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Les piliers de la diplomatie économique

Jeudi 16 Février 2017

Par Mamadou Sy Albert
 
Les Sénégalais ont une image flatteuse de leur pays, d’eux-mêmes et de la place qu’ils occupent dans l’échiquier politique sous régional, africain et mondial. La personnalité du premier Président-poète, son aura, sa dimension intellectuelle, la posture de l’élite dans les instances internationales onusiennes ont participé à ce façonnement de la conscience collective sénégalaise.
 
L’ancrage de la culture sénégalaise dans l’acceptation intelligente de la différence et des mécanismes de gestion des conflits inter personnels et de groupes ethniques et religieux ont aussi pesé dans la fabrique de ce reflet de l’image positive que les Sénégalais se font d’eux-mêmes. Nos gouvernants se succèdent et distillent un discours identique.
 
Tous croient que notre diplomatie héritée du contexte de l’Afrique accédant à l’indépendance est éternellement là, toujours vivante, influente. Elle serait la meilleure dans le concert des continents. Cet héritage imaginaire relève d’un fantasme inter générationnel.
 
Un regard objectif sur nous-mêmes, tels que nous sommes, sur l’état de nos relations diplomatiques et économiques avec nos voisins, avec les pays africains et le monde, traduirait un grand décalage entre les prétentions exagérées par le nombrilisme et le narcissisme des uns et des autres et la réalité d’un recul notoire de l’image diplomatique du pays et de ses citoyens, d’une part, et de son économie, d’autre part.
 
Les pays africains ont  démystifié depuis fort longtemps ce passé glorieux. Notre diplomatie est une diplomatie du verbe, de la belle et mielleuse parole sans lendemain, de l’alignement inconditionnel sur la diplomatie occidentale. Quant au Sénégalais, son image n’est guère plus reluisante que la diplomatie de son pays. Il est l’incarnation d’un discours, feu de paille, qui ne convainc plus personne. Il passerait de nos jours dans de nombreuses capitales africaines  pour un escroc de rang exceptionnel et un paresseux exemplaire au bureau et dans la vie quotidienne. Notre diplomatie a renforcé malheureusement cette image négative du Sénégalais et de son homme politique. Elle  est loin de disparaître.
 
La diplomatie sénégalaise a été tout récemment clouée au sol en territoire gambien. Cet échec diplomatique ressenti douloureusement à l’échelle continentale a été occultée volontairement, ou non, par le départ forcé du Président sortant et l’installation du Président élu. Le Sénégal se glorifie d’avoir été parmi  les acteurs étatiques de  l’issue heureuse de cette crise. Il  peine à percevoir entre les lignes la portée politique et économique du succès de la diplomatie de la Guinée et de la Mauritanie.
 
L’image que l’histoire retiendra de la participation sénégalaise à cette épreuve des nerfs n’est guère positive. L’image d’un pays traître ! D’un pays qui a privilégié l’usage de la force, l’occupation d’un territoire par des forces militaires étrangères ! L’engagement en faveur d’un  parti-pris entre deux protagonistes est la plus probable en raison d’un complexe de supériorité inavouable.
 
Ce ressentiment moral et psychologique de franges significatives de la population gambienne pourrait nuire à long terme à l’image d’un pays voisin  et sa diplomatie économique. Par contre, il ne fait l’ombre de doute que les Guinéens et les Mauritaniens récolteront les effets de leur intelligence diplomatique et d’un non alignement derrière l’usage de la force extérieure. Un autre échec, symbole du recul de notre diplomatie économique et politique, est livré à l’opinion publique nationale par la désignation du Président de la Commission de l’Union Africaine. Cet échec obéit pratiquement au même processus de l’isolement du Sénégal solitaire  à l’occasion de la crise en Gambie. La candidature du Sénégal n’a pas été consensuelle.
 
D’autres exemples existent. Notre intention avortée de soutenir la Coalition internationale en guerre en Syrie, les incompréhensions avec l’Etat d’Israël, l’absence d’autonomie de notre diplomatie à l’égard de la diplomatie française et de l’Union africaine témoignent de ce flottement inquiétant et du recul de notre diplomatie: politique, culturelle et économique.
 
Le Sénégal a contribué à la conception du Nepad et à l’élaboration des grands projets continentaux au cours de ces dernières. Nombre de ces projets sont captés par des multinationales et des entreprises de  pays réellement émergents. L’entreprise sénégalaise est absente de l’exécution de ces marchés. Il en sera de même en Gambie et ailleurs. Notre présence au Conseil de Sécurité de l’Onu risque elle aussi de nuire à l’image du pays. Nous nous éloignons progressivement du non alignement, de la culture de la  paix, du dialogue politique et du développement de l’Afrique au profit d’un discours de la force et de l’usage des moyens militaires dans les conflits du monde.
 
Pouvons-nous  ignorer ou faire semble d’ignorer que le Sénégal est faible sur ce terrain glissant des guerres et des effets d’un engagement derrière le camp des metteurs en scène des conflits militaires de la planète ? Le front militaire nous rapportera trop peu. L’économie sénégalaise a plutôt besoin d’une diplomatie réorientée vers le développement de l’entreprise sénégalaise, africaine, de la formation des ressources humaines dans les technologies de l’information et de la communication, dans la culture et l’éducation, la recherche scientifique.
 
Notre émergence ne dépendra point des subsides financiers des guerres et des conflits. Elle dépendra de notre capacité à faire du Sénégalais et de l’entrepreneur sénégalais un homme formé et compétent au cœur de l’économie africaine et de la gouvernance mondialisée de la paix. Notre diplomatie devrait associer les acteurs économiques, culturels, intellectuels, si nous voulons réellement la hisser à la hauteur des enjeux de l’heure de la  diplomatie économique et de l’influence décisionnelle sur la marche du monde.
 
 
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