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La Chine doit "mettre en pratique" sa défense du libre-échange (Pascal Lamy)

Vendredi 2 Décembre 2016

Pékin (awp/afp) - Face aux Etats-Unis, l'Union européenne et la Chine s'engagent à promouvoir l'ouverture des échanges commerciaux, mais il est temps que Pékin "mette en pratique son discours", a estimé vendredi l'ex-directeur de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) Pascal Lamy.

Après l'élection de Donald Trump, l'UE et la Chine "deviennent les principaux acteurs internationaux défendant l'ouverture des échanges commerciaux", a commenté M. Lamy, lors d'une conférence à l'Université du Peuple dans la capitale chinoise.

"Mais il faudrait que les mots soient suivis, davantage qu'auparavant, par des réformes d'ouverture des échanges: Pékin en parle beaucoup, il est temps de passer à l'action. Maintenant", a-t-il insisté, dans ce discours en anglais à l'Institut d'études financières Chongyang.

Pascal Lamy, alors commissaire européen au Commerce, avait présidé aux négociations ayant permis l'entrée de la Chine dans l'OMC en 2001. M. Lamy avait lui-même pris la tête en 2005 de l'OMC.
La Chine avait intégré l'organisation sans le statut d'économie de marché, avec toutefois l'assurance de l'obtenir 15 ans plus tard.

Mais à l'approche de la date-butoir du 11 décembre prochain, les Etats-Unis se montrent réticents, et la Commission européenne doit se prononcer sur la question. Or, Bruxelles planche déjà sur une nouvelle réglementation antidumping lui permettant de continuer à combattre les exportations chinoises à prix cassés.

"Le terme de +non-économie de marché+ est une notion politiquement correcte imaginée naguère par des diplomates polis pour ne pas appeler +communistes+ les pays communistes, ce qui semblait peu gentil. D'où ce système parallèle, une case dont doivent s'extraire les Etats concernés", a commenté M. Lamy.

Pour sa part, "l'Europe est un gros cargo qui dévie difficilement de sa route. Je n'attend pas de protectionnisme vraiment sérieux de son côté", a-t-il rassuré, malgré l'"ajustement" de ses règles antidumping.

Le traité de libre-échange entre UE et les Etats-Unis (TTIP) a, lui, "été plongé dans la glace, mais il sera probablement décongelé à l'avenir, car les économies d'échelle seraient évidemment énormes si l'on coordonnait mieux les standards (de protection des consommateurs)", a martelé l'ancien chef de l'OMC.

De même, il a relativisé le tonitruant discours protectionniste du président élu américain: l'échec annoncé du TPP (traité de libre-échange transpacifique) dont Donald Trump veut retirer les Etats-Unis ne bouleverserait pas le commerce mondial, car "son contenu en terme d'ouverture des échanges (existants) était relativement limité".

A l'inverse, cela pourrait laisser le champ libre à l'impulsion de pactes commerciaux alternatifs en Asie-Pacifique, aiguillonnés par Pékin.

"Que l'ouverture des échanges s'accomplisse de façon bilatérale, multilatérale, régionale, peu importe, tant que cela réduit les barrières commerciales", a conclu Pascal Lamy. "Comme le dit l'adage chinois, +peu importe la couleur du chat, s'il attrape les souris+."

 
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