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Le Fatah organise à Ramallah l'après-Mahmoud Abbas

Mardi 29 Novembre 2016

RAMALLAH, Cisjordanie (Reuters) - Réuni en congrès pour la première fois en sept ans à partir de mardi à Ramallah, le Fatah s'apprête remanier son comité central en profondeur et à prendre une nouvelle direction alors que le processus de paix est au point mort.
 
Si Mahmoud Abbas, 81 ans, a été réélu à la tête du mouvement et à celle de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), ce congrès, organisé avec deux ans de retard sur le calendrier initial, devrait déboucher sur la désignation d'un numéro 2, un premier pas vers l'organisation de sa succession.
 
Cette désignation serait le premier bouleversement majeur pour le parti depuis la mort de son fondateur, Yasser Arafat, et elle présagerait d'une modification de l'approche palestinienne du processus de paix, dans l'impasse depuis des années.

"En avant Abou Mazen, nous serons avec toi jusqu'à la libération", ont scandé à l'ouverture du congrès les délégués réunis à la Mouqata'a, le bâtiment présidentiel de Ramallah, utilisant le nom de guerre de Mahmoud Abbas.
 
S'avançant au milieu de la foule, Mahmoud Abbas s'est dirigé vers le fauteuil présidentiel pour écouter un imam réciter quelques versets du coran.

"Aujourd'hui, dans ces heures historiques, vous vivez l'écriture de l'histoire moderne", a ensuite déclaré Mahmoud Abbas, louant les fondateurs du mouvement et "les martyrs qui sont morts sur le chemin de la liberté".
 
RÉORGANISATION
Première force politique en Cisjordanie, le Fatah est concurrencé par le Hamas qui contrôle la bande de Gaza depuis les élections législatives de 2006. Aucun scrutin n'a été organisé depuis.
"C'est un congrès très important, crucial pour le Fatah qui doit se réorganiser et réaffirmer la légitimité de son encadrement", souligne Djibril Radjoub, ancien chef de la sécurité et membre du comité central du mouvement.

"La phase suivante devra être celle de la réorganisation de l'ensemble du système politique", a-t-il dit à Reuters.
 
Au cours de la préparation du congrès, qui devrait durer cinq jours, beaucoup d'observateurs ont évoqué la menace potentielle que Mohammed Dahlan, ancien cacique du Fatah désormais exilé aux Emirats arabes unis, pourrait faire peser sur l'autorité de Mahmoud Abbas.
 
Agé de 55 ans, Mohammed Dahlan se présente comme celui qui serait capable de bouleverser l'ordre ancien tout en faisant le pont avec les islamistes du Hamas. A ceci près que Mohammed Dahlan a été exclu du Fatah et que Mahmoud Abbas a réduit de près de moitié le nombre de délégués invités au congrès, limitant ainsi les chances de son adversaire de faire vaciller son autorité.

"Qui est Dahlan ? Dahlan n'existe pas, il n'est personne", estime Djibril Radjoub. "Il a été évincé du mouvement. Ce n'est pas une solution."
 
De l'avis de nombreux responsables palestiniens et dirigeants du Fatah, le congrès devrait plutôt renforcer l'autorité de Mahmoud Abbas tout en faisant entrer cinq ou six nouvelles têtes au sein du comité central qui compte une vingtaine de membres.

"J'espère voir un amalgame entre ceux qui sont déjà dans les sphères dirigeantes et la nouvelle génération", explique Nasser al Koudoua, neveu de Yasser Arafat, membre du comité central et ambassadeur palestinien à l'Onu pendant 14 ans.
 
QUATRE NOMS
La décision la plus importante interviendra dans les jours suivant le congrès, lorsque le nouveau comité central se réunira pour désigner l'adjoint de Mahmoud Abbas.

Quatre noms reviennent avec insistance, ceux de Nasser al Koudoua, Djibril Radjoub, Taoufik Tiraoui, ancien chef des renseignements, et Mahmoud al Aloul, ancien gouverneur de Naplouse.
 
Il est probable que les instances de l'OLP, dont le Fatah est la principale composante, se réuniront dans la foulée pour élire un nouveau comité exécutif, un organe lui aussi placé sous l'autorité de Mahmoud Abbas.

L'OLP pourrait alors désigner à sa vice-présidence celui que le Fatah aura nommé pour seconder Mahmoud Abbas, confirmant son statut d'héritier.

La désignation d'un successeur présomptif pourrait permettre d'enclencher un mouvement capable à la fois d'aplanir les divergences entre mouvements palestiniens et de convaincre la communauté internationale de se remettre à l'ouvrage.
 
Donald Trump, qui doit entrer à la Maison blanche en janvier, a dit la semaine dernière vouloir régler la question israélo-palestinienne et s'est dit convaincu que son gendre, Jared Kushner, pourrait endosser un rôle de négociateur.

Reste à savoir si les Palestiniens accepteront que Jared Kushner, un juif orthodoxe connu pour sa piété, se pose en intermédiaire.

Il partage toutefois un point commun avec l'un des héritiers potentiels de Mahmoud Abbas, Nasser al Koudoua: il a longtemps vécu à New York où il garde un pied-à-terre.
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