifs, en vain, et une seconde vague fait de même sous la conduite d’Ezra, le scribe. Ce retour sera accompagné de la construction du second temple. A partir de 63 av. J-C, les juifs sont sous le règne de l’empire romain et c’est Hérode qui administre Jérusalem jusqu’à sa mort moins de 5 ans avant la naissance de Jésus. (Cf. Réalités d’Israël, 1995) La littérature bibliste éprouve quelques difficultés d’ordre chronologique relativement au fait que l’évangéliste Luc relie la naissance de jésus à un recensement qui a vraisemblablement eu lieu selon les historiens au moins 6 ans après.

Nous comprenons de ce bref rappel historique, que Jésus (Paix sur lui) nait dans un contexte politique et théologique où le peuple juif est sous le joug de Rome, et subit un « silence de Dieu » d’environ 5 siècles. Les derniers prophètes à avoir parlé sont: Aggée, Zacharie et Malachie. Le peuple juif était désemparé et attendait ce Messie qui hésitait à venir et qui devrait être issu de la maison de David (Paix sur lui), pour le libérer, restaurer la dignité d’Israël ainsi que sa souveraineté nationale et pour que la connaissance vraie de Dieu et la paix règnent partout dans le monde. C’est dans cette ambiance que, selon la littérature bibliste, le prophète Zacharie (Zakaryâ du Coran - Paix sur lui) s’occupe des services du temple de Jérusalem comme prêtre de la lignée de Jacob (Ya ‘qûb du Coran - Paix sur lui) et rappelle aux juifs la nécessité du repentir et le devoir de suivre les commandements de la Thora révélée à Moise (Mûsâ du Coran - Paix sur lui). Nous reviendrons sur l’identité de Zacharie de la Bible hébraïque (Ancien testament) qui aurait vécu au VIe siècle (vers 520) av. J-C alors que le Nouveau testament et le Coran parlent d’un Zacharie père du prophète Jean (Yahyâ du Coran-Paix sur lui) et contemporain de Marie (Maryam du Coran - Paix sur elle) et mère de Jésus (‘Îsâ du Coran - Paix sur lui).

Voyons à présent ce qui est à la base de la posture du judaïsme face à Jésus. Pour les théologiens juifs, le phénomène prophétique s’arrête à la mort du dernier des « petits prophètes » et il ne se produit jamais alors que la majeure partie du peuple est hors de la terre d’Israël. Seul était attendu le Messie qui devait remplir un critère obligatoire : être un descendant biologique de David (nous reviendrons sur cet aspect des choses au moment d’aborder le sujet du Messie). Il en découle que pour le judaïsme, la naissance virginale de Jésus, son statut de « Fils de Dieu » et de Messie assumé ou à lui attribué par la foule, et toute sa prédication relèvent de l’imposture. D’autant plus que ce Jésus s’est donné la latitude de changer des prescriptions de l’immuable Thora...

Pour ce qui est des prophéties que les chrétiens interprètent comme étant une annonce de la naissance miraculeuse de Jésus dans la Bible hébraïque (Ancien Testament), par exemple « Voici, la vierge sera enceinte ; elle enfantera un fils et elle lui donnera le nom d'Emmanuel », la littérature judaïque répond qu’il s’agit d’une traduction erronée et qu’une plus fidèle donnerait « la jeune femme sera enceinte » La théologie judaïque occulte complétement les événements que les Evangiles et le Coran associent à la famille de Zacharie (Paix sur lui) et de son fils le prophète Jean ainsi qu’à celle de Marie (Paix sur elle) qui va donner naissance à Jésus. Aucune place n’est laissée, dans la théologie judaïque, à la possibilité d’un Dieu en trois personnes comme le soutient le crédo chrétien « Le Père, le Fils et l’Esprit saint ». Elle est intraitable sur la foi en un Dieu unique, indivisible et considère que c’est commettre un péché capital d’idolâtrie que de remettre en cause ceci que Dieu n’est ni dans le temps ni dans la création et qu’il ne nait pas, ne meurt pas et ne s’incarne pas en une forme physique.

La naissance de Jésus (Paix sur lui) selon les évangiles   
Commençons par dire que Noël est un vrai faux anniversaire de la naissance de Jésus (Paix sur lui). En effet, la date exacte dudit événement pour symbolique et décisif qu’il soit dans la théologie chrétienne n’est pas connue : « Fête solennelle de la naissance de Jésus-Christ, Noël est célébré le 25 décembre dans toutes les Églises chrétiennes depuis le ive siècle. Cette date était alors celle de la fête païenne du solstice d'hiver appelée « Naissance (en latin, Natale) du soleil », car celui-ci semble reprendre vie lorsque les jours s'allongent à nouveau. À Rome, l'Église a adopté cette coutume fort populaire, d'origine orientale, qui venait de s'imposer dans le calendrier civil, en lui donnant un sens nouveau : celui du Natale (origine du mot français Noël) du Sauveur, que la Bible désigne comme le « Soleil de justice » et la « Lumière du monde ». Cette institution allait dans le sens du syncrétisme de Constantin (les fidèles des deux cultes chômaient le même jour) et dans celui du concile de Nicée, qui venait de réaffirmer la divinité du Christ ; aussi l'extension de cette fête fut-elle rapide dans toutes les Églises chrétiennes. La fête de Noël n'est donc pas, à proprement parler, l'anniversaire de la naissance de Jésus, dont on ignore la date, mais la célébration du Seigneur venant dans le monde. Les prières liturgiques et les sermons des évêques de ces siècles insistent sur la signification « mystique » de cette solennité : Dieu se fait homme pour sauver l'humanité et la mener à sa pleine réalisation dans le Royaume des cieux. » (Cf. http://www.universalis.fr/encyclopedie/noel/)

« Dans les deux évangiles qui parlent de l’enfance du Seigneur (saint Mathieu et saint Luc) on ne trouve aucun calendrier précis, seuls quelques maigres indices nous orientent vers septembre ou octobre mais certainement pas décembre. D’ailleurs Noël ne fait pas partie des fêtes mentionnées par les premiers chrétiens et ne figure dans aucune des listes publiées par Tertullien ou saint Irénée de Lyon. (Nous rajoutons que ces deux personnes sont des Pères de l’Eglise qui vivaient au IIe siècle après J-C) C’est au IVe siècle que la date du 25 décembre a été retenue arbitrairement pour la fête de la Nativité du Seigneur, principalement dans le but de la substituer aux célébrations païennes en usage à l'époque, comme la fête de la renaissance du Soleil Invaincu - le solstice d'hiver - ainsi que les saturnales romaines qui avaient toutes deux lieu durant la période du  21 au 25 décembre. Mais les Eglises d’orient et d’occident n’usent plus du même calendrier depuis fort longtemps : il s’est ensuivi que les Eglises rattachées à Rome utilisant le calendrier grégorien et les églises orthodoxes le calendrier julien, il existe un décalage qui fait correspondre notre 25 décembre au 6 janvier. Le jour où nous fêtons normalement l’Epiphanie (encore qu’en France cette fête soit reportée au second dimanche après la Nativité) les orientaux célèbrent Noël. » (https://dioceseauxarmees.fr/billets-du-vicaire-general-archives/583-chretiens-noel.html)

 Pour la théologie chrétienne notamment catholique, nombre de prophéties ont annoncé la naissance de Jésus et son nom était lié à des attributs de divinité. Il n’est pas un des « fils de Dieu » dénomination allégorique connue et employée avant lui par le peuple d’Israël, mais son fils réellement engendré « Le Seigneur lui-même - écrivait-il - vous donnera un signe. Voici, la vierge sera enceinte ; elle enfantera un fils et elle lui donnera le nom d'Emmanuel" ce qui signifie : "Dieu avec nous"! » (Es 7 :14) Nous avons souligné pour rappeler une objection de théologiens juifs disant que la traduction du mot hébreu donne « jeune fille », ce qui laisse comprendre le rejet de la naissance virginale de Jésus. « Je publierai le décret; L'Eternel m'a dit: Tu es mon Fils! Je t'ai engendré aujourd'hui » (Psaumes 2. 7, Ésaïe 9. 5) ; « Car Dieu a tant aimé le monde qu'Il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. Dieu, en effet, n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour qu'Il juge le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. (Jean 3. 16, 17)

Le credo officiel du christianisme donne des indications plus détaillées sur la nature de Jésus (Paix sur lui) à travers le contenu de ce qui a été historiquement et théologiquement consacré sous l’intitulé de symbole de Nicée-Constantinople : « Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, de l'univers visible et invisible.

Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles ; il est Dieu, né de Dieu, lumière, née de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu. Engendré, non pas créé, de même nature que le Père, et par lui tout a été fait. Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel ; par l'Esprit-Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s'est fait homme. Crucifié pour nous sous Ponce Pilate, il souffrit sa passion et fut mis au tombeau. Il ressuscita le troisième jour, conformément aux Écritures, et il monta au ciel ; il est assis à la droite du Père. Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts; et son règne n'aura pas de fin.

Je crois en l'Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ; il procède du Père et du Fils . Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire ; il a parlé par les prophètes.
Je crois en l'Église, une, sainte, catholique et apostolique. Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés. J'attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir. Amen. » (http://www.eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/prier/prieres/369508-credo-symbole-de-nicee/ )

La théologie chrétienne fait de ce qu’il va se passer au niveau de la famille de Zacharie et de Marie des événements déterminants puisque, tout en reprochant aux juifs de l’époque d’avoir assassiné le premier ainsi que son fils Jean, elle y articule sa conception de la nature et du statut de Jésus. Sur les quatre évangiles canonisés, seuls deux, ceux de Luc et de Matthieu parlent de la naissance de Jésus (Nativité) et en des termes différents : « Au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth,  auprès d’une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Le nom de la vierge était Marie.  L’ange entra chez elle, et dit : Je te salue, toi à qui une grâce a été faite ; le Seigneur est avec toi. Troublée par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait signifier une telle salutation.  L’ange lui dit : Ne crains point, Marie ; car tu as trouvé grâce devant Dieu.  Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus.  Il sera grand et sera appelé Fils du Très Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père.  Il règnera sur la maison de Jacob Éternellement, et son règne n’aura point de fin.  Marie dit à l’ange : Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ?  L’ange lui répondit : Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu » (Luc 1. 27-35) ;

« Voici de quelle manière arriva la naissance de Jésus-Christ. Marie, sa mère, ayant été fiancée à Joseph, se trouva enceinte, par la vertu du Saint-Esprit, avant qu’ils eussent habité ensemble. Joseph, son époux, qui était un homme de bien et qui ne voulait pas la diffamer, se proposa de rompre secrètement avec elle.  Comme il y pensait, voici, un ange du Seigneur lui apparut en songe, et dit : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l’enfant qu’elle a conçu vient du Saint-Esprit ;  elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus ; c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.  Tout cela arriva afin que s’accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète : Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d’Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous.  Joseph s’étant réveillé fit ce que l’ange du Seigneur lui avait ordonné, et il prit sa femme avec lui.  Mais il ne la connut point jusqu’à ce qu’elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus. » (Matthieu 1, 18-25)
Sans chercher à trop creuser aux fins d’une compréhension satisfaisante de ces deux seuls  récits où les évangiles parlent du contexte théologique et conjugal de la naissance de Jésus (Paix sur lui), il est quand même utile de faire quelques observations qui constituent des difficultés pour la théologie chrétienne notamment catholique. En effet, le lecteur se rend compte que dans le texte de Luc, c’est Marie qui reçoit l’ange, l’annonce de la naissance du futur Jésus, et qui est dépositaire de la responsabilité de donner le nom de Jésus au futur enfant. Dans le texte de Matthieu, c’est l’exact contraire qui se passe. Luc mentionne que le futur Jésus sera de la lignée de David (Paix sur lui). Pour une personne qui devait naitre miraculeusement sans père biologique, il n’est pas évident de comprendre cette filiation par le père jusqu’au prophète David (Paix sur lui). Dans le texte de Matthieu, il est difficile de savoir quand Joseph est fiancé et quand il est époux. Enfin, pour les rédacteurs des évangiles dits inspirés par l’Esprit Saint, la difficulté est de constater qu’il existe des différences significatives entres les deux récits évangéliques de la naissance de Jésus (Paix sur lui). On verra par la suite que la version de Luc est plus proche de celle du Coran si on ne tient pas compte de tout ce qui se rapporte à Joseph.  (A suivre)
 
Ahmadou M. Kanté, Imam, écrivain et conférencier
amakante@gmail.com
 
 
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