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LA DEMOCRATIE ETRANGLEE : l’enfermement mortifère du refus de la critique

Mardi 20 Septembre 2016

Par Dr Maurice Soudieck Dione (1)
 
La démocratie repose sur l’éthique de discussion et de délibération ; la confrontation discursive des postures, positions et prises de position dans l’espace public, d’acteurs divers, présumés rationnels, raisonnables et responsables, pour dégager les compromis dynamiques et synthèses symbiotiques, utiles à l’élaboration et l’effectuation des projets de société.
 
Le régime du Président Macky Sall semble être structuré autour d’un monolithisme totalisant : une coalition hégémonique gigantesque, Benno Bokk Yaakaar, regroupant la majeure partie des forces politiques, tout au moins à ses débuts ; la neutralisation des figures de proue de la société civile et de beaucoup de journalistes de renom, en leur octroyant des positions de pouvoir et autres rétributions matérielles et symboliques ; une caporalisation des médias publics et une collusion avec la plupart des médias privés ; la répression et l’oppression de l’opposition dont les droits et libertés constitutionnels comme le droit de manifester, sont régulièrement bafoués ; en plus de la politisation et discrimination outrancières relatives à la traque des biens mal acquis.
 
Dans ses desseins autoritaires, le régime semble réfractaire à la critique, pourtant  cruciale et vitale en démocratie, car elle féconde et fertilise, éclaire et guide l’action politique et publique. Critiquer c’est certes dégager les limites du gouvernement, mais aussi éventuellement, relever de manière tacite ses mérites. Car toute critique est critique de quelque chose ; cela peut donc être une forme de reconnaissance implicite de la valeur de l’autre. Il faut donc dédramatiser les critiques.

Dans le camp présidentiel, il y a beaucoup de faucons qui montent au créneau, l’ignorance et l’arrogance en bandoulière, les excès verbaux à la bouche, pour porter la communication politique ; le chef peut alors subir insidieusement leurs pressions.
 
Le Président devrait se méfier des courtisans qui ne lui disent que ce qui lui plaît pour conserver leurs privilèges, et des extrémistes va-t-en-guerre qui lui trouvent partout des ennemis à abattre ! Le meilleur service qu’on puisse lui rendre c’est de critiquer son action, car le pouvoir est par nature grisant et enivrant ; tout homme qui a du pouvoir a tendance à en abuser. Le meilleur service qu’on puisse rendre au Sénégal, c’est également de critiquer le gouvernement, les politiques publiques, les dits, faits et comportements de ceux qui président aux destinées de la République, pour éviter l’imposition d’un consensus mou de la pensée unique !  

De plus, le bouillonnement des contradictions intellectuelles et idéelles est de nature à  provoquer un effet de catharsis, pour tenir en échec tout à la fois la violence générée par la manipulation dévoyée des appareils répressifs d’Etat, et celle secrétée à partir des frustrations libertaires, de l’arbitraire et des abus de pouvoir subis par l’opposition.
 
Dès lors, il faut une rupture paradigmatique dans la communication gouvernementale et politique, qui doit être plus cohérente et efficace, proactive et offensive plutôt que réactive et défensive ; elle doit se démarquer de cette agressivité belliqueuse et belliciste, consistant à clouer au pilori, à intimider et radier, ou à répandre des incongruités sur tous ceux qui dénoncent la gouvernance actuelle − d’autant plus qu’elle est annoncée sobre et vertueuse − et qui exigent donc des éclaircissements légitimes et légaux sur la conduite des affaires publiques.
 
Toutes ces critiques devraient être positivées, pour en faire des occasions magnifiques de soutenir et élever le débat par la force de l’argument et non l’argument de la force ; d’exalter et réaliser concrètement et quotidiennement la transparence et la reddition des comptes, tout en promouvant la démocratie participative ; enfin, de travailler à relever encore plus la maturité politique et démocratique des citoyens. C’est sur ce terrain constructif qu’on attend le régime du Président Sall, et non sur celui de l’intimidation, de la répression, de la violation et de la négation des droits et libertés de l’opposition et des opposants. Car l’opposition est un rouage essentiel dans le fonctionnement d’une démocratie.
 
Il y a belle lurette que la fin de l’exercice solitaire et autoritaire du pouvoir est décrétée par des citoyens éclairés, munis de leurs cartes d’électeurs ; si prompts à sanctionner les dérives oppressives et corruptives de régimes éphémères, afin de préserver et perpétuer le patrimoine immatériel précieux des acquis démocratiques, fruits de luttes et de sacrifices de plusieurs générations !
(1). Docteur en Science politique
Enseignant-chercheur à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis

 
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