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INFRASTRUCTURES ET AMENAGEMENT URBAINS

Jeudi 7 Juillet 2016

La Banque mondiale suggère à l’Etat du Sénégal de mettre l’accent sur l’émergence de pôles de développement productifs et viables à partir des capitales régionales. Ce qui passe par la construction de réseaux d’infrastructures et de services adéquats reliés à une politique d’aménagement urbain plus rigoureux que l’existant qui favorise l’exode rural vers la capitale.
 
Le défi de l’émergence des villes secondaires pour soulager Dakar
 
La visite très médiatisée de l’épouse du chef de l’Etat dans des quartiers mal famés de la banlieue dakaroise a été très commentée sur les réseaux sociaux. Elle consistait pour l’essentiel à inaugurer des «services d’assainissement» décents pour des couches populaires défavorisées de Pikine et Guédiawaye. Certains ont fustigé une «opération politicienne» visant à obtenir un futur soutien électoral. D’autres ont salué un «geste humanitaire concret et utile» au profit de populations pauvres.

Presque six décennies après l’indépendance, la réalité est que la plupart de nos compatriotes restent confrontés à un manque qui touche à leur bien-être immédiat, au quotidien. Selon une étude réalisée par la Banque mondiale sur le Sénégal, «seuls 36,7% des foyers en milieu urbain disposent d’équipements sanitaires de base» comme les latrines et les fosses sceptiques. «Outre Dakar, seuls six centres urbains bénéficient d’un accès partiel à un système d’égout.» Ce sont Rufisque, Louga, Saint-Louis, Kaolack, Thiès et le duo Sally-Mbour.
 
TERRITOIRE A AMENAGER
Conduite par Salim Rouhana et Dina Nirina Ranarifidy, deux spécialistes en développement urbain, l’étude constate le «déficit infrastructurel chronique et (la) carence de services publics» dont «souffrent les villes sénégalaises dans leur ensemble.» Elle note également que «68% des ménages sont raccordés au réseau d’alimentation en eau, tandis que les 32% restants dépendent de bornes-fontaines» dans les villes secondaires.

«L’inadéquation de la réglementation en matière de gestion et d’aménagement du territoire entraîne des distorsions sur les marchés foncier et immobilier, et conduit au développement d’implantations sauvages à la périphérie des villes, dans des zones sujettes aux inondations.»
Ces signes de pauvreté sont aggravés par le caractère «problématique» de la gestion des ordures ménagères, dans l’enlèvement et le traitement des déchets, lit-on dans le document parvenu à notre rédaction. Un phénomène dont l’intensité est renforcée par «une capacité limitée de planification de l’aménagement urbain». En effet, s’il est vrai que «moins de 20% des villes et des municipalités possèdent un plan d’urbanisme», il est aussi vrai que «la plupart de ces plans sont obsolètes ou ne sont pas appliqués». C’est que les collectivités locales dont l’acte 3 de la décentralisation a pourtant relevé les responsabilités ne disposent pas encore de «capacités de gestion urbaine suffisantes».

Pour Rouhana et Ranarifidy, la faiblesse des «réseaux d’infrastructures et de services adéquats» dans les villes secondaires est l’une des causes de l’exode rural vers Dakar. Cette tendance dégrade «les conditions de vie des populations pauvres» et malmène les capacités techniques et financières» des municipalités et de l’Etat central.
 
Dakar, le «monstre»
L’exode rural, c’est donc Dakar et, dans une mesure moindre, certaines capitales régionales, qui sont contraintes de le supporter. Selon la Banque mondiale, le taux d’urbanisation du Sénégal est de 50% aujourd’hui, supérieur à la moyenne africaine située autour de 40%. Elle n’était que 23% au cours des années 60, mais elle est projetée «à 60% vers l’horizon 2030.»
De fait, «ce sont les centres urbains (…) qui tirent la croissance» avec 65% du Pib national sur lesquels Dakar pèse pour 55%. Ce qui paraît normal car la région-capitale «abrite 50% de la population urbaine sénégalaise, concentre plus de 52% des emplois créés dans le pays et regroupe plus de 80% des sociétés immatriculées au registre du commerce», en plus du fait qu’elle accueille «62% des créations d’entreprises.»

Dans la perspective d’accompagner le Plan Sénégal émergent (Pse), les deux chercheurs suggèrent aux autorités sénégalaises de renforcer les besoins de financement à deux niveaux. D’une part, en transformant les capitales régionales «en pôles de développement plus productifs et plus viables, afin de soulager l’agglomération urbaine de Dakar.» Et d’autre part, «en investissant dans l’agglomération urbaine de Dakar afin de répondre au manque d’équipements infrastructurels non financés ces vingt dernières années.»
 

Lieux d’aisance : les chiffres du Recensement 2013
Le Recensement général de la population, de l’habitat, de l’agriculture et de la population (RGHPAE 2013) a abordé la question des types d’aisance utilisés par les populations. Ce sont : «la chasse (avec fosse, surtout), les latrines (non couvertes, en particulier) et, dans une moindre mesure, la nature.  

Ainsi, il ressort de l’enquête nationale que «48% des ménages utilisent des toilettes équipées d’une chasse dont 32,4 sont raccordées à une fosse. 38,1% des ménages utilisent des latrines dont près de la moitié est constituée par la catégorie non couverte. La défécation dans la nature concerne 11,2% des ménages.»

Selon le Rghpae, «les toilettes munies d’une chasse (44,22% avec fosse et près de 27% raccordée à l’égout) constituent le principal type d’aisance en milieu urbain, tandis qu’en milieu rural, les latrines majoritairement non couvertes sont plus fréquentes. La défécation dans la nature y est très fréquente. Au contraire, rares sont les ménages urbains qui la pratiquent.»
Si elle est «assez rare à Dakar (moins de 1% des ménages) et à Ziguinchor (moins de 5%)», la défécation à l’air libre est très pratiquée à Kédougou (plus de 40% des ménages), Kaffrine (29,4%), Matam (28%), Fatick (27,8%) et Louga (25,1%).
 

(Moussa Touré)
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