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Guerre au Yémen - L'Arabie saoudite en négociations de paix avec les rebelles houthis

Lundi 10 Avril 2023

Une délégation saoudienne s’est rendue dimanche dans la capitale du Yémen pour négocier une nouvelle trêve avec les rebelles houthis soutenus par l’Iran, qui contrôlent la ville, alors que l’Arabie saoudite cherche un moyen de sortir de la guerre.
 
L’ambassadeur d’Arabie saoudite au Yémen, Mohammed al-Jaber, a été reçu par le chef politique des rebelles, Mehdi Machat, selon les médias des houthis, l’agence de presse Saba et la chaîne de télévision Al-Massira. Ces dernières ont diffusé des images montrant les deux hommes se serrant la main.
 
Les négociateurs saoudiens sont venus « discuter des moyens d’avancer vers l’instauration de la paix », ont indiqué à l’AFP deux diplomates yéménites travaillant dans le Golfe et ayant requis l’anonymat.
 
Contactées par l’AFP, les autorités saoudiennes n’ont pas souhaité commenter ces informations.
 
Comme des pans entiers du territoire du Yémen, Sanaa est sous le contrôle des houthis, mouvement proche de l’Iran, depuis plus de huit ans. La coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite voisine depuis 2015 pour appuyer les forces progouvernementales n’a pas réussi à déloger les insurgés.  
 
Des responsables saoudiens se sont déjà rendus à Sanaa par le passé, des visites cependant rares et souvent limitées. Mais alors que l’Arabie saoudite sunnite tente depuis plusieurs mois de se sortir de ce bourbier, le récent rapprochement avec son grand rival régional, l’Iran chiite, a alimenté l’espoir d’un apaisement au Moyen-Orient, en particulier au Yémen.  
 
Le pays le plus pauvre de la péninsule arabique subit l’une des pires crises humanitaires au monde. La guerre qui dure depuis huit ans a fait des centaines de milliers de morts et des millions de déplacés, avec des défis colossaux comme les épidémies, la faim aiguë et un effondrement économique, sur fond de baisse de l’aide internationale.  
 
« Priorité »
 
« Faire des progrès au Yémen a toujours été une priorité pour les Saoudiens mais, sans les Iraniens, les choses n’iraient pas aussi vite que ce que nous voyons aujourd’hui », a déclaré à l’AFP l’analyste saoudien Hesham Alghannam.
 
« Par le passé, les discussions avec (les houthis) n’ont pas été très fructueuses, c’est le moins que l’on puisse dire », a fait remarquer l’universitaire basé à Riyad.
 
Arrivés samedi, des médiateurs omanais sont également à Sanaa pour permettre la signature d’un accord sur une trêve durable.  
 
Une trêve a été conclue il y a un an au Yémen et a été depuis largement respectée, mais n’a pas été officiellement renouvelée à son expiration en octobre dernier.  
 
Une nouvelle trêve en discussion comprend des exigences longtemps imposées par les rebelles, ont indiqué des sources gouvernementales yéménites à l’AFP.
 
Il s’agit d’abord de la levée du blocus aérien et maritime que maintient l’armée saoudienne sur le pays, empêchant les aéroports et les ports sous contrôle rebelle d’opérer sans l’aval de Riyad.  
 
Autre exigence : le paiement par le gouvernement, qui détient l’essentiel des richesses énergétiques, des salaires de tous les fonctionnaires, y compris ceux travaillant dans les régions tenues par les houthis.
 
« Fatigués »
 
Malgré les craintes qu’un accord entre Saoudiens et rebelles ne signifie pas forcément la fin de la guerre civile au Yémen, beaucoup, dans les rues de Sanaa, veulent garder l’espoir d’une paix prochaine.
 
« Nous voulons que la guerre se termine. Nous sommes fatigués », a confié à l’AFP Ali Hussein, un habitant de la capitale âgé de 23 ans.  
 
Mahammed Dahmash, un autre résident de 35 ans, a lui aussi émis l’espoir « d’un accord plus que d’une trêve qui mettrait complètement fin à la guerre ».  
 
Même lueur d’espoir à Hodeida, grande région portuaire de l’ouest. Comme de nombreux fonctionnaires dans les zones contrôlées par les houthis, Mansour n’a pas perçu de salaire depuis sept ans.
 
« La guerre, ce ne sont pas seulement les roquettes et les missiles, mais aussi notre situation économique qui s’est dégradée », a dit à l’AFP cet enseignant de 46 ans ayant refusé de divulguer son nom de famille.
 
Imane Mohammed, une autre habitante de Hodeida interrogée par l’AFP, espère que d’ici la fête de l’Aïd, qui ponctue le mois de jeûne musulman en cours, « la situation se calme et revienne à la normale ».
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