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"Je ne m'énerve pas, je dis les choses !" : à son procès, Rachida Dati sort de ses gonds face aux avocats des parties civiles

Jeudi 24 Septembre 2026

Rachida Dati
Rachida Dati

Jeudi matin, donc, Philippe Goossens, l'un des deux avocats de Renault SAS, attaque le premier. Il asticote d'abord Rachida Dati sur l'absence de traces écrites de son travail d'avocate pour Carlos Ghosn, l'ancien patron tout-puissant de Renault, jugé en son absence. Montée sur ressorts, elle bondit lorsque Philippe Goossens ironise sur son "côté avocat", qui serait ressorti lors de l'audience. "Non, ce n'est pas mon côté avocat !", s'écrie l'ex-eurodéputée. La présidente du tribunal tente d'apaiser les débats : "Maître, poursuivez."

 

"Je sais ce que vous pensez"

 

Philippe Goossens aborde les missions de Rachida Dati à l'étranger, menées dans le cadre de sa convention avec Renault-Nissan VB. L'ancienne ministre est intervenue en Turquie alors que la France était menacée de boycott, en plein débat sur la proposition de loi pénalisant la négation du génocide arménien. Carlos Ghosn "craignait" que sa production automobile soit "sanctionnée", expose la prévenue. "Comment on explique à quelqu'un que Renault n'est pas la France ?", tique l'avocat. "On présente l'alliance avec Nissan, on explique que Renault n'est pas soumis aux instructions du gouvernement français…", répond Rachida Dati sans cacher son agacement face à cette question.

 

La tension monte, puis elle s'emporte. "Je sais ce que vous voyez : on discute, on boit du thé, on est entre Arabes… Je sais ce que vous pensez !", lâche-t-elle, suscitant des indignations dans la salle. "Madame Dati…", s'oppose l'avocat. " Non, je ne m'énerve pas, je dis les choses ! Hier encore, on a dit : 'Est-ce qu'elle est vraiment avocate ?', 'Qu'est-ce qu'elle a fait comme travail ?'"

 

 

"Oui je sais lire et écrire, je suis avocate et je suis Française !" (Rachida Dati, tribunal correctionnel de Paris)

 

La présidente du tribunal l'invite au calme : "Pas question d'être sur un débat qui soit essentialisant, nous sommes saisis d'une ordonnance de renvoi devant le tribunal."

 

"Je ne suis pas la fée Clochette !"

 

Au tour du second avocat de Renault d'entrer en scène. Kami Haeri, lui, se concentre sur l'Iran : "A combien chiffrez-vous l'enjeu de votre intervention ?" "Ecoutez on va pas faire l'Euromillions !", s'impatiente Rachida Dati. "N'essayez pas de réinterpréter à chaque fois ce qu'on dit ! Je ne serais pas allée en Iran s'il n'y avait pas un enjeu important pour l'alliance" Renault-Nissan. "Monsieur Haeri, je ne suis pas la fée Clochette !", lâche peu après la prévenue, chauffée à blanc. "Vous dites avoir eu au téléphone des Gardiens de la révolution. Est-ce que vous pouvez nous dire comment ?", poursuit l'avocat. Rachida Dati assure être passée par l'ambassadeur d'Iran à Paris. "Alors il n'atteste pas de ces contacts, je tiens à le dire", rétorque Kami Haeri.

 

Au milieu de ce jeu de ping-pong, Rachida Dati tacle : "Vous aimez vous écouter parler." "Est-ce que vous estimez que votre mission [en Iran] était un succès, madame Dati ?", reprend Kami Haeri. "J'estime que c'était un travail collectif, je n'ai pas sauvé l'alliance Renault-Nissan ! Et en Iran, ils n'ont pas été ennuyés, ne sont pas partis et sont devenus, après, leaders", souligne Rachida Dati. Les esprits s'échauffent à nouveau, le ton monte. Des "échanges trop stériles" aux yeux de la présidente du tribunal. "Nous suspendons [les débats], cela permettra à tout le monde de retrouver sa sérénité, c'est le vœu le plus cher du tribunal", insiste la magistrate.

 

L'audience reprend quelques minutes plus tard, mais la tension ne retombe pas pour longtemps. L'avocat de Renault revient sur la mission de Rachida Dati au Maroc, pour l'usine à Tanger : "Il me semble qu'un accord de financement avait été conclu avant votre arrivée dans le dossier…" "Un ton si doucereux, comme si c'était la vérité judiciaire…", réplique l'ex-eurodéputée.

 

Puis la prévenue s'énerve à nouveau. "Quand vous êtes arrivé dans ce dossier, j'ai révélé tous les tweets que vous avez postés sur ma fille, sur moi, sur la paternité…", attaque-t-elle. "Je ne suis pas le maître des marionnettes de ce dossier : vous pouvez essayer de personnaliser le débat, mais il n'y a aucune animosité personnelle [entre nous], nous ne sommes que des personnes de robe", répond Kami Haeri. Rachida Dati n'en démord pas : "Il y a toute une série de tweets très sexistes et très racistes sur ma fille, je peux les produire."

 

"Vous n'avez pas honte ?"

 

L'ambiance reste électrique quand les avocats des trois associations anti-corruption parties civiles dans ce procès sont invités à leur tour à prendre la parole. Il est question d'une lettre de Corinne Lepage qui, comme la prévenue, est avocate et ancienne eurodéputée. Elle répond dans son courrier à des propos tenus par Rachida Dati à l'audience, qui a fait à plusieurs reprises le parallèle avec sa propre situation. Corinne Lepage énumère dans cette lettre plusieurs précautions prises pour éviter d'être en situation de conflit d'intérêts au Parlement européen. "Elle est restée dans son cabinet du droit de l'environnement, ça je veux qu'on l'entende. Mais elle a le bon pedigree, donc elle, on la croit", objecte Rachida Dati, qui maintient avoir "pris les mêmes dispositions".

 

C'est ensuite l'avocate de Transparency International France qui attaque la prévenue sur son parcours professionnel. Clémence Witt cite le livre de la journaliste Marie-Dominique Lelièvre, Rachida Dati en solitaire, publié mercredi. "Il y a eu plus d'une centaine de livres à charge", balaie l'intéressée. Puis elle hausse le ton : "Mon parcours est issu de pièces probantes, pas d'un ramassis de ragots. Trop c'est trop : vous prenez un torchon pour mettre en cause ce que j'ai vécu !"

 

Clémence Witt poursuit en revenant sur la polémique qui avait surgi au moment de la nomination de Rachida Dati au poste de garde des Sceaux, en 2007. La presse avait alors révélé qu'elle aurait été reçue à l'Ecole de la magistrature en enjolivant son CV.

 

 "Vous n'avez pas honte ? Je ne suis pas poursuivie pour faux diplôme, je répondrai devant la justice !", s'indigne Rachida Dati à la barre.

 

"Je suis une femme libre et je fais ce que je veux !"

 

La défense, qui s'indigne des questions posées, interpelle l'avocate de Transparency International France d'un "mademoiselle" qui provoque un émoi dans la salle, ainsi qu'une intervention de la présidente du tribunal. 

 

Dans cette ambiance tendue et confuse, cette dernière parvient tant bien que mal à apaiser les esprits. Clémence Witt reprend son interrogatoire. Cette fois, Rachida Dati articule de manière presque mécanique : "J'ai déjà répondu", répète-t-elle, jusqu'à la suspension d'audience de la mi-journée. [franceinfo]

 
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